AUZI Pierre. Pseudonyme dans la Résistance : Michel

Par Jean-Pierre Besse

Né le 8 janvier 1909 à Paris (XVe arr.), mort le 7 juillet 1998 à Condat-sur-Vézère (Dordogne) ; instituteur ; militant communiste et résistant dans l’Oise ; responsable du Front National dans la clandestinité ; président du comité départemental de Libération (mai-août 1944 ; septembre 1944-mai 1945).

Pierre Auzi, kinstituteur en 1945 (à droite en haut)
Pierre Auzi, kinstituteur en 1945 (à droite en haut)

Lors de la naissance de Pierre Auzi, son père exerçait la profession d’ouvrier cordonnier rue de la croix Nivert à Paris avant d’entrer à l’armée comme maître cordonnier dans une section d’infirmiers militaires. La famille, Pierre avait une sœur, suivit son chef à Châlons-sur-Marne (Marne) lorsque celui-ci devint maître bottier au 5e régiment de chasseurs à cheval. Pendant la Première guerre mondiale, Pierre Auzi vécut avec sa mère, sa sœur et une tante successivement à Poitiers (Vienne), Condat-le-Lardin (Dordogne), Alençon (Eure) et Paris.

Le père de Pierre fut envoyé au front en 1915. Blessé, il était cantonné à Senlis (Oise) lors de la signature de l’armistice en novembre 1918.
La famille s’installa alors dans cette commune où Pierre fréquenta l’école primaire puis le cours complémentaire. Entré à l’École normale d’instituteurs de Beauvais (Oise) en octobre 1924, Pierre Auzi, titulaire du brevet d’études supérieures fut nommé instituteur adjoint à Liancourt (1927). Reçu au CAP en 1929, il enseigna à Chantilly (Oise) puis à Crépy-en Valois (Oise). Il était alors sympathisant du Parti communiste français et adhérait au syndicat unitaire des membres de l’enseignement laïc de l’Oise où il fut alors remarqué par Maurice Dommanget* qui écrit à son sujet : « J’ai vu le jeune Auzi, je pense que nous pourrons l’utiliser très prochainement ».

Au début des années 1930, accusé d’une affaire de mœurs avec ses élèves, Pierre Auzi dut quitter l’enseignement et s’installa alors dans sa famille à Saint-Brieuc (Finistère) puis à Condat-le-Lardin (Dordogne) où il trouva un emploi à la papeterie.

Pierre Auzi avait, pendant son séjour à Crépy-en-Valois, suivi des cours de sociologie et de philosophie à la Sorbonne où il découvrit le marxisme. Selon son témoignage, ces cours et, paradoxalement, l’influence de Maurice Dommanget (qui de son côté s’était éloigné du PC) l’amenèrent à adhérer au Parti communiste français en Dordogne. Il anima à Condat-le-Lardin la cellule locale, puis le comité Amsterdam-Pleyel et les grèves de 1936.

Réintégré dans l’enseignement dans l’Oise au moment du Front populaire, Pierre Auzi fut nommé instituteur à Offoy (Oise) à Pâques 1938 et reprit contact avec les communistes du canton de Grandvilliers (Oise).
Mobilisé en septembre 1939 dans l’infirmerie en Bretagne, Pierre Auzi fut envoyé dans l’Est de la France lors de l’attaque allemande en mai 1940 et connut la retraite. Démobilisé en Corrèze, il retrouva un poste à la rentrée 1940 à Blaincourt-lès-Précy (Oise)/

Selon son témoignage, il fut contacté au printemps 1941 par son collègue Edmond Léveillé* qui mettait en place ce qui allait devenir le Front national. Responsable du secteur de Senlis, Pierre Auzi, sous le pseudonyme de Michel, devint très vite membre du Comité directeur du Front national. C’est à son domicile que fut prise la décision de créer Le Patriote de l’Oise dont il devint le principal rédacteur avec Edmond Léveillé et Georges Jauneau*. C’était lui en particulier qui avait les contacts avec l’imprimeur clandestin du Patriote, Albert Maury (Jérome).

Lorsqu’Edmond Léveillé devint interdépartemental en janvier 1944, Pierre Auzi lui succéda à la direction départementale et après l’arrestation de Léveillé, en avril 1944, devint président du comité clandestin de libération.

Le 23 août 1944, une semaine avant la Libération du département, Pierre Auzi fut remplacé à la présidence du CDL par un représentant de Libé-Nord, Roland Schmitt* mais lorsque ce dernier s’engagea dans l’armée de Libération, Pierre Auzi retrouva son poste, le 21 septembre.

Pour une raison inconnue, Pierre Auzi fut remplacé le 20 novembre 1944 au CDL par Robert Dusert*. Les autres membres du comité refusèrent d’élire le nouveau représentant du Front national à la présidence. Nouveau coup de théâtre, la semaine suivante, Pierre Auzi réapparaissait en temps que représentant du Front national et le CDL, à l’unanimité, lui redonnait son poste de président qu’il conserva jusqu’à la disparition du CDL à la fin du printemps 1945.

Pierre Auzi fut durant cette période le principal responsable du Front national dans l’Oise : membre du comité directeur départemental, administrateur du Patriote de l’Oise, délégué au premier congrès national du FN à Paris les 6,7 et 8 juin 1945 avec Robert Dusert, Georges Jauneau et Bertin. Ce fut lui qui présenta le rapport moral lors du premier congrès départemental à Beauvais en octobre 1944.

La disparition du Comité départemental de Libération freina l’activité politique de Pierre Auzi qui fut cependant candidat du Parti communiste français pour l’élection des délégués chargés d’élire les conseillers de la République en novembre 1946. Il reprit aussi son activité au sein du SNI et se présenta en décembre 1947 sur la liste de « lutte et d’action sociale » opposée à la direction départementale sortante, liste qui obtint en assemblée générale 19 voix contre 148 à la liste sortante.

Nommé instituteur à Warluis (Oise), Pierre Auzi fut arrêté en janvier 1952 pour une nouvelle affaire de mœurs et exclu du syndicat national des instituteurs le 17 janvier 1952. Julien Desachy* condamna violemment sa réintégration quinze ans plus tôt et la presse de droite chercha à exploiter politiquement l’affaire mais Pierre Auzi ne disposait plus d’une influence réelle au sein du Parti communiste français où il avait plus aucune responsabilité.
Pierre Auzi travailla par la suite à Montbeliard (Doubs) avant de prendre sa retraite en 1974 à Condat-le-Lardin. Il y vivait en 1986 avec sa sœur aveugle, lisait toujours L’Humanité mais n’adhérait plus au PCF.

France d’abord, organe de l’ANACR, annonça dans son numéro de juillet-août 1999 la mort de Pierre Auzi en Dordogne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article10548, notice AUZI Pierre. Pseudonyme dans la Résistance : Michel par Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 22 décembre 2011.

Par Jean-Pierre Besse

Pierre Auzi, kinstituteur en 1945 (à droite en haut)
Pierre Auzi, kinstituteur en 1945 (à droite en haut)

SOURCES : Arch. Dép. Oise, 37 W 8692, 89 W 10 913, 354 W 3993. — Bulletin du SNI, janvier-février 1948 — Le Patriote de l’Oise, 1944-1950. — Jean-Pierre Besse, L’Oise septembre 1940-septembre 1944, Creil, 1994. — Jean-Pierre Besse, « l’Oise », in Les pouvoirs en France à la Libération, sous la direction de Ph. Buton et J.-M. Guillon, Belin, 1994. — Témoignage de Pierre Auzi recueilli en avril et juillet 1986. — État civil de Condat-sur-Vézère.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément