FAVARO Roland

Par Janine Olmi

Né le 17 mars 1936 à Thil (Meurthe-et-Moselle), mort le 4 septembre 2001 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; ouvrier chaudronnier, permanent du comité central du PCF ; secrétaire général des Jeunesses communistes (1970-1973), secrétaire de la fédération de Meurthe-et-Moselle Sud (1974-1984) puis secrétaire régional de Lorraine ; membre du comité central du PCF (1970-2001) ; conseiller régional de Lorraine (1986-2001).

Roland Favaro
Roland Favaro
Élus communistes de Moselle et Meurthe-et-Moselle avec le cosmonaute soviétique Léonov (années 1970) : assis à gauche René de Matteis, au centre avec des lunettes Arthur Buchmann ; debout inconnu, Henri Malberg, Roland Favaro et Cesar Depietri

Les parents de Roland Favaro avaient quitté la Toscane en 1924, pour échapper au fascisme et s’installèrent en Lorraine. Son père fut embauché à la Société des aciéries de Micheville, à Villerupt (Meurthe-et-Moselle) comme casseur de fonte, métier pénible et mal payé. Il adhéra à la CGT et était décrit par son fils comme sympathisant communiste en 1960. Contrairement aux traditions locales, sa mère ne resta pas au foyer et fit des ménages. Roland Favaro naquit dans le village minier de Thil (Meurthe-et-Moselle) qui avait été la première municipalité communiste du département. Il fut naturalisé français en juillet 1950. Élevé par sa grand-mère dans la religion catholique pratiquante, Roland Favaro fut enfant de chœur et participa aux activités des scouts jusqu’à l’étape de la communion solennelle. Dans un questionnaire biographique daté de 1974, il indiquait également avoir participé aux activités de la JOC. Titulaire du certificat d’études primaire et des CAP de chaudronnier et de traceur, il fut embauché à 14 ans aux aciéries Sidelor de Micheville. Son camarade Ubaldo Roncigli témoigna plus tard qu’il avait les capacités pour devenir chef d’équipe ou contremaître.

En 1954, Roland Favaro adhéra à la CGT et fut rapidement élu délégué du personnel. L’année suivante, il siégea à la commission formation professionnelle du comité d’entreprise. A l’automne 1955, il adhéra à l’UJRF et au Parti communiste. Un an plus tard, il fut appelé au service militaire, comme 2ème classe au 151e régiment d’Infanterie, à Verdun puis, de janvier 1957 à décembre 1958, en Algérie dans une compagnie disciplinaire.

À son retour, Roland Favaro reprit son activité militante aux Jeunesses communistes. En 1959, il participa au Festival mondial de la jeunesse de Vienne (Autriche) et devint secrétaire du cercle JC de Villerupt. En 1960, le secrétaire de la section du PCF soulignait son rôle dans le développement des JC à Villerupt et Longwy qui démontrait ses compétences politiques et ses qualités d’orateur. Cette appréciation favorable fut confirmée lors de son passage par l’école fédérale du PCF dans les mois suivants. En 1961, il suivit les cours d’une école centrale d’un mois du PCF avant de prendre la tête de la direction départementale des JC et d’entrer au comité fédéral du PCF de Meurthe-et-Moselle.

Roland Favaro suivit à nouveau une école centrale de quatre mois en 1962, peu avant d’être appelé à la direction nationale des Jeunesses communistes. Rejoignant la région parisienne, il quitta le comité fédéral de Meurthe-et-Moselle. En 1970, il succéda à François Hilsum* au poste de secrétaire général. Au cours de ces années, les JC furent particulièrement actives sur le terrain des questions internationales, avec les mobilisations contre la guerre du Viet-Nam et en faveur d’Angela Davis. Roland Favaro se rendit au Chili, où il rencontra le Président Allende quelques mois avant le coup d’Etat, et participa à la préparation du 20e festival mondial de la jeunesse de Berlin (1973) du côté de la délégation française.

Roland Favaro fut élu membre suppléant du comité central du PCF à l’occasion du XIXe congrès, en 1970, puis élu titulaire au congrès suivant, en 1972. En 1973, il céda ses responsabilités à la tête de la JC à Jean-Michel Catala et sur les recommandations de Georges Marchais*, il revint en Lorraine pour créer le comité régional du PCF. Le 13 octobre 1974, il prit la tête de la fédération de Meurthe-et-Moselle Sud qui peinait à s’imposer à Nancy, capitale universitaire de la région. Signe de sa bonne insertion dans l’appareil du parti, il fut nommé membre de la commission centrale de contrôle politique lors du XXIIIe congrès du PCF, en 1979, et est cité par Georges Marchais* dans l’ouvrage L’Espoir au présent (1980).

En mai 1984, les fédérations sud et nord de Meurthe-et-Moselle furent réunifiées dans une même structure. Le secrétaire de la fédération Nord, Alain Amicabile, prit la tête de la nouvelle fédération qui comptait alors 6500 adhérents. Dans un souci d’équilibre, Roland Favaro, secrétaire de la fédération sud, fut élu au bureau fédéral et devint secrétaire régional de Lorraine, chargé de la liaison avec le siège national du parti.

Au lendemain de l’échec du PCF aux élections européennes de juin 1984, l’ensemble de l’appareil fédéral de Meurthe-et-Moselle exprima son désaccord avec la ligne nationale. Les membres du bureau fédéral, à une exception près, critiquèrent la politique du parti et convoquèrent un comité fédéral exceptionnel qui se prolongea jusqu’au matin sans représentants de la direction nationale qui faisait confiance aux deux membres du CC, Alain Amicabile et Roland Favaro. Or ces derniers, comme la majorité du comité fédéral, s’accordèrent sur la responsabilité du PCF dans l’échec électoral. Malgré les mises en garde de Jean-Claude Gayssot* alors chargé de suivre la fédération, Alain Amicabile et Roland Favaro rendirent compte des interrogations du comité fédéral lors du comité central du 26 juin 1984 et participèrent à la critique du rapport du BP menée par d’autres membres du CC dont Pierre Juquin* et Charles Fiterman*. Lors de la conférence fédérale des 26 et 27 janvier 1985, le texte voté par les délégués fut très éloigné du projet soumis par la direction du parti et à l’issue du XXVe congrès, Alain Amicabile fut exclu du CC. Malgré sa demande initiale d’un réexamen complet de la politique du parti, Roland Favaro se rallia à la direction. Il resta membre du bureau fédéral de Meurthe-et-Moselle et fut l’interlocuteur privilégié de la direction nationale dans le département, contribuant à la reprise en main de la fédération.

Roland Favaro continua toutefois d’intervenir en faveur d’une évolution du PCF. En 1989, il participa à la création du courant des « refondateurs » avec Charles Fiterman et à la création de la revue Futurs. Après le coup d’Etat d’août 1991 en URSS, Roland Favaro s’engagea plus nettement encore dans la voie refondatrice. Le 23 août 1991, il signa avec huit autres membres du comité central, dont Charles Fiterman*, Jack Ralite* et Anicet Le Pors*, une lettre adressée à Georges Marchais* pour demander la convocation d’un CC extraordinaire à propos du putsch. En Meurthe-et-Moselle, Jean-Luc Mignon, secrétaire fédéral à partir de juin 1991, abandonna son mandat dès octobre 1992 pour protester contre « le retour de pratiques anciennes » au sein du PCF. Roland Favaro écrivit alors à Georges Marchais* pour justifier cette démission et dénoncer l’existence au sein du parti de « méthodes intolérables, d’un autre temps » : « Depuis 1984, nous avons vécu une véritable hémorragie de plusieurs milliers d’adhérents. Cette "normalisation" fait fuir, c’est un nivellement par le bas ». Lors du XXVIIIe congrès du PCF (1994), il signa un texte critique et il s’abstint de voter le projet de base commune de discussion lors de la préparation du XXIXe congrès d’octobre 1996.

A l’image de Guy Hermier*, Roger Martelli ou Lucien Sève*, Roland Favaro resta cependant membre du PCF et il siégea au comité central puis au comité national jusqu’à son décès. Lors d’un meeting électoral organisé à Talange (Moselle) avec Robert Hue, en avril 1999, Roland Favaro déclarait aux journalistes de l’Humanité : « Je me suis situé durant des années dans la contestation mais sans jamais quitter le PCF […] Le communisme n’est pas né avec la révolution de 1917 et je crois à l’avenir de la visée communiste. » Il déclarait également avoir rejoint le Parti communiste en 1955 « pas pour remplir le goulag, mais pour agir contre l’exploitation des sidérurgistes, pour le progrès social, la démocratie et la paix. » Lors de l’étape préparatoire du XXXe congrès de Martigues en mars 2000, partisans et adversaires d’une « refondation » s’affrontèrent. Huit jours avant la tenue du congrès, l’Humanité publia en pleine page une adresse signée par trente personnalités de Meurthe-et-Moselle, appelant à « rejeter l’hésitation et l’indétermination qui ne sont pas une politique et à fonder un nouveau parti communiste ».

Au plan électoral, Roland Favaro fut candidat du PCF aux élections législatives de 1978 à Nancy. En 1986, figurant dans la liste d’union de la gauche, Roland Favaro fut élu communiste au conseil régional de Lorraine. Il fut par la suite réélu jusqu’à son décès. Il mena en particulier une intense action culturelle et fut à l’origine du colloque Lorraine, terre d’accueil et de brassage des populations qui se tint à Nancy en 2000. En 1999, il fut également candidat aux élections européennes sur la liste « Bouge l’Europe » emmenée par Robert Hue.

Le 7 septembre 2001, à Hussigny ses obsèques réunirent une assistance nombreuse, composée de camarades et d’élus lorrains. Lors du 31e congrès du PCF qui eut lieu quelques semaines plus tard, Paul Lespagnol rendit hommage à Roland Favaro au moment de l’annonce du nouveau comité national.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50381, notice FAVARO Roland par Janine Olmi, version mise en ligne le 5 janvier 2013, dernière modification le 5 janvier 2013.

Par Janine Olmi

Roland Favaro
Roland Favaro
Élus communistes de Moselle et Meurthe-et-Moselle avec le cosmonaute soviétique Léonov (années 1970) : assis à gauche René de Matteis, au centre avec des lunettes Arthur Buchmann ; debout inconnu, Henri Malberg, Roland Favaro et Cesar Depietri

SOURCES : Arch. du comité national du PCF. — Arch. municipales de Nancy. — Arch. de la fédération PCF de Meurthe-et-Moselle. — Livre hommage, Nancy, Anagram — José Fort, « Disparition de Roland Favaro », L’Humanité, 6 septembre 2001. — Le Républicain lorrain. — L’Est républicain. — Entretien et mémoire de Jacqueline Favaro. — Documents d’Odette Piermentier sur le village de Thil. — Témoignages d’André Legouverneur secrétaire fédéral et Maurice Villaume conseiller général de Meurthe-et-Moselle. — Notes de Paul Boulland, Michel Dreyfus et Julian Mischi.

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