BACHELLERY Joséphine [née BORDAZ Joséphine, Georgette]

Par Laurence Dupérier

Née en 1803 à Paris (Seine), morte en 1872 à Paris ; enseignante et éducatrice, directrice de pension ; républicaine, militante de l’émancipation des femmes à travers des méthodes novatrices d’enseignement.

Épouse de Félix Bachellery, maître de pension, Joséphine Bachellery était elle-même maîtresse de pension à Clermont-Ferrand, et découvrit la méthode d’enseignement novatrice de Joseph Jacotôt qu’elle adopta dès 1829.

Dans les années 1820, Joseph Jacotôt avait, en effet, élaboré une théorie fondée sur deux principes fondamentaux : « l’émancipation intellectuelle » et « l’égalité des intelligences ». Cette méthode d’enseignement universel, comme la nommait son fondateur, suscita à la fois d’hostiles réactions chez les hommes et un formidable espoir pour les femmes. Récupérant ce principe d’égalité des intelligences, certaines femmes découvrirent un nouvel argument pour réclamer leur émancipation.

Dorénavant, pour ces femmes comme Joséphine Bachellery – qui devint une disciple de la méthode Jacotôt –, la régénération de la société et l’émancipation des femmes passaient par l’instruction : « Ce qui lui reste de faiblesse et d’infériorité est dans l’ignorance de sa valeur et de son intelligence » (Discours en son institution, 25 août 1845).

Après la révolution de Juillet 1830, elle s’installa à Paris et ouvrit une institution pour jeunes filles. Comme l’écrit la Revue de l’enseignement des femmes, « elle devient en quelques années l’une des institutrices les plus distinguées et les plus connues de la capitale ».

En 1837, lors du schisme de l’école jacotienne, Joséphine Bachellery devint secrétaire particulière de la nouvelle Société de philosophie panécastique, fondée sous l’impulsion de Jacotôt, par l’abbé Deshouillerres et le Comte de Chabot. Le 30 juillet 1840, elle rendit publiquement hommage à J. Jacotôt, « celui qui donna à notre sexe la seule croyance vraiment capable d’élever sa destinée sociale avec sagesse et dignité », lors de ses obsèques.

En 1844, la création d’une commission d’inspectrices spéciales pour les pensions et institutions de jeunes filles par le préfet Rambuteau, incita Joséphine Bachellery à publier un Factum. Elle émettait de violentes critiques contre la politique scolaire du gouvernement et dénonçait l’abandon évident de l’enseignement féminin à l’Église. Son intervention suscita de nombreuses réactions dans la presse spécialisée.

Les espoirs de Joséphine Bachellery renaquirent en 1848. Le 24 avril, elle écrivit au ministre de l’Instruction publique, Hippolyte Carnot*, afin de solliciter un plan « d’éducation nationale » : « Le premier devoir de l’éducation nouvelle est d’enseigner aux jeunes filles, le dogme sacré des droits de tous et le grand devoir de la solidarité humaine renfermée dans le triple principe de Liberté, d’Egalité et de Fraternité. » Comme l’avait fait Sophie Masure en son temps, elle réclamait donc l’ouverture d’une école normale supérieure d’institutrices, la création de collèges... afin d’établir une égalité entre l’enseignement masculin et féminin. Mais ses espoirs na durèrent que le temps de l’éphémère ministère de Carnot ; sa lettre resta finalement sans réponse ! Durant cette même année, amie d’Eugénie Niboyet*, elle collabora au journal La Voix des Femmes.

Enfin, dans un ultime effort pour faire triompher l’idée d’une émancipation intellectuelle des femmes par l’instruction, elle rédigea un recueil d’articles intitulé : Lettres sur l’éducation des femmes (1848). Ces Lettres étaient une collection de ses écrits depuis 1838, parus dans diverses revues (La Tribune de l’Enseignement, La Mère institutrice). Cette publication constitua son dernier engagement public.

Les deux discours de fin d’année (1857 et 1858) d’une institution de la côte Saint-André en Isère, révélait la fidélité de Joséphine Bachellery aux principes de l’école jacotienne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article25551, notice BACHELLERY Joséphine [née BORDAZ Joséphine, Georgette] par Laurence Dupérier, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 septembre 2021.

Par Laurence Dupérier

SOURCES :F. Mayeur, L’éducation des filles en France au XIXe siècle, Paris, Hachette, 1979. — D. Burckel, Histoire de la méthode Jacotot, 1818-1876, mémoire de maîtrise sous la direction de M. Margairaz, Paris VIII, 1992. — J. Rancière, Le maître ignorant, Fayard, 1987. — Michèle. Riot-Sarcey, La démocratie à l’épreuve des femmes : trois figures critiques du pouvoir (1830-1848), Albin Michel, 1994. — Notes de Rebecca Rotgers.

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