CORRÈZE Joseph

Par Notice revue et complétée par G. Beaubatie

Né le 10 septembre 1790 à Meyssac (Corrèze), mort le 15 juillet 1862 au château de La Boudie, commune de Lanteuil (Corrèze). Propriétaire terrien. Officier de carrière. Saint-simonien.

Fils de Léonard Corrèze et de Marie-Rose de Treyssac de La Bodufie. Joseph Corrèze descendait d’une famille noble du Bas-Limousin, les Corrèze de la Colombière, hommages à Turenne depuis le XVIIe siècle. Son père, Léonard, professait des opinions royalistes et mourut dans la maison familiale de Turenne le 16 février 1827.
A l’âge de 16 ans, Joseph Corrèze suivit une préparation à l’École Polytechnique où il entra 57e en 1808 et en sortit 37e sur 150 environ. A partir d’octobre 1810 et durant quinze mois, il suivit les cours de l’École spéciale du Génie à Metz. En 1812, après avoir été un temps employé aux travaux de Flessingue (Pays-Bas), il fut envoyé, sur ordre du ministre de la Guerre, à la Grande Armée. Détaché à l’état-major du génie, il fit la campagne de Russie, participa à la bataille de Smolensk (août 1812), à celle de Krasnoï sous les ordres du maréchal Ney. Au cours de la retraite, on dut l’amputer de plusieurs orteils gelés. Fait prisonnier à la bataille de Vilna (10 décembre 1812), il fut transféré à Simbirsk. Ce n’est que le 23 octobre 1814 qu’il retrouva le sol du pays natal.
A partir de 1816, sa carrière militaire se déroula sur un fond d’affectations nombreuses : Brest (Finistère) en 1816, Cahors (Lot) en 1820, Belfort en, 1826, Limoges (Haute-Vienne) en 1828, Grenoble (Isère) en 1832, l’île d’Oléron (Charente-Inférieure) en 1835, Périgueux (Dordogne) en 1839, Reims (Marne) en 1842, Toulon (Var) en 1847, date à laquelle il fut promu lieutenant-colonel et officier de la Légion d’honneur.
En 1848, il fut muté à Blaye (Gironde), avant d’être, l’année suivante, envoyé à La Rochelle. Au début de l’année 1851, il fut mis à la retraite ; au moment du coup d’État du 2 décembre, il résidait dans son château de La Boudie, situé au centre d’un domaine de 125 hectares, sur le territoire de la commune de Lanteuil (Corrèze).
Comme nombre des officiers de son arme, Joseph Corrèze adhéra au saint-simonisme, dont il a été un ardent prosélyte, et ceci à partir de la Restauration. Selon ses dires, il fut « arraché » par le Père Enfantin, « à l’athéisme où [il était] plongé, en donnant au sentiment philanthropique qui a toujours brûlé dans [son cœur] un but si sublime qu’il est vraiment divin ». Intelligent, tolérant et généreux, il se souciait de promouvoir le progrès économique et social.
Très vite, il s’ingénia à mettre en pratique les idées saint-simoniennes auxquelles il souscrivait " tout feu tout flamme ». et contribua aux frais de l’école, au moins jusqu’en 1837, mais déclina l’invitation qui lui fut faite de venir travailler comme volontaire en Égypte.
En 1839, le sous-préfet de Brive ne manqua pas de signaler en haut lieu l’intérêt de l’expérience menée alors sur ses terres : « M. Corrèze, chef de bataillon du génie, propriétaire de la commune de Lanteuil : des défrichements considérables, la formation de nombreuses prairies tant naturelles qu’artificielles, les soins donnés à la culture de la luzerne, du trèfle, de la betterave, l’emploi de la charrue à la Dombasle, l’établissement d’un séchoir à poële pour préserver les châtaignes de l’amertume produite par le contact de la fumée, l’ouverture des chemins nécessaires pour l’exploitation, voilà les faits nombreux qui témoignent de la sollicitude de cet agronome pour une industrie jusqu’à ce jour si négligé dans ce canton. » Plus tard, il remplaça le régime du métayage par le recrutement d’un personnel assuré de son maintien sur le domaine.
Ayant perdu en 1840 sa femme, Françoise Vallet, qu’il avait épousée six ans plus tôt à Grenoble, il était sans héritier. Il n’avait de cesse d’inviter à La Boudie ses coreligionnaires : Job*, Holstein*, Arlès-Dufour*.
C’est en qualité de saint-simonien que le chansonnier saint-simonien Vinçard aîné*, voyageant à travers la France, lui rendit visite. Corrèze offrit à Vinçard, en toute propriété, un terrain attenant à son domaine, pour se faire construire une maison. Faute de l’argent nécessaire pour y faire construire une maison, Vinçard n’accepta pas. Le projet de laisser à son ami Gallé y organiser une société de secours mutuels pour les saint-simoniens ne fut pas conduit à son terme.
Joseph Corrèze eut néanmoins l’immense plaisir d’accueillir en 1860 deux hôtes prestigieux : au mois de juin d’abord, le Père Enfantin, dont le séjour fut contrarié par une pluie persistante et la chute dans un ruisseau torrentueux de son amie, Madame Guillaume ; quelques semaines plus tard enfin, Isaac Péreire, qui lui recommanda « d’aller de l’avant en puisant dans sa bourse ». C’est de ce dernier qu’il fit le 19 septembre 1861 son légataire universel.
Joseph Corrèze fut inhumé civilement sur ses terres.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article29102, notice CORRÈZE Joseph par Notice revue et complétée par G. Beaubatie, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 21 août 2018.

Par Notice revue et complétée par G. Beaubatie

ŒUVRES : Le numéro 3 du Carillon républicain (Limoges, 1848) publie un « Appel de la Pologne à la France », paroles et musique de J. Corrèze, reproduit du Tribun du Peuple.

SOURCES : Arch. Dép. Corrèze, série E ; 2E 138/10 ; série M. — Bibl. Arsenal, Fonds Enfantin, ms. 7 729/5 et Papiers Alexis Petit, ms. 15 032/5. — Vinçard, Mémoires épisodiques d’un vieux chansonnier saint-simonien, Paris 1879. — Henry-René d’Allemagne, Les Saint-Simoniens 1827-1837, Paris, Gründ, 1930, in-4°, p. 438. — François Delooz, article, Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze, Tome 91, 1988. — Note de Ph. Régnier.

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