RICHÉ Pierre, René

Par Madeleine Singer

Né le 4 octobre 1921 à Paris (XIVe arr.), mort le 6 mai 2019 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) ; agrégé d’histoire, professeur d’Université ; membre du comité national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1955 à 1960.

Pierre Riché était le second des trois enfants de Marcel Riché, dessinateur industriel qui avait épousé Andrée Ory ; celle-ci fut institutrice jusqu’à la naissance de son premier enfant. Pierre Riché fit ses études secondaires à Paris, d’abord au lycée Condorcet, puis au lycée Janson de Sailly. Réfugié en juin 1940 en Languedoc, il passa à Toulouse la première partie du baccalauréat en 1940, la deuxième partie à Paris en 1941. Il fréquenta la Sorbonne à partir de 1942 et obtint la licence d’histoire en 1946, l’agrégation en 1948. Nommé alors au lycée de Constantine — il l’avait préféré à une petite ville de province en France — il fut muté l’année suivante au Mans et passa deux ans au CNRS en 1951-1953. Nommé ensuite assistant en Sorbonne, il fut chargé pendant quatre ans des travaux pratiques sur l’histoire du Moyen-Age. Maître de conférence à Tunis en 1957, il devint professeur à Rennes en 1960, à Paris X-Nanterre en 1967. Il y prit sa retraite en 1989 en qualité de professeur-émérite. En 1962 il avait soutenu en Sorbonne une thèse sur Éducation et culture dans l’Occident barbare (VIe-VIIIe siècle). Il avait épousé en 1953 Suzanne Grenier ; ils eurent quatre enfants, l’une institutrice, les autres professeurs de lettres, journaliste, fonctionnaire européen.

Pierre Riché avait été jéciste au cours de ses études secondaires, puis appartint en 1946-1947 à un clan routier des Scouts de France. Il adhéra au SGEN dès son arrivée au lycée de Constantine car c’était un syndicat de tendance chrétienne ; mais très pris par ses recherches, il ne milita qu’en arrivant en Sorbonne. On le retrouva dans la petite délégation SGEN qui fut reçue en audience le 2 novembre 1953 par le directeur de l’enseignement supérieur : il se préoccupait du statut des assistants de lettres dont les attributions étaient mal définies et l’avancement compromis puisqu’ils dépendaient des commissions paritaires du Second degré dans lesquelles ils n’étaient pas représentés. À partir de 1955, il s’intéressa à l’allocation d’études demandée par l’UNEF pour les étudiants : il montrait à cette occasion dans Syndicalisme universitaire qu’on ne ferait pas avancer la démocratisation de l’enseignement si on ne se préoccupait pas d’aider les familles à amener leurs enfants jusqu’aux Facultés ou Grandes écoles, le taux des bourses étant insuffisant et les conditions de logement n’offrant pas « le minimum de tranquillité et de silence » exigé par les études. Aussi participa-t-il, le 31 mars 1957, à une réunion dans laquelle des représentants du SGEN étudièrent, avec des membres du bureau de l’UNEF et un représentant de la FEN, les problèmes de la jeunesse et notamment l’allocation d’études pour les étudiants.

Elu en 1955 au comité national dans la section de l’Enseignement supérieur, il assista également aux congrès suivants, intervenant par exemple en 1956 dans le débat pédagogique : la propédeutique, disait-il, devait être transformée car, dans les classes terminales du Second degré, les élèves n’ont pas été initiés aux méthodes de travail. Comme il enseignait à l’Institut des hautes études de Tunis lors du congrès d’avril 1958, il y lança un vibrant appel aux jeunes pour qu’ils n’hésitent pas à répondre aux offres du gouvernement tunisien : « Les rapports entre universitaires français et tunisiens sont excellents. Même après Sakiet, nous n’avons enregistré aucun mot de haine » : on sait que le 8 février 1958 un avion français, poursuivant des éléments de l’ANL (armée nationale de libération), avait bombardé le petit village tunisien de Sakiet. P. Riché souligna que les programmes en Tunisie étaient restés les mêmes qu’avant l’indépendance (laquelle datait de 1956) : « les classiques français sont plus connus des jeunes lycéens que les poètes arabes ». Aussi si les universitaires français faisaient défaut, ce serait, ajouta-t-il, « la mort dans l’âme » que les Tunisiens recourraient à la « solution du désespoir », d’un appel aux Egyptiens.

Revenu en France, Pierre Riché ne fut pas réélu au comité national en 1960 car sa nomination à Rennes l’éloignait du bureau SGEN de l’Enseignement supérieur et en outre il se consacrait désormais à la préparation de sa thèse. Dès sa nomination à Nanterre en 1967, il représenta ses collègues dans une commission de liaison entre professeurs et étudiants. Aussi fit-il partie des 15 professeurs (sur 60) qui signèrent le 29 avril 1968 un appel lancé par Paul Ricoeur, Alain Touraine et M. Michaud ; cet appel, publié par Le Monde du 2 mai, affirmait notamment « l’urgence pour les enseignants de participer activement à la nécessaire transformation des institutions universitaires, de leurs objectifs et de leur fonctionnement ». Il fut élu par les étudiants vice- président de la commission provisoire en histoire, René Rémond en étant président.

Pierre Riché fut d’octobre 1969 à février 1970 directeur de l’UER d’histoire à Nanterre et figura alors parmi les candidats SGEN lors des élections au Comité consultatif des Universités, dans la section des sciences historiques (Moyen-Age). Mais n’approuvant pas la nouvelle orientation que le SGEN s’était donnée au congrès de 1972, il démissionna après le congrès extraordinaire de mai 1973 qui modifia les statuts du syndicat. Aussi se trouva-t-il parmi les vingt membres de l’Enseignement supérieur et du CNRS qui signèrent avec Paul Vignaux la lettre de démission que Le Monde publia le 6 mai 1974. Une fois à la retraite, Pierre Riché poursuivit ses travaux historiques. En 1998 il participait en outre à la rédaction de Trajets, le bulletin de la Paroisse universitaire. Il était officier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87604, notice RICHÉ Pierre, René par Madeleine Singer, version mise en ligne le 21 avril 2010, dernière modification le 30 mars 2021.

Par Madeleine Singer

ŒUVRE : outre la thèse, publiée au Seuil en 1962, traduite en italien, en anglais, en polonais, en japonais, 4ème éd. Points-Seuil en 1995, il y a plus de vingt ouvrages consacrés au Haut Moyen-Age, notamment Grandes invasions et Empires (IVe-Xe siècle), Paris, Larousse, 1969. — Les Carolingiens. Une famille qui fit l’Europe, Paris Hachette, 1983. — Gerbert d’Aurillac, le pape de l’an mil, Paris, Fayard, 1987. — L’enfance au Moyen-Age, Paris, Le Seuil, 1994, etc.

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. dép. Nord, J1471) ; Histoire du SGEN, Presses universitaire de Lille, 1987. — École et Éducation (1953-1955). — Syndicalisme universitaire, 1955-1970. — Reconstruction, mai 1974. — Le Monde, 2 mai 1968, 5-6 mai 1968. — Lettres de P. Riché à M. Singer, 11 avril 1983, 28 octobre 1995, 5 mai 1998, 16 mai 1998 (archives privées).

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