ZABATTINI Bernard, Louis, Auguste

Par François Honoré

Né le 4 octobre 1935 à Selongey (Côte-d’Or) ; ouvrier d’entretien à l’établissement SEB (Société bourguignonne d’emboutissage) ; militant syndicaliste CFDT.

Aîné de deux sœurs plus jeunes, nées en 1937 et 1939, Bernard Zabattini fut le fils de Giovanni Zabattini appelé Jean né, en 1913 à Biandronno, dans la province de Varese en Italie venu en France, à l’âge de quatorze ans, habiter chez sa sœur à Longwy (Meurthe-et-Moselle). Dans les années 1932-1933, il vint à Selongey et travailla comme artisan plâtrier. Il y fit la connaissance de Jeanne Darantière qu’il épousa le 13 juin 1936 à Selongey. Cette dernière fut employée de maison puis salariée à la Société bourguignonne d’emboutissage (SEB) comme riveteuse. Elle fut représentante du personnel, élue sur la liste CGT en 1945. Elle adhéra également à l’Union des femmes françaises. Bien que catholiques non pratiquants, ses parents envoyèrent leurs enfants au catéchisme.

Bernard Zabattini suivit sa scolarité à Selongey jusqu’au certificat d’étude qu’il obtint, classé premier du canton, en juin 1949. Il fit son apprentissage de plâtrier peintre en suivant les cours par correspondance tout en travaillant avec son père. Il obtint son CAP en 1953 le jour même de la mort de son père. Il termina les chantiers en cours et partit travailler comme plâtrier-peintre à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), puis à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) et à Toulouse (Haute-Garonne) en février 1955. Il y fit la connaissance de Christiane Couderc, née le 15 septembre 1933 à Périgueux (Dordogne) qu’il épousa le 31 août 1957 à Selongey et devint père de deux garçons en 1956 et 1964. Christiane Couderc, fille de militant CGT, exerça plusieurs métiers : ouvrière dans une fabrique de pantoufles à Angoulême (Charente), employée de maison, ouvrière en sérigraphie, vendeuse en magasin de vêtements.
Incorporé le 1er novembre 1957 au 5e RTM à la caserne Junot de Dijon (Côte-d’Or), Bernard Zabattini fit vingt-huit mois de service militaire dont dix-huit en Algérie dans la région d’Oran au 129e RI. Gradé 2e classe, il finit sergent. Il fut libéré fin février 1960.

Il avait été embauché comme plâtrier, du 20 août 1957 au 31 octobre 1957, et retrouva sa place après le service militaire le 7 mars 1960 à l’Entreprise générale, construisant et entretenant des maisons louées par la SEB à ses salariés. En septembre 1963, l’Entreprise générale, dirigée par Frédéric Lescure et qui entretenait deux cents logements, fut reprise par la SEB. Les salariés passèrent sous le statut de la SEB.

Ne voulant pas adhérer à la CFTC, bien qu’il sympathisât avec plusieurs militants, ce ne fut qu’au moment de la déconfessionnalisation en 1964 que Bernard Zabattini adhéra à la CFDT. Il exerça aussitôt des mandats de représentation du personnel comme délégué et membre du comité d’entreprise. Il fut délégué du personnel jusqu’aux élections du 17 février 1971 et membre du comité d’entreprise jusqu’au mois de mars 1972, puis élu délégué du personnel suppléant le 23 février 1973. Il fut également désigné délégué syndical de 1970 à 1993 et secrétaire du syndicat CFDT de la métallurgie de Selongey en 1968. Il participa au conseil de l’Union régionale Métallurgie CFDT de Bourgogne avec notamment Bernard Loiseau, Jean Limonet. Au titre de l’Union départementale CFDT de Côte-d’Or, il siégea au comité départemental de la formation professionnelle, de la promotion sociale et de l’emploi. Il fut élu à la section industrie du conseil des prud’hommes de Dijon, durant trois mandats de décembre 1982 à décembre 1997.

Le conflit mené par les salariés de la SEB du 9 juin 1972 au 23 juin 1972, dans lequel Bernard Zabattini fit figure de leader, marqua les esprits en Bourgogne mais surtout chez les deux milles habitants de la commune qui n’avait pas connu de conflit depuis 1936, lors du Front populaire. En effet la SEB, entreprise paternaliste, était réputée pour conduire une politique sociale de qualité. Alors que la direction repoussait les augmentations de salaires depuis 1970, la définition d’une nouvelle classification des postes de travail devant se traduire pour les travailleurs par une revalorisation des salaires fut à l’origine du conflit. À l’initiative de la CGT, un débrayage fut organisé le 7 juin 1972. Pour les discussions avec la direction et durant tout le conflit, la CFDT décida d’élaborer sa stratégie en associant les salariés et revendiqua une augmentation uniforme en valeur absolue ; la CGT revendiqua une augmentation hiérarchisée. Le 9 juin, face aux propositions de la direction les polisseurs et les outilleurs arrêtèrent le travail. Le lundi 12 juin à 10h 30, le personnel décida de la grève illimitée. À 12h 30, l’occupation des locaux fut effective. Le 14 juin au matin, les salariés manifestèrent dans la commune de Selongey et constituèrent un comité de grève l’après-midi. Le 21 juin la direction saisit le tribunal des référés pour demander l’accès aux locaux et ordonner l’expulsion des grévistes. 45 salariés furent assignés. Le 23 juin, les piquets de grève furent levés contre l’engagement de discussions sur les conditions de travail. Cependant la répression fut sévère, deux salariés furent licenciés pour des motifs liés à des attitudes individuelles.

Délégué syndical CFDT, Bernard Zabattini qualifié de perturbateur, de meneur et d’agitateur fut également la cible de la direction qui demanda au tribunal d’instance qui statuait en matière prud’homale la résolution judiciaire de son contrat de travail. Le 27 avril 1973, le tribunal rejeta la demande et le 23 octobre 1973 la cour d’appel de Dijon prononça la résolution du contrat de travail. Le 25 octobre 1973 Bernard Zabattini était licencié. Le 10 novembre 1973, les salariés du groupe SEB, composé des sociétés Calor, SFEM, Tefal, Plastorex, décidèrent de verser une heure de leur salaire pour créer un fond de solidarité et assurer un salaire à Zabattini. Ce dernier s’inscrivit au centre de formation professionnelle des adultes de Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d’Or) et obtint en 1974 un CAP de tourneur qu’il n’eut jamais l’occasion d’exercer, faute de trouver un employeur qui acceptât de l’embaucher malgré sa réputation. La CFDT décida de saisir la cour de cassation en s’appuyant sur un arrêt qui, dans une affaire similaire à la société des eaux Perrier, avait le 21 juin 1974 déclaré illégal le recours à la résolution judiciaire du contrat de travail. Le 12 mars 1975, la cour de cassation cassa le jugement de la cour d’appel. La direction réintégra Zabattini, le 12 mai 1975 au service menuiserie comme employé administratif au service chantier. La cour d’appel de Besançon (Doubs) confirma le 10 mars 1976 le jugement de la cour d’appel de Dijon. La direction le licencia le 16 mars 1976 mais en signe d’apaisement le réengagea au même poste le lendemain le 17 mars 1976.

Bernard Zabattini continua par la suite d’exercer les mandats de délégué syndical central et de secrétaire du comité central d’entreprise. Il quitta la SEB en juin 1993 dans le cadre d’un licenciement économique et prit sa retraite en 1995.
Jamais encarté mais proche du PSU puis du PS, Bernard Zabattini participa aux campagnes électorales. Il fut présenté sur une liste de gauche et élu conseiller municipal durant un mandat de mars 1989 à fin 1995 où il fut membre des commissions électorale et agricole. À partir de 2001 et pour trois mandats, il fut membre du CCAS de Selongey en qualité de représentant de l’Union des trois rivières des retraités CFDT. Parmi ses différentes activités militantes on notera qu’il fut délégué des parents d’élèves pour la Fédération Cornec, vendit des montres lors du conflit des LIP en 1973 et participa à la mise en place des comités de soldat en 1974. À partir de 1993, il fut responsable de l’antenne des restos du cœur pour le canton de Selongey Fontaine-Française.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article182169, notice ZABATTINI Bernard, Louis, Auguste par François Honoré, version mise en ligne le 29 juin 2016, dernière modification le 29 juin 2016.

Par François Honoré

SOURCES : Archives de l’Union Mines Métaux Bourgogne CFDT. – Entretien avec Bernard Zabattini, le 25 novembre 2015. – Association bourguignonne des Amis du Maitron.

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