CORNU René, Frédéric

Par Gérard Boëldieu

Né le 23 novembre 1811 à La Chapelle-Saint-Aubin (Sarthe), mort le 13 septembre 1875 à Poillé (Sarthe) ; instituteur dans la Sarthe ; candidat malheureux à la succession de Ledru-Rollin* dans le canton de La Fresnaye (Sarthe) lors de l’élection cantonale partielle du 7 avril 1850.

Le père de René Cornu, René François Cornu (an VII-1873), né à Crissé (canton de Sillé-le-Guillaume, Sarthe) dans une famille de tisserands alphabétisés, fut lui-même tisserand puis marchand de chanvre à La Chapelle-Saint-Aubin, non loin du Mans, vers le nord-ouest, commune natale de son épouse. Sa mère, née Marie Plot (an II-1863), était fille de modestes cultivateurs. Le couple eut quatre enfants, René Cornu étant l’aîné. Une famille liée à l’Église, un frère du père fut curé dans le diocèse du Mans, le père fut un des sacristains de sa paroisse.

En 1838, René Cornu entra à l’École normale d’instituteurs du Mans, ouverte en 1834. Il en sortit en 1841, muni du brevet élémentaire. Son premier poste fut La Fresnaye (aujourd’hui La Fresnaye-sur-Chédouet), chef-lieu de canton au Nord de la Sarthe, à l’orée septentrionale de la forêt de Perseigne.

René Cornu fut au nombre des instituteurs de la Sarthe qui accueillirent avec enthousiasme la Seconde République. La pique ayant servi de hampe à un drapeau placé sur l’église en mars 1848 lui appartenait. Il fréquenta des Républicains avancés.

Le 27 janvier 1850, deux semaines après le vote de la loi Parieu qui plaçait les instituteurs pour six mois sous l’autorité du préfet, l’inspecteur des écoles de la Sarthe Dalimier proposa le déplacement de Cornu qu’il jugeait « paresseux et insouciant », « peu recommandable sous le rapport politique » et dont la tenue révélait « des habitudes d’estaminet ». Ce faisant, l’inspecteur donnait satisfaction à l’oncle de René Cornu, qui, en 1849, alors qu’il était curé de Pizieux, dans le canton voisin de Mamers, avait sollicité l’éloignement de son neveu. En février 1850, René Cornu fut accepté à Cures (canton de Conlie), commune plus proche du domicile de ses parents. Non sans difficulté, car le maire de Cures rechigna au départ du prédécesseur de Cornu.

À peine installé à Cures, René Cornu fut candidat, dans le canton de La Fresnaye, à l’élection cantonale partielle du 7 avril 1850 pour succéder à Ledru-Rollin déchu de ses mandats électifs consécutivement à sa condamnation en Haute-Cour, après la journée du 13 juin 1849. Ledru-Rollin représentait ce canton au Conseil général de la Sarthe depuis le 29 octobre 1848. Face à Cornu, au nom du Parti de l’Ordre, Augustin Caillard d’Aillières, d’une famille de notables traditionnels bien implantée localement (présente dans la vie politique sarthoise de la fin de l’Ancien Régime à nos jours). Le 29 octobre 1848, le taux de participation avait été de 60,7 % et Ledru-Rollin élu avec 515 voix (51,4 % des exprimés) contre 325 au même Caillard d’Aillières (32,4 %) et 162 (16,2 %) à de Courtilloles un autre châtelain. Le 7 avril 1850, la participation fut plus forte (69,6 %). Caillard d’Aillières l’emporta (850 voix ; 55,3 % des exprimés). Cornu recueillit 684 suffrages (44,7 %). Des trois sections électorales, celle de La Fresnaye le plaça en tête (317 suffrages sur 523 exprimés ; 60,6 %). Pour La Feuille du Village, de Pierre Joigneaux*, les 80 voix de plus que la majorité absolue obtenues par Caillard d’Aillières ne furent « gagnées qu’à force de menaces et de promesses faites aux ouvriers, aux fermiers et aux propriétaires » (numéro du 25 avril 1850).

L’Administration s’employa à déterminer les conditions et les modalités de la candidature de Cornu. De trois rapports de l’inspecteur Dalimier, au préfet le 2 avril (à l’annonce de la candidature), au Recteur de l’académie d’Angers le 7 avril (jour de l’élection, après enquête à La Fresnaye), à nouveau au préfet le 5 mai (après inspection de l’école de Cures), il ressort que la candidature de Cornu émana des « bûcherons démagogues » de la forêt de Perseigne, peut-être en signe de protestation contre son éloignement ; que Cornu, décrit comme un être « sans caractère », influençable, l’accepta sans consulter « aucun de ses chefs  » ; que 8 à 10 jours avant l’élection, du Jeudi-Saint au lundi de Pâques, Cornu se rendit à Mamers où il rencontra « le chef du parti de l’opposition » [Vraisemblablement Charles Granger*, ancien sous-commissaire de la République de l’arrondissement de Mamers en 1848]. Le préfet dissuada l’inspecteur Dalimier, qui jugeait cette candidature « intempestive et de nature à produire encore un mauvais effet à l’égard du personnel des instituteurs de la Sarthe », de se rendre à Cures afin d’engager Cornu à se désister. Il laissa « un libre cours à cette démarche téméraire ».

L’élection passée, Cornu, révéla à l’inspecteur qu’il n’avait « cessé de montrer de la répugnance pour une candidature qu’il n’(avait) point, (disait)-il, franchement acceptée mais qu’on aurait préparé à son insu ». Dalimier en douta. Pour lui, le voyage à Mamers prouvait que Cornu s’était « laissé bercer d’illusions ».

D’une santé fragile, Cornu entendait rester instituteur. Il « annonça un grand repentir » et regretta « de s’être mis, lui fonctionnaire public, à la disposition des ennemis du gouvernement ». Il promit « de s’attacher désormais exclusivement à l’accomplissement de ses devoirs d’instituteur ».

Cornu resta deux ans à Cures. En septembre 1852, regretté en tant que chantre par le desservant de Cures, il passa à Vouvray-sur-Loir, près de Château-du-Loir (arrondissement de Saint-Calais), à l’extrémité sud-est du département, une petite commune pourvue d’une école publique mixte. En 1855, toujours célibataire, il exprima le souhait, pour améliorer sa position, d’enseigner dans une école de garçons, si possible dans une commune proche du lieu de résidence de ses parents. Son inspecteur d’arrondissement qui le disait « très bon instituteur », le sous-préfet de Saint-Calais, pour récompenser son zèle au secrétariat de la mairie, appuyèrent ce vœu. En août 1856 il fut accepté à Chevillé (canton de Brûlon, arrondissement de La Flèche).

Le 18 février 1861 à Fontenay (aujourd’hui Fontenay-sur-Vègre), localité voisine de Chevillé, Cornu épousa Céleste Esnault, propriétaire, âgée de 37 ans, de deux ans sa cadette. Peu après, en août 1861, le couple rejoignit Poillé, commune toute proche de Chevillé et de Fontenay, nouveau et dernier poste de René Cornu.

En 1869, atteint de bronchite chronique, Cornu fut contraint de faire appel, à ses frais, à un suppléant. Son école lui rapportant 900 F par an et son sous-maître lui coûtant 600 F, il demanda des secours. Le sous-préfet de La Flèche plaida pour le refus, arguant que sans enfants et compte tenu des propriétés foncières de son épouse « qu’on assurait être assez importantes » Cornu se trouvait dans une « grande aisance relativement à sa position d’instituteur ». En 1873, souffrant toujours de bronchite chronique, ainsi que de palpitations dues à une hypertrophie du cœur, Cornu obtint un congé-maladie jusqu’à sa retraite.

Il mourut deux ans plus tard à l’âge de 53 ans. Le 20 février 1877, à Solesmes (canton de Sablé), sa veuve, à 53 ans, se remaria avec Louis François David, 48 ans, l’instituteur public de cette commune, un ancien élève du grand séminaire du Mans entré dans l’enseignement primaire en 1853.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article29092, notice CORNU René, Frédéric par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 28 mars 2012.

Par Gérard Boëldieu

SOURCES : État civil de La Chapelle-Saint-Aubin, de Crissé, de Fontenay, de Poillé, de Solesmes (Consulté sur le site internet des Archives départementales de la Sarthe). —Arch. dép. de la Sarthe : 1 T 1022 (élèves de l’École normale d’instituteurs du Mans de 1834 à 1849) ; 1 T 543, 544, 587 (rapports hebdomadaires de l’inspecteur des écoles de la Sarthe et des sous-inspecteurs au Recteur, de 1848 à 1850 inclus), 1 T 117 (écoles du canton de La Fresnaye à partir de 1850) ; 1 T 474 (écoles du canton de Conlie jusqu’en 1850) ; 1 T 176 (application de la loi Parieu) ; 1 T 306 (écoles du canton de Château-du-Loir après 1850) ; 1 T 130 (écoles du canton de Brûlon après 1850) ; M bis 7 (élections cantonales). — Le Courrier de la Sarthe, 1er novembre 1848 (Ledru-Rollin élu conseiller général du canton de La Fresnaye). — La Feuille du Village, 25 avril 1850 (réactions à l’échec de Cornu). — Louis Saillant, Histoire du Maine, Le Mans, 1910.

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