JACQUENOD Raymond, Georges, Eugène

Par Madeleine Singer

Né le 17 août 1923 à Lure (Haute-Saône), mort le 30 juin 1999 à Paris (XIe arr.) ; professeur agrégé de lettres classiques, puis proviseur ; membre du comité national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1962 à 1970.

Raymond Jacquenod était le second des deux enfants de Joseph Jacquenod, contrôleur des contributions indirectes qui était trésorier de la section locale de la Ligue des droits de l’homme. Il fit ses études au cours complémentaire de Vesoul et entra en 1939 à l’École normale de cette ville. Il fut transféré en juin 1940 à l’École normale d’Aurillac où il passa le brevet supérieur en 1941. Il fit alors une année de formation professionnelle à Besançon et prépara en même temps le baccalauréat qu’il obtint en 1942. Nommé cette année-là maître de cours complémentaire à Marnay (Haute-Saône), il devint l’année suivante maître d’internat et entreprit une licence de lettres classiques. En 1945 il partit au service militaire ; à son retour en 1946, il occupa divers postes en qualité de répétiteur, puis d’adjoint d’enseignement quand il obtint la licence en 1947. Reçu au CAPES en 1950, il enseigna alors à Vesoul où il demeura en qualité d’agrégé à partir de 1952.

Nommé censeur à Landerneau en 1954, il fut, en 1956, proviseur d’abord à Lons-le-Saunier, puis à Amiens et à Montgeron (Essonne). Chargé en 1972 du service d’orientation de Paris avec le grade d’inspecteur d’académie, il devint, en 1976, inspecteur général. C’est en cette qualité qu’il prit sa retraite en 1988, après avoir été de 1977 à 1980 directeur de l’Institut national de la recherche pédagogique. Il avait en 1981 soutenu à Dijon une thèse qui ne fut pas éditée : La pédagogie romaine d’Auguste aux Antonins. Il avait épousé en 1951 Michèle Huguenot, documentaliste chez l’éditeur Bordas, qui était alors cheftaine de louveteaux, aux scouts de France. Ils eurent deux enfants : une fille documentaliste à Télécom, un fils chef de service de radiologie dans un hôpital de Paris.

Raymond Jacquenod avait été jéciste pendant ses trois années d’études au cours complémentaire de Vesoul. Une fois rendu à la vie civile en 1946, il fut pendant trois ans chef de troupe chez les scouts de France à Vesoul et, à partir de 1949, routier dans le clan de Besançon jusqu’à son mariage. Il avait adhéré au SGEN dès son retour du service militaire : en tant que chrétien, il voulait, dit-il, « entrer dans un groupe de gens qui respectaient la liberté de conscience et qui se reconnaissaient dans un mouvement d’inspiration spiritualiste et personnaliste ». Il refusait d’avaliser la notion de lutte des classes, « fondée sur des structures qui lui rappelaient sans doute celles de la société antiques telles que pouvait les imaginer au XIXe siècle un esprit germanique, mais qui lui semblaient étrangères à celles des sociétés occidentales modernes, beaucoup plus ouvertes même à l’époque dite de « l’Ancien régime » ». Raymond Jacquenod refusait donc d’appartenir au SNES qu’il jugeait « politisé ». Devenu censeur, il figura aux côtés d’Albert Agnès sur la liste des candidats SGEN, lors des élections aux commissions administratives paritaires nationales (CAPN) en 1955. Ayant pour la première fois une liste complète d’administrateurs, le SGEN eut un élu en la personne d’Hossenlopp, principal du collège de Molsheim (Bas-Rhin). Comme Raymond Jacquenod le dira plus tard dans son rapport pour le congrès de 1962, il se félicitait de voir réunis au sein du SGEN tous les administrateurs : il est nocif pour l’Université, disait-il, qu’il y ait des syndicats de proviseurs, de censeurs et de principaux au sein d’une même fédération, en l’occurrence la Fédération de l’Éducation nationale (FEN). En outre il jugeait « contre nature » le rejet des surveillants généraux dans un syndicat de professeurs.

Lors des élections suivantes, en 1958, Raymond Jacquenod, devenu proviseur à Lons-le-Saunier, accepta d’être le suppléant de Jeanne Rousselet*, directrice du lycée La Fontaine à Paris car Hossenlopp souhaitait se retirer, l’éloignement lui rendant la tâche trop difficile. A titre de suppléant, Raymond Jacquenod siégea donc à différentes reprises. En 1961, Madame J. Rousselet, atteinte par la limite d’âge, ne pouvait se représenter, Raymond Jacquenod devint titulaire, avec comme suppléant Georges Bouchez, proviseur de la Cité Nord à Lille. Pendant huit ans, il allait défendre les intérêts des adhérents tant en CAPN que par ses interventions au Ministère. Ceci impliquait un travail considérable : en 1965, il parlait d’une moyenne de dix sessions de la CAPN par année scolaire « avec chaque fois une centaine de lettres et d’avis, sans parler des appels téléphoniques, des visites, des démarches individuelles ». Quant aux interventions au Ministère, il déclarait à une réunion de la section des administrateurs SGEN en février 1968, qu’il en faisait « de trois à quatre par jour ». Dès qu’il fut élu, il entreprit de rendre compte de son mandat dans Syndicalisme universitaire. Le SGEN eut dès lors une chronique « administrateurs » que les prédécesseurs de Raymond Jacquenod n’avaient pu entreprendre pour des raisons diverses. Raymond Jacquenod y évoquait la constitution des listes d’aptitude aux fonctions administratives, le déroulement des mutations, l’attribution des promotions.

Il souhaitait n’avoir à sa charge que la rédaction de cette chronique, sans aborder les problèmes d’ensemble posés par les fonctions administratives, mais il décida « de ne pas laisser ses collègues dans l’ignorance des questions importantes tant qu’un rédacteur plus qualifié ne se chargera pas de les traiter ». C’est pourquoi il suivit le projet de statut des administrateurs, élaboré alors par le Ministère. Se félicitant d’y voir reconnu leur qualité d’éducateur, il déplorait que les surveillants généraux n’y aient pas droit au titre d’administrateurs. Le bureau national- Second degré l’ayant associé à ses travaux dès son élection en qualité de titulaire, Raymond Jacquenod s’en réjouit car il jugeait utile d’assurer une liaison aussi permanente que possible entre représentants élus en CAPN et représentants mandatés par le syndicat pour constituer ce bureau, liaison particulièrement nécessaire lors de l’élaboration de la doctrine pédagogique du SGEN. Comme on le voit par les comptes rendus de réunions publiés par Syndicalisme universitaire, Raymond Jacquenod participa à ces réunions aussi régulièrement que le lui permettait la direction d’un gros établissement car depuis 1960, il était à la tête de la Cité scolaire d’Amiens. Il dut toutefois y renoncer pendant quelques mois lorsqu’il devint en 1963 proviseur du lycée de Montgeron. Il avait été élu au comité national lors du congrès de 1962 et il y siégea jusqu’en 1970.

Se souciant également de l’organisation de la catégorie « administrateurs », il demandait incessamment dans ses chroniques que les collègues d’une même académie se groupent et désignent un représentant chargé de faire la liaison avec le bureau- Second degré et avec lui-même. Il fut donc heureux de voir, le 16 avril 1964, une réunion d’administrateurs se tenir au siège du SGEN à Paris, peu après le congrès national de mars. Au cours de ce congrès, les administrateurs avaient voté une motion dans laquelle ils se préoccupaient notamment des atteintes portées à leur droit de grève par la circulaire de Christian Fouchet (mars 1964) ; ils se félicitaient de voir rassemblées au SGEN toutes les catégories d’administrateurs car cela permettait de « surmonter les divisions de catégories et de degrés d’enseignement qui entravent l’harmonisation des revendications ». La réunion du 16 avril aboutit à la constitution d’un bureau-Administrateurs ; Raymond Jacquenod, secrétaire, était épaulé par Émile Salvaire* qui se chargea de faire parvenir aux adhérents des informations ronéotypées car il fallait mettre à l’étude des sujets tant de caractère revendicatif (classement, indemnités, etc.) que de caractère pédagogique. Emile Salvaire, secrétaire adjoint, centralisait les réponses, élaborait les suggestions et les éléments de doctrine syndicale.

Pour les élections de 1965, Raymond Jacquenod exposa au nom du bureau-Administrateurs les raisons pour lesquelles le SGEN participait à la compétition électorale dans cette catégorie : les adhérents du syndicat qui deviennent administrateurs, veulent maintenir le choix personnel qu’ils ont fait du SGEN et de la CFDT. S’ils souhaitent rejoindre une organisation professionnelle qui tente de réaliser l’unité de leur nouvelle catégorie, ils ne peuvent admettre que cela entraîne leur adhésion automatique à la FEN. Ils demandent donc qu’un jour se mette en place un système de double appartenance, au syndicat catégoriel d’une part, à la FEN ou au SGEN d’autre part. Cela entraînerait la présence, sur une liste unique, de tels ou tels administrateurs appartenant au SGEN. En 1961 ces considérations avaient déjà fait l’objet, dans Syndicalisme universitaire, d’un article non signé, mais qui émanait de Raymond Jacquenod. Elles furent cette fois envoyées le 18 mars 1965 sous forme de circulaire ronéotypée à tous les adhérents de la catégorie. Raymond Jacquenod fut réélu, ayant pour suppléante Madame Daguenet, directrice du lycée Balzac de Tours car Georges Bouchez allait devenir inspecteur pédagogique régional en lettres. Madame Daguenet se chargea de tout ce qui concernait les détachés ainsi que des questions de promotions car, avec l’accroissement du nombre des adhérents, la tâche de Raymond Jacquenod devenait de plus en plus lourde. Ces élections avaient vu les fonctionnaires des établissements techniques mêlés à ceux du second degré traditionnel : en saluant « ce progrès », Raymond Jacquenod déplorait par contre que les surveillants généraux eussent désormais leur propre CAPN alors que le SGEN avait lutté pour que ceux-ci continuent à être traités comme des administrateurs « à part entière ».

Dans son rapport pour le congrès de 1966, Raymond Jacquenod évoqua toutes les difficultés des chefs d’établissement (insuffisance du personnel de secrétariat, organisation des annexes, indemnités non réévaluées, etc.) ; il déplora qu’après trois ans de réflexion, le statut des administrateurs ne fût pas toujours pas paru. Celui-ci ne sortira que le 30 mai 1969 et encore ne concernait-il pas les surveillants généraux qui en 1970 deviendront conseillers d’éducation. Nouvelle réunion d’administrateurs au SGEN, le 12 février 1967 : André Meunier, proviseur du lycée de Villemomble (Seine-Saint-Denis), prit la charge de secrétaire afin que Raymond Jacquenod pût se consacrer au travail de la CAPN et aux démarches. Une assemblée générale (21 participants), le 1er février 1968, permit de relancer la section grâce à l’arrivée d’un animateur, Gaston Clergeot, devenu censeur au lycée de Montgeron ; celui-ci se préoccupa notamment de la mise en place des sections académiques qui existaient déjà à Lille et à Lyon, mit à jour le fichier des adhérents et des sympathisants. La réunion du bureau-Administrateurs devint mensuelle et le bulletin de liaison ronéotypé qui paraissait irrégulièrement, fut publié chaque trimestre.

Mais les événements de Mai 68 secouèrent durement la section : la cohabitation devint difficile entre tel administrateur SGEN et tel représentant des professeurs SGEN lorsque, pour ce dernier, le chef d’établissement était « le représentant du pouvoir » envers lequel il manifestait une opposition constante, voire une hostilité ouverte. Il y eut des administrateurs qui quittèrent le syndicat tandis que par ailleurs, lors du bureau du 5 décembre 1968, on signala « un nombre important d’adhésions nouvelles ». Le bureau ayant eu, le 4 novembre 1968, une audience du directeur de la pédagogie, Raymond Jacquenod déclara que les chefs d’établissement s’estimeraient plus libres vis-à-vis du conseil d’administration s’ils n’en assuraient pas automatiquement la présidence. En outre certains chefs d’établissement ayant adressé aux parents d’élèves une lettre-circulaire qui suggérait de protester auprès des recteurs contre la réduction des heures de surveillance et mettait en doute les qualités morales des surveillants, Raymond Jacquenot signala au directeur que cette campagne n’était pas le fait du SGEN car il estimait que les maîtres d’internat étaient des éducateurs et qu’on devait les considérer comme des adultes responsables sans limiter leur droit de visite. En même temps la section soutenait énergiquement les surveillants généraux qui luttaient pour l’amélioration du statut qu’on leur proposait : le 20 novembre 1968, Raymond Jacquenod se trouvait aux côtés de Paul Martinet*, secrétaire SGEN à l’action revendicative, et de deux surveillants généraux, lors de l’audience accordée à ce sujet par le Ministère. Il exprima les sentiments de solidarité que les chefs d’établissement du SGEN portent aux surveillants généraux et souligna que pour eux le surveillant général était un adjoint de direction très apprécié.

Mais les élections du 4 février 1969 entraînèrent la perte du siège à la CAPN des administrateurs car le démantèlement de la commission s’était poursuivi : comme les surveillants généraux, les principaux de CES avaient maintenant une CAPN distincte. Outre cette dispersion des suffrages SGEN sur deux commissions, il y avait pour la première fois dans cette catégorie une troisième liste, celle du Syndicat national du personnel administratif des lycées et établissements secondaires (SNPALES), lequel représentait l’alliance des autonomes et du Syndicat national des lycées et collèges (SNALC). Cette liste recueillit les suffrages de tous les administrateurs effrayés par les événements de Mai 1968 : avec 156 voix, elle arriva en deuxième position dans la commission des proviseurs et des censeurs. Devançant de peu le SGEN qui eut 142 voix, elle obtint son siège, la FEN gardant les autres. Toutefois Raymond Jacquenod demeura au sein du bureau-Administrateurs, chargé des démarches au Ministère pour les proviseurs et les censeurs.

Il fut à nouveau tête de liste, avec A. Meunier comme suppléant, lorsqu’eurent lieu, le 20 février 1970, les élections aux commissions consultatives spéciales qui avaient remplacé pour les administrateurs les anciennes CAPN. Mais les résultats de ce scrutin confirmèrent ceux de 1969. Quand une délégation du bureau fut reçue, le 17 novembre 1970, par la direction du personnel, c’est Raymond Jacquenod qui présenta les questions relatives au personnel de direction détaché et évoqua le grave problème des suppléances d’enseignement en cas d’absence des professeurs car les adjoints d’enseignement étaient le plus souvent maîtres auxiliaires à plein temps. Il effectua encore les démarches pendant cette année scolaire 1970-1971, mais quitta peu après le SGEN car depuis Mai 68, il désapprouvait les positions prises par le syndicat.

Toutefois il milita alors dans d’autres secteurs. De 1974 à 1990, il fut président de la commission de l’éducation de l’Union internationale des organisations familiales. Il s’occupa également du « Jura français », association culturelle et touristique destinée à faire connaître la Franche-Comté et il en était, en 1998, président d’honneur. Une fois à la retraite, il fut pendant quelques années consultant en matière scolaire pour le conseil régional d’Ile-de-France, pour le conseil général de l’Essonne ainsi que pour celui de la Seine-et- Marne. En même temps il poursuivit la publication de diverses œuvres et préparait en 1998 pour les éditions Marabout un dictionnaire de mythologie. Sans pouvoir citer toutes les sociétés auxquelles il participait à cette époque, notons qu’il représentait alors l’Union nationale des Associations familiales (UNAF) à la commission de classification des films au Centre national de la cinématographie. Il était chevalier de la Légion d’honneur et commandeur des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76428, notice JACQUENOD Raymond, Georges, Eugène par Madeleine Singer, version mise en ligne le 23 février 2010, dernière modification le 23 février 2010.

Par Madeleine Singer

ŒUVRE : aux éditions Marabout, Cent expressions latines expliquées, Tester et enrichir son orthographe, La ponctuation maîtrisée, Nouveau dictionnaire étymologique. — Promotion 2000, éd. Messinger, 1982. — Anthologie de la poésie française, Paris, Bordas, 1990. — Champion d’orthographe, Paris, Bordas, 1990.

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. dép. Nord, J1471) ; Histoire du SGEN, Presses universitaires de Lille, 1987. — Syndicalisme universitaire (1955-1970). — Bulletin de liaison ronéotypé de la section Administrateurs (1964-1972). — Lettres de Raymond Jacquenod à M. Singer, 17 novembre 1979, 25 mars 1995, 2 avril 1996, 16 janvier 1998, 17 mars 1998 (archives privées).

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