BOUGUERRA Ahmed dit Si M’HAMED [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né à Affreville (El Khémis) à la fin des années 1920, tué au combat le 5 mai 1959 dans le sud de la wilaya 4 (Algérois). Syndicaliste CGT et militant du MTLD, responsable de l’OS de la région d’Alger en 1948 ; au maquis en novembre 1954, devenant le colonel Si M’hamed commandant la wilaya 4 de 1957 à 1959.

Enfant d’une famille dont le père était instituteur, Ahmed Bouguerra a une solide instruction de langue française et une ouverture politique progressiste. Tout jeune, il adhère au PPA-MTLD. Il devient employé des chemins de fer au dépôt d’Affreville, centre important qui commande les réseaux de l’Ouest algérien. Il se fait connaître d’abord comme un militant syndical qui défend à l’encontre de l’influence communiste, la présence et le projet nationaliste à l’intérieur de la CGT ; puis il entre dans l’action clandestine. En 1948, il devient un des responsables de l’OS dans l’Algérois.

Monté au maquis dès novembre 1954, il est à la tête des groupes combattants de l’Atlas de Blida à Teniet-el-Haad. Il a en 1955, à cause de l’expérience acquise par sa formation syndicale, la fonction d’adjoint politique auprès du commandant de la région qui va devenir la wilaya 4 de l’ALN. Commandant en 1956, il est fait colonel en 1957. Le colonel Si M’Hamed prend le commandement de la wilaya s’étendant des monts de l’Ouarsenis à Alger, une des plus actives, mais secouée par les tensions dues à l’isolement et au manque d’armement, et par les suspicions de détournements de maquisards et de chefs par les opérateurs des services de l’armée française. L’appellation qui sera donnée de bleuite à cette hantise de subversion militaire française, vient de la couleur de l’habillement en bleu des effectifs opérant pour le compte de l’armée coloniale. La wilaya est aussi troublée par l’offre de « paix des braves » du général De Gaulle en octobre 1958. Si M’Hamed a pour adjoint, le commandant Si Salah, Mohammed Zamoum de son nom, qui lui succéde à la tête de la wilaya et accepte de rencontrer le général De Gaulle à l’entrevue de Melun en juin 1960.

Si M’Hamed s’appuie plus volontiers, d’autant qu’il a été formé comme lui au syndicalisme de la CGT, sur l’autre adjoint au commandement de wilaya, le commandant Si Mohamed, Djilali Bounaama* qui remplacera ensuite Si Salah. C’est vraisemblablement à ces anciens syndicalistes que l’on doit le projet approuvé à la réunion inter-wilayas des 6/12 décembre 1958, d’instituer dans les wilayas, des comités de l’UGTA à tous les échelons du FLN/ALN ; l’intention était de s’approprier le syndicalisme en combattant l’influence communiste qui devient une obsession tout comme à l’encontre d’autres, le soupçon de demeurer messalistes. Au reste, la suspicion de communisme visant les intellectuels, c’est-à-dire les jeunes cadres instruits, qui portait déjà les méfaits du colonel Amirouche(Aït Hamouda), en gagnant Si M’Hamed, passe de la Wilaya 3 à la wilaya 4.

Alors que Si M’Hamed avait été un des rares chefs militaires à tenter une implantation démocratique, effectivement élue, de l’infrastructure politique du FLN dans les douars, il est comme Amirouche en Kabylie, entraîné dans l’élimination des traîtres et des suspects par des procès expéditifs et des purges. Il fait certes office de médiateur pour régler les conflits de commandement de la willaya saharienne (willaya 6). Répondant à l’initiative d’Amirouche, il est un des ordonnateurs de la rencontre inter-wilayas de décembre 1958 qui désigne un conseil inter-wilayas très critique de la direction extérieure de l’ALN et qui confirme la répression collective et les exécutions des soutiens de la trahison et de la collaboration ; la ligne de partage peut aussi se faire à l’intérieur des villages et des familles entre partisans fidèles de Messali qui se séparent de ceux qui sont entrés au FLN, pour ne rien dire de ceux qui sont désignés pour devenir auxiliaires de l’armée française (harkis) ou prennent cette voie. Si M’Hamed a ainsi une grande responsabilité doublée de participation active à l’extension dans la wilaya 4, des procès, de la torture et des exécutions ; ce dont rendra compte l’enquête confiée par le FLN à l’aspirant politique Hocine Zahouane* dans son rapport du 29 juin 1960.

Selon le communiqué de l’ALN-FLN, le colonel Si M’Hamed, Ahmed Bouguerra, est mort au combat le 5 mai 1959 aux Ouled Bou Achra dans le Titteri. Ajoutant « son corps ne fut pas retrouvé », c’est la version que retient Mohamed Teguia qui à l’époque fait le travail de secrétariat de la wilaya, ce qui vaut témoignage de confirmation. Des rapports des services militaires français qui recueillent l’information sur rumeur, avancent que Si M’Hamed « aurait été liquidé par ses hommes en raison des purges qu’il avait déclenchées dans la willaya 4 » (citation d’après Gilbert Meynier, cf. sources). Il s’agirait des suites de la « liquidation » qui ont fait de l’ordre de900 victimes, du maquis de Abdlkader dit Djilali Belhadj dit Kobus (ancien de l’armée française, ancien instructeur de l’OS, organisateur d’un maquis dit messaliste, passé de fait au service de l’armée coloniale). Ahmed Bouguerra n’en a pas moins été « la tête politique » de la wilaya 4 (Mohammed Harbi).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article151711, notice BOUGUERRA Ahmed dit Si M'HAMED [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 30 décembre 2013, dernière modification le 30 décembre 2013.

Par René Gallissot

SOURCES  : M. Teguia, L’Armée de libération nationale vue à travers un échantillon. La wilaya IV. Mémoire de maîtrise, Université de Paris 8, 1974, publié sous le titre  : La wilaya 4, Casbah-éditions, Alger 2002, et L’Algérie en guerre, OPU, Alger 1982. — M. Harbi, Le FLN. Mirage et réalité. Jeune Afrique, Paris, 1980. — B. Stora, Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens, op.cit. — Documents des archives militaires françaises, SHAT Vincennes, cités par G. Meynier, Histoire intérieure du FLN.1954-1962. Fayard, Paris , et Casbah-éditions, Alger, 2002.

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