AUDOUBERT Jean-Marie, Léon, Alfred

Par André Balent

Né le 8 mai 1889 à Bédeille (Ariège), mort le 10 juin 1944 à Marsoulas (Haute-Garonne) abattu par des soldats de la division SS Das Reich ; garçon de salle dans la restauration à Paris avant 1914, agriculteur à Marsoulas après la Première Guerre mondiale

Jean-Marie, Léon, Alfred Cazenave naquit à Bédeille (Ariège), village du Couserans proche de Marsoulas. Il était le fils de Guillaume, cultivateur et de Victorine Darbas, âgés respectivement de quarante-sept et trente ans en 1889. Il se maria à Marsoulas le 28 juin 1921 avec Pauline, Anna Louysz. Le couple eut deux filles : Jeanne, née le 22 août 1922 et Suzanne, née le 14 août 1931.

En 1909-1910, Alfred Audoubert habitait à Paris. Il était garçon de salle dans un restaurant de la capitale. Il résida à nouveau à Paris en 1912 lors de son retour du service militaire. Classé « soutien de famille », il fut affecté à l’issue du conseil de révision au 83e régiment d’Infanterie (RI), en garnison à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et à Toulouse (Haute-Garonne). Il demeura sous les drapeaux du 7 octobre 1910 au 25 septembre 1912.

Il fut mobilisé le 1er août 1914 lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il intégra son régiment de rattachement, le 83e RI. Ce dernier participa d’abord à des combats dès le 21 août, dans le Nord, à la frontière belge. Décimé, il fit retraite à l’arrière-garde. Reformé, il participa à la bataille de la Marne (5-12 septembre 1914). Alfred Audoubert s’y illustra, étant blessé à la cuisse gauche lors des combats, le 8 septembre. Il gagna ensuite la Champagne avec son régiment. Le 20 décembre 1914, il fut blessé à nouveau à Perthes-lès-Hurlus (Marne). Ces deux combats lui valurent, le 15 août 1917, une citation à l’ordre du régiment (« Très bon soldat, courageux et dévoué. A été blessé deux fois … [8 septembre et 20 décembre 1914]) et l’attribution de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Il resta dans le secteur de Perthes-lès-Hurlus jusqu’au 10 mars 1915. En effet, ce jour-là, à Souain, village voisin de Perthes-lès-Hurlus, des soldats du 336e RI, très éprouvés par les combats des jours antérieurs, refusèrent de sortir de leur tranchée afin de passer à nouveau à l’attaque. Ces événements suivis d’un conseil de guerre (16 mars) qui condamna à mort quatre caporaux ne furent sans doute pas étrangers à la mutation d’Alfred Audoubert au 417e RI, à compter du 11 mars 1915. Ce régiment venait d’être formé à Caylus (Tarn-et-Garonne). Positionné aux environs de Compiègne (Oise), il participa en 1916 — et Alfred Audoubert avec lui — à la bataille de la Somme (1916). Le 417e RI fut dissous en octobre 1917. Alfred Audoubert intégra alors, le 10 octobre, le 169e RI créé en 1913. Ce régiment basé initialement à Toul (Meurthe-et-Moselle) demeura dans le secteur de Verdun jusqu’à la fin de 1917. Basé en Lorraine jusqu’en avril 1918, ce régiment participa à la 2e bataille de la Marne (mai-juillet 1914). À Soissons (Aisne) en août, il participa ensuite à l’offensive des Flandres, à partir du 21 septembre 1918. Pendant cette période, Alfred Audoubert s’illustra à nouveau au combat. Il fut cité à l’ordre du régiment le 2 septembre 1918 : « Soldat d’élite. le 18 août 1918, s’est porté résolument à l’avant de positions ennemies fortement occupées, entraînant ses camarades par son courage et son entrain ». Il eut droit à une citation à l’ordre de la division, le 22 novembre 1918 : « Bon soldat, courageux et dévoué. Au combat du 31 octobre 1918, voyant des artilleurs ennemis s’enfuir avec un caisson, ouvre immédiatement le feu sur ce groupe ce qui provoque la capture du matériel et des conducteurs ». Il obtint à cette occasion la Croix de guerre avec étoile d’argent. Il fut démobilisé le 25 juillet 1919. Il reçut la médaille militaire par décret du 10 octobre 1930.

Alfred Audoubert s’établit définitivement à Marsoulas où il s’était marié, le 19 novembre 1927. « Cultivateur » (il est qualifié ainsi dans sa fiche du registre matricule : note ajoutée au crayon pour 1938, date de sa libération des obligations militaires), il reprit sans doute les propriétés dont avait hérité son épouse. Valeureux combattant de la Grande Guerre, il ne se doutait pas qu’il allait périr fauché par des balles allemandes dans son paisible village du Comminges.

La famille Audoubert fut anéantie lors du massacre du 10 juin 1944. Paul Cazenave — dont la famille fut en grande partie abattue par les SS —, put observer la famille Audoubert depuis le pigeonnier où il s’était réfugié. Les Allemands mitraillèrent la maison Audoubert. Pendant ce temps, les parents et leurs deux filles tentèrent de s’échapper par l’arrière de leur maison, à travers les prés, vers la Fontaine, sur la route de Salies-du-Salat. Ils furent rattrapés par des soldats. Ces derniers, les amenèrent vers le village, une mitraillette dans le dos. Paul Cazenave les vit passer devant les cadavres de ses parents tués devant la porte de leur maison. Ils furent fusillés à 200 mètres de là adossés au portail de la maison Anglade.

Voir Marsoulas (Haute-Garonne), 10 juin 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article219221, notice AUDOUBERT Jean-Marie, Léon, Alfred par André Balent, version mise en ligne le 29 septembre 2019, dernière modification le 20 mai 2020.

Par André Balent

SOURCES : Arch. dép. Ariège, 5 Mi 182, état civil de Bédeille, naissances 1846-1895, acte de naissance d’Alfred Audoubert ; 129 W 50, f° 298, registre matricule, Foix, 1909, fiche d’Alfred Audoubert. . — Arch. dép. Haute-Garonne, 1 E 10, registre de l’état civil de Marsoulas, 1883-1897, mention marginale sur l’acte de naissance de Pauline Louysz. — Historique du 417e Régiment d’Infanterie. Guerre 1914-1918, Toulouse, Privat, 1920, 20 p. — Grande Guerre 1914-1918. Historique du 83e régiment d’Infanterie, sl. sd., 30 p. — Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, 558 p. [pp. 378-383, p. 520]. — Roger Prost, « En Comminges sous l’occupation. Événements après le 6 juin », Revue du Comminges, Revue d’histoire, d’archéologie, de géographie et de sciences naturelles du Comminges et des Pyrénées centrales, 109, 1994, pp. 404-443. — « Le massacre d’une population innocente à Marsoulas en Comminges, le 10 juin 1944 », texte rédigé par un des fils, né en 1941, du maire de Marsoulas, Jean Blanc, site aspetinf.chez.com/assoc/Marsoulas, consulté le 11 septembre 2019.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément