CHABASSE René

Par Michel Thébault

Né le 9 avril 1921 à Echourgnac (Dordogne), mort en action le 21 février 1944 à Angoulême (Charente) ; moniteur d’éducation physique ; résistant BOA - BCRA.

René Chabasse
René Chabasse
CD-Rom, La Résistance en Charente, AERI, 2005.

Il était le fils de Jean Chabasse, gendarme (qui ne le reconnut à titre posthume qu’en 1945, par jugement du tribunal civil d’Angoulême du 9 novembre 1945) et de Jeanne Marie Saleix, institutrice. Il grandit avec son frère et sa sœur en Charente entre les communes de Bouëx où sa mère fut institutrice à partir de 1930 et Vouzan où son père retraité de la gendarmerie cultivait une exploitation agricole. Après sa scolarité primaire, il poursuivit ses études au lycée de garçons d’Angoulême (Charente), l’actuel lycée Guez-de-Balzac où il noua des amitiés qui s’avérèrent ensuite déterminantes pour son engagement dans la Résistance. Ayant obtenu ses baccalauréats, il devint moniteur d’éducation physique avec l’objectif de devenir professeur d’Éducation Physique.
A l’été 1940, après la défaite de la France et la signature de l’armistice du 25 juin 1940, le territoire français fut séparé en deux zones, la zone libre et la zone occupée. La ligne de démarcation séparant ces deux zones se trouva passer en Charente entre les deux communes de Bouëx (en zone occupée) et Vouzan (en zone libre). En juillet - août 1940, retrouvant un ami du lycée, Jean Lapeyre-Mensignac qui cherchait à rejoindre ses parents à Nontron (Charente) en zone occupée, il lui proposa de l’aider à passe la ligne de démarcation en utilisant sa parfaite connaissance du terrain, ce qu’il fit à plusieurs reprises. A la fin de 1940, Jean Lapeyre-Mensignac rencontra à Paris Guy Chaumet par lequel il intégra un groupe de Résistance en liaison avec la résistance française à Londres, le réseau Ali-Tir. La capacité de René Chabasse à faire franchir la ligne de démarcation le fit intégrer dans le groupe, et s’organisa ainsi à partir de mars 1941 une filière de passage de la ligne de démarcation entre Bouëx et Vouzan pour des hommes et du courrier. A l’automne 1941, sur proposition des services de renseignements français du BCRA, René Chabasse accepta de remplir des missions de renseignements en Bretagne, en Normandie et dans les Pyrénées parcourant à vélo la côte atlantique afin de recueillir des renseignements sur les troupes allemandes et leurs infrastructures. L’arrestation de Guy Chaumet en décembre 1941 et le démantèlement de son réseau conduisit en 1942 René Chabasse à changer temporairement de région et à suivre Jean Lapeyre-Mensignac dans la région de Saint-Étienne (Loire) où ils rejoignirent le réseau SOL d’Eugène Bornier également rattaché au BCRA. Ils y participèrent à l’organisation et à la réception de parachutages. En décembre 1942, Jean Lapeyre-Mensignac fut chargé de mettre en place dans le sud-ouest une structure de réception pour les atterrissages et les parachutages, structure dépendant du BOA (Bureau des opérations aériennes) du BCRA. Au printemps 1943, René Chabasse revenu en Charente, assura le repérage et la mise en place de plusieurs zones d’atterrissages clandestins. Sous le commandement de Jean Lapeyre-Mensignac et de ses adjoints, dont René Chabasse et Charles Franc (un autre ami de lycée), un premier atterrissage de Lysander se produisit le 23 avril 1943 sur un terrain situé près d’Ambérac (Charente). Il fut suivi jusqu’en février 1944 de nombreux autres dont celui de Pierre Brossolette dans la nuit du 18 au 19 septembre 1943, et celui de Claude Bonnier délégué militaire régional pour la région B et Jacques Nancy dans la nuit du 14 au 15 novembre 1943. En février 1944 le réseau fut peu à peu repéré et démantelé par les services de renseignements allemands. Suite à une dénonciation, la maison de Charles Franc fut repérée par la SIPO-SD. Les arrestations commencèrent en Charente dans l’environnement du BOA La boîte aux lettres du groupe située à Angoulême face à la caserne Bossut, boulevard Liédot, fut repérée et surveillée. Le 21 février 1944 René Chabasse fut surpris alors qu’il apportait un message pour prévenir les habitants que le lieu était repéré. Deux récits pratiquement contemporains de l’arrestation et du décès de René Chabasse nous sont fournis par les documents d’archives. Le premier aux archives départementales de la Vienne (1921 W 8) émane du service régional de police de sûreté daté du 23 février 1944 et se trouve dans les archives de la SAP de Poitiers : « J’ai l’honneur de vous rendre compte que le 21 février 1944 à 16 h 30, une sentinelle allemande a tué, d’un coup de feu, à Angoulême, un individu qui avait été arrêté deux heures plus tôt par la Police Allemande. Cet individu était soupçonné d’appartenir à un groupe de résistance. Vers 16 h 30, alors qu’il était conduit vers l’ancienne caserne du 502ème Régiment de Chars, sise Boulevard Liédot, cet individu tenta une première fois de s’échapper. Rattrapé, il fut encadré par cinq soldats allemands. Au moment où il arrivait à la porte de la caserne, il bouscula ses gardiens et s’enfuit dans la direction du Boulevard d’Orfond. La sentinelle placée à la porte de la caserne tira alors sur lui et l’abattit à la première balle. Il expira presque aussitôt. Dans son portefeuille se trouvaient une carte d’identité au nom de GRANET Guy …. Les Services de Police Allemande se sont présentés au domicile indiqué sur la carte d’identité et y ont découvert le véritable GRANET Guy, qui a déclaré ne pas connaître l’individu qui a usurpé son état-civil. Jusqu’à présent, il n’a pas été possible d’établir la véritable identité de celui qui a été tué le 21 février et qui était porteur de documents importants saisis par la Police Allemande et qui établissaient qu’il était en relations avec des terroristes. » Une seconde version est fournie dans le dossier DAVCC (op. cit.) sous la forme d’un rapport daté du 9 février 1948 établi par la brigade administrative de la ville d’Angoulême : « Le 21 février 1944 le capitaine René Chabasse ayant été arrêté par les Allemands fut conduit à la caserne Bossut à Angoulême. S’en étant évadé, il fut abattu par une fusillade générale à 50 mètres environ de cette caserne ».
Son corps fut d’abord inhumé par les autorités allemandes sur les lieux des fusillades de La Braconne. Depuis 1976, il repose avec celui de son frère Pierre tué sur le front de La Rochelle à Brie (Charente-Maritime) le 14 avril 1945, dans la crypte du Mémorial de la Résistance à Chasseneuil-sur-Bonnieure (Charente). Déclaré Mort pour la France, il fut cité à l’ordre de la nation le 12 avril 1946 : « Ardent patriote, animé du plus pur esprit de la Résistance, qui a mené la lutte contre l’ennemi dès les premières semaines de l’occupation avec un cran admirable. Traqué par la Gestapo, a été assassiné au cours de son arrestation. Est mort en héros ». Il fut élevé en même temps au grade de chevalier de la Légion d’honneur. Homologué capitaine à titre posthume il reçut la Croix de guerre 1939 – 1945 et la Médaille de la Résistance. Son nom figure sur les monuments aux morts de Bouëx et de Vouzan ainsi que sur le monument commémoratif au Bois de la Braconne (commune de Ruelle-sur-Touvre, Charente). Un boulevard d’Angoulême porte son nom et une plaque a été installée à l’endroit où il a été abattu.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article176051, notice CHABASSE René par Michel Thébault, version mise en ligne le 14 octobre 2015, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Michel Thébault

René Chabasse
René Chabasse
CD-Rom, La Résistance en Charente, AERI, 2005.

SOURCES : État civil — Arch. Dép. Vienne (1921 W 8) — Dossier AVCC, Caen, 21 P 249443 — Guy Hontarrède, La Charente dans la Seconde Guerre mondiale, Ed. Le Croît vif. 2004 — DVD AERI (Association pour des études sur la Résistance Intérieure) Charente — Blog résistance sud-ouest — Mémorial genweb — Article La Charente Libre, 20 février 2014.

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