CHARASSIN Frédéric ou CHARRASSIN Frédéric

Né en 1804 à Bourg-en-Bresse (Ain), mort le 30 avril 1876 à Nice (Alpes-Maritimes). Avocat. Publiciste communiste. Représentant du peuple sous la Seconde République.

Fixé à Lyon (Rhône), Charassin aurait été, d’après Louis Blanc et Gabriel Perreux, membre d’un Comité invisible avec Baune*, Périer,* etc., à l’origine de la Société des Droits de l’Homme de Lyon. Défenseur des accusés d’avril, il s’illustra lors du Procès d’avril qu’il alla suivre à Paris. Il demeura dès lors (1835) à Paris, en relations avec Buonarroti, s’occupant surtout de linguistique et de philosophie. Il collabora à La Fraternité de 1845, organe du communisme révolutionnaire anticabétiste, où il retrouvait surtout des ouvriers : le cordonnier André Savary*, le monteur en bronze Malarmet*, le monteur de métiers Joseph Benoît*, un Lyonnais, le typographe Henri Stévenot* et le graveur en bijoux Pierre Vinçard*. Il dut le plus souvent être le seul intellectuel parmi ces travailleurs manuels.

Rentré à Lyon en 1847, Charassin y devint directeur de la Revue indépendante, qui aida au développement du socialisme, particulièrement parmi les canuts de la Croix-Rousse. Voir François Ferdinand*.

Après la révolution de Février, Charassin était, à Lyon, un des principaux représentants des très petits groupes de néo-babouvistes. Voir Charavay Gabriel* et Charavay Jean* Il fonda alors Le Défenseur du Peuple.

Très lié avec Joseph Benoît, autre néo-babouviste, Charassin était également, comme Benoît, un des adeptes des idées de Rittinghausen sur le rôle de la cellule sociale et politique de petite taille appelée commune. Les fouriéristes patronnaient également en France la démocratie décentralisée de Rittinghausen et contribuèrent finalement beaucoup plus que Benoît et Charassin à la faire connaître. Pour leur part, Benoît et Charassin furent les promoteurs d’une constitution populaire du canton.

Charassin échoua aux élections à la Constituante du 23 avril 1848, qu’il préféra affronter dans la Seine. Ultérieurement, pour consoler Proudhon* de son échec à la Législative, en 1849, Benoît Joseph lui rappelait l’injustice qu’avait été l’année précédente l’échec de Charassin à la Constituante, mais il ne semble pas que Proudhon en ait été satisfait pour autant.

En mai 1849, Charassin n’avait d’ailleurs pas été plus heureux dans la Seine que Proudhon. Mais quelques mois plus tard, le 10 mars 1850, lors de l’élection complémentaire en Saône-et-Loire, nécessitée par les condamnations dont la Haute-Cour de Versailles, à la suite du 13 juin 1849, avait frappé six représentants, la liste « rouge » à laquelle il participait avait été élue en bloc. Mais l’élection fut invalidée et il dut se représenter le 28 avril où il fut enfin élu avec Buvigner*, Dain*, Esquiros*, Hennequin* et Madier de Monjau aîné*. Il alla siéger à la Montagne, votant régulièrement avec elle et prenant peu la parole.

En 1851, avec Bellouard*, Benoît du Rhône, (Benoît Joseph*), Chouippe*, Erdan*, Fauvety* et d’autres, il signait un important ouvrage, sous l’influence de Rittinghausen, intitulé : Gouvernement direct. Organisation communale et centrale de la République.

Charassin fut expulsé après le coup d’État du 2 décembre, par décret du 9 janvier 1852. Voir Léculier Pierre* Il vécut à Bruxelles et ne rentra en France que dix ans plus tard, en 1862.

En 1864, il inspirait encore une telle crainte aux autorités impériales que Chassin Charles, Louis*, l’ami de Jules Vallès, se vit refuser l’autorisation de publier une revue, simplement parce que les bureaux avaient confondu leurs deux noms.

Le 4 juillet 1868, Charassin signait l’appel publié par La Réforme en faveur du système coopératif.

Franc-maçon, Charassin apparaît en 1812 dans l’effectif de la loge lyonnaise ISIS, puis en 1830 dans celui de la loge La Sincère Amitié et enfin dans celui de La Candeur en 1839. Son activité maçonnique a été réelle, bien que morcelée, puisqu’il a occupé des poste de responsabilité : en 1830 Second Surveillant de la Sincère Amitié ; en 1845 il est Député de la Candeur auprès du Grand Orient de France à Paris. Il a reçu le grade d’Elu dans le Chapitre d’Isis et le grade de Rose-Croix dans le Chapitre de La Candeur. En 1833 il est signalé comme appartenant à la Charbonnerie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article28462, notice CHARASSIN Frédéric ou CHARRASSIN Frédéric , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 8 novembre 2016.

ŒUVRES : Nombreux articles dans La Fraternité de 1845. Organe des intérêts du peuple. Journal de réorganisation sociale et de politique générale, puis Organe du communisme (1845-1848) ; Revue indépendante ; Le Défenseur du Peuple.
Gouvernement direct. Organisation communale et centrale de la République. Projet présenté à la Nation pour l’organisation de la Commune, de l’Enseignement, de la Force publique, de la Justice, des Finances, de l’État, par les citoyens H. Bellouard, Benoît du Rhône, F. Charassin, A. Chouippe, Erdan, C. Fauvety, Gilardeau, C. Renouvier. J. Sergent, etc., Paris, Librairie républicaine de la Liberté de penser, 1851, in-8°, 461 pp. (Bibl. Nat., Lb 55/2.011 — L’exemplaire est catalogué à Fauvety).

SOURCES : Lettres de Charassin à Pecqueur, IISG, Amsterdam. — Joseph Benoît, Confessions d’un prolétaire, publiées par M. Moissonnier et J. Nicot, Paris Éditions Sociales, 1968. (d’après un Manuscrit des Archives municipales de Lyon : M/302). — Martin Nadaud, Mémoires de Léonard, rééd. par M. Agulhon, Paris, Hachette, 1976. — Louis Blanc, Histoire de Dix ans (1830-1840), Paris, Pagnerre, 1841-1844, 5 vol., diverses rééditions, 1846 à 1877, vol. 4. — Victor Hugo, Histoire d’un Crime, réédition de 1958, Paris, (avec notices biographiques). — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891 (orthographié Charrassin). — I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire, Paris, Pedone, 1901, rééd. 1906. — Georges Weil, Histoire du Parti Républicain en France (1814-1870), Paris, Félix Alcan, 1928. — Gabriel Perreux, Au temps des sociétés secrètes. La propagande républicaine au début de la monarchie de Juillet, Paris, Hachette, 1931. — Georges Duveau, La Pensée ouvrière sur l’éducation sous la Deuxième République et sous le Second Empire, Paris, Domat, 1948. — M. Vuilleumier, « Trois lettres inédites d’Ernest Cœurderoy », International Review of Social History, vol. XI (1966), Part 2. — Notes de J. Grandjonc, J. Risacher, J. Thibaut. — Tatian Fauconnet, Joseph Benoît (1812-1880), canut et député socialiste du Rhône : organiser la république socilae décentralisée, Mémoire de Master, ENS Lyon, 2016 (avec des développements importants sur le projet Benoît-Charassin de "Constitution populaire du canton".

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