TIBÉRAT Yves, Marie, Noël [pseudonyme dans la résistance : Marc]

Par Eric Panthou

Né le 29 juin 1922 à Aurillac (Cantal), décédé le 5 octobre 1980 à Boutigny-sur-Essonne (Essonne) ; facteur auxiliaire, attaché d’Administration en Allemagne, représentant de commerce, employé de la Sécurité Sociale ; responsable régional des JC du Puy-de-Dôme, ancien dirigeant de la section PCF de Bordeaux ; syndicaliste ; Résistant, commandant FTP ; exclu du PCF, dirigeant de la Fédération des Cercles Marxistes-Léninistes, en rupture en 1966.

Fils d’André Tibérat*, manœuvre à l’usine de gaz d’Aurillac puis ouvrier Michelin, et de Marie, née Sabatier, sans profession, Yves Tibérat se maria à La Chaise-Dieu (Haute-Loire) le 27 janvier 1945 avec Marie Louise Quittanson. Il divorça par décision du tribunal de Brioude le 1er mai 1951 puis se remaria avec Jacqueline Roubinet en Gironde le 16 septembre 1953. Il eut un enfant avec sa première épouse.
Son père, André Thibérat, devenu ouvrier Michelin à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) appartenait après 1936 à la cellule Guy Périlhou, de la section PCF Michelin. Il fut identifié dès fin 1939 comme personne à surveiller. Pas inquiété dans un premier temps, il fut proposé fin janvier 1941 pour une mesure d’internement après examen approfondi.

Yves Tibérat aurait adhéré pour sa part au PCF en 1937. Avant-guerre, Tibérat -parfois orthographié Thibérat- fut, selon ses déclarations au moment de son exclusion du PCF en 1965, responsable régional des JC d’Auvergne. Il était en tout cas secrétaire des JC d’Aubière, commune de la banlieue de Clermont-Ferrand. Selon ses déclarations à la police en avril 1940, sa section comptait 12 ou 13 adhérents dont Lanot André (mobilisé), Robert Mavel, Henri Chassaigne, Coupat Marius. Il affirma avoir arrêté toute activité après la dissolution.
Il fut perquisitionné sur instruction du juge le 1er septembre 1939 en vertu du décret portant dissolution du PC puis de nouveau sur commission rogatoire du préfet du 27 septembre 1939. Mais cela ne donna pas lieu à inculpation. Il habitait alors 4 rue de la Paix à Aubière, chez ses parents et notamment son père, identifié comme communiste.

Il fut écroué le 8 avril 1940, accusé de reconstitution des JC dans le cadre d’une grande enquête sur Thiers et Clermont-Ferrand, conduisant à 15 arrestations. Il fut arrêté avec Georges Chambon, René Bonneaud et Robert Mavel. Il affirma avoir arrêté toute activité après la dissolution mais reconnut que deux mois environ auparavant, il avait rencontré son ancien camarade Georges Chambon qui lui aurait demandé s’il était disponible pour reconstituer les JC. Il affirma avoir refusé car il travaillait alors, à la Poste comme facteur auxiliaire. Il nia avoir diffusé l’Avant-Garde ou avoir remis un article de Guy Périlhou, secrétaire régional du PCF, à Chambon. On fouilla alors Tibérat et on trouva sur lui un tract signé Thorez et Duclos titré « Aux membres du PCF ». Il affirma que c’est Chambon qui lui avait remis l’avant-veille. Un de ses camarades avoua que c’était Tibérat qui recevait des exemplaires de l’Avant-Garde, le journal des JC, dont il aurait fabriquait le premier numéro chez lui, et devait diffuser à un dénommé Coupat, d’Aubière (Puy-de-Dôme). C’est Tibérat qui percevait les cotisations de 2 francs par mois pour les JC d’Aubière.

Incarcéré à la Maison d’arrêt de Clermont-Ferrand, il fut condamné le 25 octobre 1940 à 15 mois avec sursis mais suite à appel du parquet, il comparut le 13 décembre 1940 devant la Cour d’Appel de Riom et sa peine fut transformée en prison ferme. Dix-sept inculpés, pour la plupart des jeunes gens de 18 à 20 ans, avaient été présentés devant les juges. Les peines prononcées furent les suivantes : Georges Chambon, 18 mois de prison ; Guy Périlhou. 1 an de prison ; Edmond Gelati, Emile Finck et Yves Tibérat , 15 mois avec sursis ; Alexandre Nony, Raoul Miallet et Louis Bigay, 13 mois avec sursis, Robert Mavel, Marius Coupat, et Raymond Trioulet, 1 an de prison avec sursis, René Bonnaud, Henri Chassaigne, Antonine Planche et Paulette Greliche, 8 mois avec sursis, André Sauvade, 3 mois avec sursis, Marguerite Planeix est relaxée.

Le 18 septembre 1941, à l’expiration de sa peine, effectuée depuis début 1941 à Chambéry (Savoie), il a été assigné en résidence surveillé. A Chambéry, il se retrouva avec plusieurs camarades de Clermont-Ferrand et Riom : Jean Chalus, Edmond Gelati, Jean-Marie Mayet, René Artaud, Chalumeau.
Il devait être assigné dans le Cantal mais il semble qu’il resta chez sa mère, à Aubière, le père étant à cette date encore interné politique à Saint-Paul d’Eyjeaux.
Il rejoignit alors la Résistance en devenant responsable de secteur, d’abord au sein de l’Organisation Spéciale (OS) puis des FTP, d’octobre 1941 à décembre 1942. Il était chef du secteur Sud-Clermont-Ferrand, chargé de la rédaction, l’impression, la distribution de tracts et journaux. Il détenait du matériel d’impression.

Puis, en juillet 1942, il fut envoyé aux Chantiers de Jeunesse en accord avec la direction départementale du Parti. D’abord au camp de Lapleau (Corrèze) puis vers le camp disciplinaire d’Albépierre (Cantal) le camp 40. Là, il diffusa la presse clandestine, organisa un groupe d’une douzaine de jeunes et mena la lutte contre le STO, avec l’objectif d’organiser un maquis dans le Cantal. Le groupe d’une dizaine de jeunes, dirigé par Odru (commandant FFI originaire de Nice), Jean Egal, Gibelin (ouvrier Michelin déporté) et Tibérat, fut arrêté sur place par les gendarmes de Murat, sur dénonciation le 9 décembre 1942.

Du 9 décembre 1942 au 30 septembre 1943, il fut interné sur décision du Préfet en date du 6 décembre pour "distribution de tracts communistes" au camp de Saint-Paul-d’Eyjeaux (Haute-Vienne). Après-guerre, il témoigna sur l’aide que lui apporta alors un militant chevronné du Parti, originaire de la Haute-Loire, Maurice Collange. Celui-ci lui donnait souvent une partie de son repas en lui disant : " Tiens, tu es jeune, tu t’en sortiras. La France et le Parti auront besoin de garçons comme toi. Moi, je suis trop vieux”. Là, il organisa la Résistance en diffusant des tracts. Alors qu’il avait été transféré à l’Ile de Ré depuis le 20 septembre pour participer aux chantiers de l’organisation Todt sur la cote atlantique, il s’évada le 30 septembre 1943 de La Pallice, commune de La Rochelle (Charente-Maritime) en compagnie de 4 camarades de l’Armée Secrète, dont Chardy et Schnederlin de Billom (Puy-de-Dôme). Il rejoignit les FTP.

Connu sous le nom de Commandant Marc, il devint aspirant, adjoint du chef du Camp FTP Gabriel-Péri, dans le Puy-de-Dôme, nommé par Robert Delmas alias Lucien. Chargé du service de renseignements (Service B) en remplacement de Pierre Monédière, il fut ensuite nommé commandant de la 3ème Compagnie FTP de Saint-Dier-d’Auvergne (Puy-de-Dôme) par le commandant Franck Ravereau, puis adjoint du Chef départemental des FTP du département, puis adjoint au chef départementale de la Loire et enfin Chef départemental FTP ou Chef de Bataillon dans la Haute-Loire. Il fut nommé sur ces postes par le colonel Sicard dit Fournier, chef départemental par Inter A FTP, et par Cuissard, alias Grenier.
Il se présente alors comme Chef de l’Etat-Major FTP, chef des 2ème et 3ème Bureaux de la Subdivision militaire du Puy-en-Velay, adjoint de Serge Zapalski alias colonel Gevolde, Commandant de la Subdivision militaire de la Haute-Loire.

Il s’engagea comme volontaire pour la durée de la guerre (EVDG) à compter du 4 novembre 1944 et fut démobilisé le 31 décembre 1945.

Au cours de sa période de Résistance, il fut blessé à plusieurs reprises. Le 21 décembre 1943 par balles à la hanche et l’épaule suite à une opération à Riom ; blessé à la jambe le 27 janvier 1944 lors d’un combat à Sarpoil, puis blessé de nouveau au combat par 3 balles le 5 juillet 1944 à Saint-Jean-des-Ollières.

Homologué capitaine FFI, il devint ensuite lieutenant de Réserve.
Sa durée des services homologués comme FFI va de novembre 1943 au 28 août 1944, dans le Puy-de-Dôme jusqu’au 14 juillet 1944 puis à partir de cette date, comme membre de l’état-major FTP de la Loire.
Il a été homologué internés résistance (IR) en 1954 et Forces françaises de l’intérieur (FFI). En décembre 1952, il reçut la carte de Combattant Volontaire de la Résistance (CVR). Sa durée de présence dans la Résistance fut fixée du 30 septembre 1943 au 26 août 1944. Il est également détenteur de la Croix de Guerre 1939/1945 en 1945.

Après-guerre, il assura une mission au ministère du travail ; puis il occupa un poste important au secrétariat d’État aux affaires allemandes en tant qu’Attaché d’administration. Il travailla à Baden-Baden en Allemagne au moins jusqu’à fin 1952. Puis il revint habiter chez ses parents à Aubière, travaillant pour le Ministère du Travail. Il fut aussi en 1954 représentant de commerce. Il fut ensuite employé de la Sécurité Sociale et s’investit dans diverses associations.
Il devait jouer un rôle très utile au sein d’organisations paritaires et syndicales, "grâce à l’étendue de ses connaissances et à sa détermination" déclara sa notice nécrologique.

Il continua de militer au PCF mais on ne trouve nulle trace de lui parmi les élus des instances du Parti dans la fédération du Puy-de-Dôme entre 1953 et 1962. Il déménagea ensuite à Bordeaux, sans doute vers 1962. Il fut ici, selon lui après sa démission, secrétaire de la section de Bordeaux du PCF.

De 1956 à 1959 au moins, il était secrétaire adjoint de l’ARAC à Caudéran (Gironde).
En 1961, il était élu trésorier adjoint de l’Association bordelaise France-Chine, une structure initiée et contrôlée par le PCF mais qui, comme d’autres en France, devait bientôt conduire à des exclusions avec la montée des désaccords entre Moscou et Pékin. Cette association se désagrégea à ce moment. En octobre 1963, elle se reconstitua avec un bureau élu, dont Yves Tibérat était secrétaire. Le 9 avril 1964, le bureau convoqua une assemblée où virent en force des militants du PCF qui prirent le contrôle de l’organisation, entrainant de facto la création d’une nouvelle structure qui se voulait neutre dans le conflit entre Pékin et Moscou. Yves Tibérat ayant fait récemment un voyage prolongé en Chine, fit un exposé lors d’une conférence organisée par l’association en mai 1965.

En 1963, il participa au congrès national de l’ANACR, représentant la section de Gironde. Il fut vice président départemental de cette association.

Yves Tibérat fut signataire en 1965 avec quelques dizaines d’autres, dont plusieurs du Puy-de-Dôme, d’une "déclaration solennelle des exclus » publié dans L’Humanité-Nouvelle, décembre 1965, alors organe mensuel de la Fédération des Cercles Marxistes-Léninistes, un groupe se réclamant du maoïsme. Ces militants du PCF avaient été exclus en juillet 1964 pour leur refus de condamner les positions des PC chinois et albanais notamment.
Il figure dès lors, sous le nom de Marc Tibérat, parmi les signataires réguliers de l’éditorial ou d’articles de l’organe de l’organisation.

Son père fut lui même exclut du PCF durant l’été 1944 pour avoir mené un travail fractionniste en faveur des thèses chinoises.

En janvier 1966, il fit une conférence "Regards sur la Chine, 1965" pour l’Union des Jeunes Travailleurs.
En août 1966, une délégation de l’Humanité nouvelle, conduite par Marc Tibérat, alors membre du bureau politique et du secrétariat du Mouvement communiste français marxiste-léniniste,fut reçue à Pékin par un membre du bureau politique et du secrétariat du comité central du PC chinois.

Il quitta bientôt l’organisation, dans ce qu’en interne, on appela l’affaire « Tibérat » qui se solda par le départ des militants de Bordeaux et de plusieurs cellules du Puy-de-Dôme, sans que les divergences politiques soient réellement éclaircies. Ces militants de la première heure critiquait la transformation de la Fédération des Cercles Marxistes-Léninistes (FCML) en Mouvement Communiste Marxiste-Léniniste en France (MCMLF) décidée au congrès de Paris en juin 1966. Ils reprochaient aussi à la nouvelle organisation un discours trop critique à l’égard du PCF. Il fit sécession avec Freddy Malot et Jeannine Chappat qui entraînèrent les cercles de Lyon avec eux, tandis que Tibérat entraîna ceux de Bordeaux et de Clermont-Ferrand.

En 1970 il fut élu Vice-président de l’Association des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ACVG) des Administrations sociales pour l’Aquitaine et le resta au moins jusqu’à 1973.

Alors qu’il habitait encore Caudéran, dans la banlieue de Bordeaux, Yves Tibérat est mort à Boutigny-sur-Essonne (Essonne). Sa mère habitait encore dans le Puy-de-Dôme, à Aubière.

Il est mort à la suite d’une longue maladie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article218926, notice TIBÉRAT Yves, Marie, Noël [pseudonyme dans la résistance : Marc] par Eric Panthou, version mise en ligne le 8 septembre 2019, dernière modification le 17 février 2021.

Par Eric Panthou

SOURCES : AVCC Caen, AC 21 P 682547. Dossiers Yves Tibérat .— AVCC Caen, AC 21 P 68254. Dossiers Yves Tibérat (non consultés) .— SHD Vincennes, GR 16 P 571058. Dossiers Yves Tibérat (non consulté) .— SHD Vincennes, 19 P 63/5 : état nominatif des cadres ayant appartenu au Camp Gabriel Péri ou 1103e Compagnie FTPF, signé Commandant Delmas, dit Lucien, 21 novembre 1947 .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 2546 W 9401 : Dossiers nominatifs d’attribution de la carte du combattant volontaire de la résistance .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 1296 W 75. Liste des perquisitions effectuées, 1939 .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 296W75 : Le 30 janvier 1941, le contrôleur général à l’inspecteur général chargé des services de police criminelle" .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 1296 W 91 : Le Commissaire divisionnaire chef de la 6éme Brigade de Police Mobile à Monsieur l’Inspecteur général chargé des services de Police criminelle à Paris, 28 novembre 1939 .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 1296 W 75, PV interrogatoire Georges Chambon, 8 avril 1940 .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 1296 W 86, PV interrogatoire Tibérat Yves, le 8 avril 1940 .— Le Moniteur 17 avril 1940 .— Le Moniteur, 26 octobre 1940 .— déclaration solennelle des exclus » publié dans L’Humanité-Nouvelle, décembre 1965, alors organe mensuel de la Fédération des Cercles Marxistes-Léninistes .— https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Humanit%C3%A9_nouvelle .— “Quelques éléments sur le marxisme-léninisme en France”, Les Cahiers du marxisme-léninisme, n°3-4, 1974 .— Jean-Louis Brau, Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! Histoire du mouvement révolutionnaire étudiant en Europe, éditions FeniXX, 1968, 376 p .— Michel Legris, "Des antagonismes qui se veulent constructifs", Le Monde, 2 avril 1968 .— Sud Ouest, 1 décembre 1956 .— Sud Ouest, 20 janvier 1959 .— Sud Ouest, 5 mars 1963 .— "deux associations franco-chinoises à Bordeaux", Sud Ouest, 16 avril 1964 .— Sud Ouest, 19 janvier 1965 .— Sud Ouest, 18 février 1964 .— Sud Ouest, 7 janvier 1966 .—Sud Ouest, 10 mai 1965 .— "une délégation de L’Humanité nouvelle reçue chaleureusement à Pékin, Sud Ouest, 25 août 1966 .— Sud Ouest, 27 mars 1970 .— Sud Ouest, 12 mars 1971 .— Sud Ouest, 3 août 1973 .— notice nécrologique, Sud Ouest, 20 octobre 1980 .— état civil Boutigny-sur-Essonne.

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