EYROLLE Jean [Antoine, Michel, Jean-Baptiste]

Par Nathalie Roussarie

Né le 8 décembre 1920 à Tulle (Corrèze), mort le 17 mars 1986 à Tulle ; ouvrier ; résistant et militant communiste de la Corrèze ; déporté.

Le père Jean Eyrolle, Joseph Eyrolle, travailla durant trente ans à la Manufacture d’armes de Tulle (MAT) comme manœuvre et garde-magasin, il mourut en 1937, et c’est Jean qui dut assurer la vie matérielle de la famille qui comprenait sa mère et sa jeune sœur Margueritte avec laquelle il resta très lié. Entré à la MAT comme apprenti fraiseur-outilleur en 1936, il devint ouvrier le 13 septembre 1939. Il avait dix-neuf ans quand il adhéra aux Jeunesses communistes : il vendait L’Avant-garde dans les rues de la ville.

Le 19 décembre 1939, il fut licencié pour « raisons politiques ». Il quitta Tulle et partit travailler à Clermont-Ferrand, comme ajusteur chez Michelin (au chantier rural de la Corrèze) du 16 février au 7 septembre 1940, puis d’avril à juin 1941, à l’atelier de réparations de l’armée de l’air d’Aulnat comme ajusteur-monteur. Le 6 juin 1941 il donna sa démission à l’usine d’Aulnat car il fut incorporé dans les Chantiers de jeunesse à partir du 1er juillet 1941. Mais il revint souvent à Tulle où vivait sa femme (il s’était marié le 27 avril 1940 avec Solange Henriette Legrand) et trouva du travail à l’usine de la Gibrande (mécanique de précision). Très vite, avec ses amis de jeunesse, dont Charles Montagnac, il fit partie des groupes clandestins de la première Résistance ; en 1943 avec une douzaine de copains il participa à la création du maquis Lucien Sampaix, près de Gimel. Ils furent cinq à être arrêtés le 21 octobre 1943 par les GMR. Condamné à sept ans de réclusion, il fut emprisonné à la Centrale d’Eysse. Le 31 mai 1944, tous les prisonniers de cette centrale furent envoyés à Compiègne et déportés au camp de concentration de Dachau par le convoi du 2 juillet 1944. Il rentra à Tulle le 2 juin 1945, très affaibli.

Il réintégra la MAT le 9 février 1950 comme ajusteur, mais fut de nouveau renvoyé en 1952. Sa lettre de renvoi portait la mention suivante : « Comportement antérieur incompatible avec les obligations d’un ouvrier de l’état. Le 5 juin 1952 a participé à un mouvement à caractère politique alors qu’il avait été informé qu’il s’exposait ainsi aux sanctions les plus sévères » ( Lettre au Directeur de la MAT, 18 juin 1952). Comme la plupart des 45 révoqués en même temps que lui, il ne put trouver du travail en Corrèze. Mais il demeura attaché à ses convictions politiques, comme témoigne cette lettre qu’il envoya au directeur de la MAT le 5 novembre 1953 : « Suite à votre lettre recommandée, je vous informe que j’accepte le versement détaillé de mon dû ; Il est en effet inutile de laisser cet argent servir à l’entretien de la sale guerre d’Indochine » Par un courrier du 23 septembre 1953, il avait en effet été informé qu’il ne remplissait pas les conditions d’ancienneté, mais qu’il pouvait prétendre au remboursement du reliquat de ses retenues pour la retraite. Il partit en région parisienne où il fut employé à Versailles, à la Société des établissements Régnier le 9 septembre 1952, comme ajusteur fraiseur outilleur, puis à Saint-Denis. Il ne cessa jamais ses activités de militant et de syndicaliste à la CGT ; il était également adhérent de l’ANACR et de la FNDIRP. Il revint à Tulle et ne fut réintégré que le 14 avril 1969 en même temps que Charles Montagnac, Paul Peuch, Jean Roche, Maurice Rondelard.

Il entra au secrétariat de la fédération communiste de Corrèze en mai 1954, en 4e position, le premier secrétaire étant Pierre Pranchère*. En 1956, il n’était que membre du comité fédéral et membre du comité de section de Tulle. L’année suivante, il ajouta à ces fonctions celle d’inspecteur départemental du journal l’Écho du Centre.

Il partit à la retraite en 1979, il était alors devenu ouvrier-maître ajusteur de précision. Il mourut à soixante-cinq ans à Tulle. À l’occasion de ses obsèques le maire communiste de Tulle, Jean Combasteil, prononça son éloge.
Ajoutons qu’en 1937 ou 1939, il avait accueilli une famille espagnole (trois personnes) dans sa modeste maison puis en 1942, lui et sa femme hébergèrent une famille juive : David Watchel, son épouse et leur petite fille qui naquit en 1943. Jean aida David à s’enfuir au moment de son arrestation à Tulle. La jeune femme et la fillette le rejoignirent à Saint-Mexant, près de Tulle, village natal de la mère de Jean, ils furent ensuite hébergés dans la famille Puyaubert.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24837, notice EYROLLE Jean [Antoine, Michel, Jean-Baptiste] par Nathalie Roussarie, version mise en ligne le 5 mars 2009, dernière modification le 17 octobre 2011.

Par Nathalie Roussarie

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Archives départementales de la Corrèze, série M. — Presse à l’occasion de son décès : articles de Charles Montagnac pour l’ANACR, de Jean Roche, ouvrier retraité à la MAT, et de Christian Audouin membre du comité central, de Jean Combasteil, maire communiste de Tulle, communiqués par Madame Eyrolle. — Archives des travailleurs de l’État de Chatellerault. — Notices sur Antoine Michel Eyrolle. — Témoignages oraux : Margueritte Eyrolle à Villemomble, 1er juillet 2011 ; Jean Combasteil, ancien maire communiste de Tulle, juillet 2011 ; Pierre Pranchère, ancien député communiste de la Corrèze, juillet 2011. — Etat civil.

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