ARRÈS-LAPOQUE Jacques [ARRÈS Marc, Jean, Jacques]

Par Gilles Morin et Noëlline Castagnez

Né le 10 janvier 1917 et mort le 22 novembre 1982 à Agen (Lot-et-Garonne) ; avocat puis magistrat ; résistant ; militant socialiste du Lot-et-Garonne ; membre du Comité départemental de libération ; secrétaire de la fédération SFIO du Lot-et-Garonne (1945-1947) ; secrétaire général adjoint de la SFIO en 1946-1948, député (1945-1946).

Jacques Arrès-Lapoque, fils de Bernard Arrès, médecin, et de Marie Barroy, sans profession, assuma dans les années qui précédèrent la guerre, la fonction de secrétaire des Étudiants socialistes de Bordeaux. Après ses études, il s’inscrivit au barreau du Lot-et-Garonne. Il appartenait à la Franc-Maçonnerie. Avocat à la Cour d’Appel, pendant l’Occupation, il participa aux activités du Parti socialiste clandestin et fut membre du groupe armé Véni. Sa lutte contre l’occupant le fit condamner à la peine de mort par contumace en 1943 et il dut se réfugier dans le maquis. Il s’était marié, le 6 mars 1943, avec Denise Dunais.

À la Libération, il fut conseiller municipal de sa ville natale, Agen (1945-1947), et membre du Comité départemental de Libération. Secrétaire fédéral adjoint en 1945, il devint secrétaire fédéral à l’automne 1945, lorsque Georges Archidice, titulaire de ce poste avant lui, se présenta dans le département voisin du Lot et y fut élu. Il conserva cette fonction au moins jusqu’au début 1947.
En octobre 1945, le secrétaire de la fédération SFIO fut élu par les électeurs du Lot-et-Garonne à la première Assemblée constituante où il était l’un des plus jeunes députés du groupe. Le préfet le présentait comme "sympathiquement connu, n’étant ni sectaire, ni ambitieux. Il appartenait, ajoutait-il, à l’aile gauche du parti et était un grand partisan de l’unité organique avec les communistes". Il était, lit-on "un intellectuel mais très proche des masses" (F/1cII/132/A). Mais quelques mois plus tard, son "inaction" était mise en cause, les militants se montrant particulièrement mécontent de lui, le qualifiant de "paresseux". Battu par le RGR Henri Cavaillet, il perdit son mandat aux élections pour la deuxième Constituante de juin 1946 et fut de nouveau candidat, sans succès, aux législatives de novembre suivant. Selon le préfet, Arrès-Lapoque ne faisait plus que de courtes apparitions dans le département, "plus pour rejoindre son foyer que pour y faire de la propagande". Il le présentait désormais comme un "doctrinaire habile et expérimenté", jouissant de la sympathie générale et d’une popularité certaine, usant d’un "ton de conférencier" qui lui était reproché. (F/1cII/112/A)

À la SFIO, Arrès-Lapoque prit position contre la politique menée par Daniel Mayer et pour un redressement doctrinal de la SFIO. Signataire de la motion Guy Mollet au congrès d’août 1946, il fut élu, à vingt-neuf ans, au comité directeur et désigné par celui-ci comme secrétaire général adjoint de la SFIO, poste qu’il occupa jusqu’en 1948. Il siégea par ailleurs comme membre du Conseil d’administration du Populaire en 1946. Lors de la crise du 4 mai 1947, alors que les communistes rompaient la solidarité gouvernementale en s’opposant à la politique salariale de Ramadier, il fut l’un des 12 membres de la direction socialiste à voter en faveur de la démission collective du gouvernement. Il ne souhaitait pas, en effet, une participation des socialistes au pouvoir sans les communistes.
Arrès-Lapoque - qui semble avoir été peu à l’aise dans sa fonction de secrétaire général adjoint - fut victime du recentrage de la SFIO au temps de la Troisième force. Il souhaitait que celle-ci soit essentiellement dirigée contre le RPF et prit position en faveur du Rassemblement démocratique révolutionnaire. Désigné à la commission de résolution du conseil national d’avril 1948, il ne fut pas réélu au comité directeur (arrivant en quatrième position, derrière le dernier élu).
Le préfet le décrivait, en mars 1949, comme un "homme intègre et particulièrement estimé, jouissant de la sympathie générale, mais homme de doctrine plus que d’action".
En 1947, préfaçant une réédition de la brochure des marxistes bolcheviks T. Dan et J. Martov intitulée « La Dictature du prolétariat », Arrès-Lapoque insistait sur la nécessité de la « démocratie ouvrière ». Il semble qu’il ait par ailleurs participé à la brochure de René Lefeuvre : La Politique communiste, lignes et tournants. Il écrivit dans la revue Masses, socialisme et liberté, dirigée par Lefeuvre.

Toujours militant actif de la fédération du Lot-et-Garonne en juin 1953, il y faisait des réunions, mais n’appartenait plus à la direction fédérale. Délégué au congrès national de 1953, il était alors magistrat dans les colonies. Il fut Procureur général du Sénégal en 1952, Président de Tribunal à Segon au Soudan en 1956 et juge d’instruction à Dakar en janvier 1959.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10278, notice ARRÈS-LAPOQUE Jacques [ARRÈS Marc, Jean, Jacques] par Gilles Morin et Noëlline Castagnez, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 26 avril 2020.

Par Gilles Morin et Noëlline Castagnez

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/112/A. — Le Réveil socialiste, 1946. — Arch. FNSP, 3 MA 28. F/1cII/278. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 35. — André Combes, La Franc-Maçonnerie sous l’Occupation, Paris, éditions du Rocher, 2001, p. 241. — Castagnez Noëlline, Socialistes en République, Les parlementaires SFIO de la IVe République, Rennes, PUR, 2004. — Notes d’A. Caudron et de J. Chuzeville. — État civil.

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