ALBRAND Pierre, Louis, Lucien

Par Jacques Girault

Né le 3 août 1921 à Marseille (Bouches-du-Rhône) , mort le 1er décembre 2013 à Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes) ; instituteur, directeur d’école ; déporté à Buchenwald, président départemental de la Fédération nationale des déportés, internés et résistants patriotes ; militant syndicaliste du SNI ; militant communiste, maire de Cap-d’Ail (Alpes-Maritimes) de 1977 à 1995.

Son père, Louis Albrand, charretier devenu cheminot, responsable du syndicat CGT au dépôt de chemin de fer de Miramas (Bouches-du-Rhône), fut déplacé à Nice (Alpes-Maritimes) en 1948 à la suite des grèves de 1947-1948. Sa mère, sténodactylo, avait occupé pendant quelques années l’emploi de garde-barrière à Volx (Hautes-Alpes). Ils avaient cinq enfants.

Ses parents le firent baptiser et l’envoyèrent au catéchisme mais il ne pratiqua plus après sa communion. Après avoir effectué sa scolarité primaire à Veynes (Hautes-Alpes) et à Volx, il fréquenta successivement le collège de Manosque (Basses-Alpes/Alpes de Haute-Provence), les cours complémentaires de Rives-sur-Fure (Isère) puis de Cannes (Alpes-Maritimes).

Il entra à l’École normale d’instituteurs de Nice en 1938 où il suivit les cours de la préparation militaire supérieure. Nommé instituteur à Cap-d’Ail en octobre 1940, il rejoignit le chantier de jeunesse de Gap (Hautes-Alpes), où il séjourna du 14 novembre 1940 à juin 1941. Réfractaire au Service du travail obligatoire en mars 1943, il chercha à rejoindre la France libre et fut arrêté le 1er août 1943 dans les Pyrénées, alors qu’il gagnait l’Espagne pour se rendre en l’Angleterre. Incarcéré à Biarritz (Basses-Pyrénées/Atlantique), puis au fort de Hâ à Bordeaux (Gironde), à Compiègne (Oise) (septembre 1943), il fut déporté à Buchenwald (Allemagne), le 27 octobre 1943, où il se déclara ingénieur et y travailla comme tourneur. En relations avec les communistes du camp, il adhéra au Parti communiste clandestin, le jour de l’attentat contre Hitler en juillet 1944. Il fit partie de la Brigade française d’action libératrice du camp qui le libéra avant l’arrivée des troupes alliées, le 11 avril 1945, et il revint à Paris, le 29 avril 1945.

Pierre Albrand confirma dès son retour à Cap-d’Ail, en mai 1945, son adhésion au Parti communiste français. Après un an de repos, il reprit son poste d’instituteur à Cap-d’Ail, adhéra au Syndicat national des instituteurs. Il se maria en septembre 1946 à Cap-d’Ail avec une institutrice, née Marie-Jeanne Moraglia, devenue directrice de l’école de Beausoleil qui adhéra quelques années au PCF au début des années 1950. Ils eurent deux enfants.

Pierre Albrand devint directeur de l’école de Beausoleil en 1958. Il participa à la recréation du club de football de la commune. Il fut, en 1963, détaché à l’Éducation sanitaire et y demeura jusqu’en 1974. Il multipliait les causeries dans les écoles du département. Il s’occupait aussi des colonies de vacances (direction de colonies de vacances et de camps d’adolescents de la ville de Villejuif (Val-de-Marne), direction jusqu’en 1973 de centres de l’OPEPS de la Somme dans le Jura où il accepta des contingents franco-allemands). Après avoir repris un poste d’instituteur dans une école de Nice, il prit sa retraite en 1975.

Membre du comité de la section communiste de Cap-d’Ail, secrétaire de la section pendant quelque temps, Pierre Albrand suivit les cours de l’école fédérale du soir en 1948. Dans les réunions de la section, il exprima des doutes lors de la condamnation de Tito, lors des mises à l’écart d’André Marty et de Charles Tillon. Plus tard, il émit des réserves lors de la désignation de Georges Marchais comme secrétaire général, manifesta son désaccord avec l’intervention à Budapest (1956) puis à Prague (1968) et sympathisa avec les analyses des communistes chinois puis albanais.

Il fut candidat au conseil général dans le canton de Villefranche en 1955, en 1961, en 1967 (1919 voix au premier tour, troisième position, 2 684 voix le dimanche suivant), en 1979 (2 325 voix au premier tour, deuxième position, 3 581 voix, battu).

Conseiller municipal d’opposition de 1965 à 1971, il participa à un stage pour élus communistes en octobre 1965 à Choisy-le-Roi (Seine, Val-de-Marne). À nouveau candidat en mars 1977 à la tête d’une liste d’union de la gauche, il devint maire de Cap-d’Ail. Réélu en 1983, en 1989, il exerça son mandat de maire jusqu’en 1995.
Pendant ses mandats de maire, la municipalité réalisa notamment des constructions (école, gendarmerie, poste, mairie décorée par Peynet, médiathèque, crèche, maison de la mer, maison de jeunes, logements sociaux). Elle facilita, pour remplacer un bidonville, l’installation d’un foyer SONACOTRA qui fut contesté, aménagea un stade et mena une active politique sociale. Le maire, quant à lui, participait à l’animation d’associations au niveau local ou départemental.

Lors des élections municipales de 1995, trois listes affrontèrent celle qu’Albrand conduisait avec des conseillers sortants de toutes les familles de la gauche. Mais son ancien premier adjoint, socialiste depuis 1977, démissionnaire du Parti socialiste, avait pris la tête d’une liste concurrente et appela à voter pour la liste de droite au deuxième tour. Le Parti communiste français ne le soutint plus et prôna l’abstention ou le vote blanc. La liste de droite fut élue avec environ 300 voix d’avance. Cette situation conflictuelle ponctuait une période tendue qui se poursuivit, où s’entremêlaient des arguments politiques et personnels. Elle connut un épilogue judiciaire qui s’acheva en 2000 par sa condamnation. Le titre de maire honoraire lui fut attribué par le préfet en 1996.

Pierre Albrand reçut sa carte de vétéran du PCF en 1995 et en 1996. Il vota pour le candidat communiste à l’élection présidentielle en 2002. Depuis mars 1954, Albrand était président départemental de la Fédération nationale des déportés, internés et résistants patriotes, et occupait toujours ce poste en 2002 tout en siégeant au conseil d’administration national. Il témoignait ainsi de son activité en octobre 2002 en écrivant : "Je garde mes contacts avec la FNDIRP et l’enseignement par les visites dans les lycées et collèges des Alpes maritimes où j’exerce mon travail de mémoire et suis, je crois, très apprécié".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article9820, notice ALBRAND Pierre, Louis, Lucien par Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 12 octobre 2021.

Par Jacques Girault

OEUVRE : Cap d’Ail. Lumières de rêve, La Trinité, Édition Société d’impression de la Côte d’Azur, 1985, 101 p.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Presse locale. — Renseignements fournis par l’intéressé et la mairie de Cap-d’Ail.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément