RIFFATERRE Camille

Par Jacques Girault

Né le 20 avril 1879 à Bourganeuf (Creuse), mort le 10 juillet 1964 à Bourganeuf ; professeur puis avocat ; républicain socialiste puis socialiste SFIO à partir de 1932 ; député de la Creuse de 1928 à 1940 ; conseiller général de 1910 à 1940 ; maire de Bourganeuf de 1919 à 1925 et de 1930 à 1940.

Camille Riffaterre
Camille Riffaterre

Issu d’une vieille famille de libre penseurs de la Creuse, le père de Camille Riffaterre, Paulin Riffaterre, fut ami de Martin Nadaud, maire de Bourganeuf, conseiller général de Royère et avait été candidat radical-socialiste aux élections législatives de 1906 dans la circonscription de Bourganeuf.

Camille Riffaterre obtint un DES d’histoire à Lyon puis suivit les cours de Charles Seignobos à Paris. Un de ses travaux sur les revendications paysannes en 1793 fut couronné par l’Université. Il collabora à diverses revues puis prépara une thèse de 1912 à 1928. Il enseigna l’histoire à Tours et aux lycées Buffon et Charlemagne à Paris. Membre en 1924 de la Société d’histoire moderne, du Comité d’histoire économique, il était également membre de la Société d’histoire de la Révolution française. Il avait participé à des congrès de la Libre pensée et de la Ligue des droits de l’Homme.

Camille Riffaterre séjourna en Russie et aurait, lors de contacts avec des étudiants, propagé les « grandes idées françaises de liberté et d’égalité » comme professeur de littérature française au lycée de Saratov en 1907-1908. Journaliste à La Dépêche de Toulouse, spécialiste des questions internationales, Riffaterre livrait en général des articles pessimistes sur la situation de l’armée russe. En 1914, à la suite d’un entretien avec le président de la commission de l’armée de l’Assemblée nationale, il fut chargé d’une mission d’enquête officieuse en Russie mais ne put livrer ses conclusions en raison de la guerre.

Conseiller général du canton de Bourganeuf depuis 1910, fondateur de caisses de crédit agricole à Saint-Martin-Sainte-Catherine et à Saint-Marcel, il était membre de la Caisse de crédit agricole mutuel de Bourganeuf et collaborateur de la Caisse nationale de réassurance des mutuelles agricoles. Il devint rapporteur de la commission des finances en 1914.

Réformé, Camille Riffaterre, aurait cherché à s’engager à trois reprises. Placé au premier rang de l’organisation de la vie de ses concitoyens en temps de guerre, il présida la commission des réfugiés de Bourganeuf, le comité départemental de secours des prisonniers de guerre et fut le fondateur d’un hôpital bénévole à Bourganeuf et, par la suite, d’une association des mutilés de la ville.

Son action s’exerçait aussi dans le domaine économique. Il obtint du conseil général des subventions pour créer des syndicats de motoculture et patronna lui-même des essais de motoculture et d’utilisation de l’électricité en 1916-1917.

En relation avec les milieux ouvriers, Camille Riffaterre encouragea la création d’un syndicat des charrons-maréchaux-ferrants et forgerons et aida les syndicats dans leurs luttes ; les mineurs de Bosmoreau lui témoignèrent leur reconnaissance lors de la campagne électorale de 1919. Le 24 avril 1919, le sous-préfet, notait : « Il est devenu en quelque sorte » le « secrétaire public de la classe ouvrière. »

Créateur du journal hebdomadaire, La Creuse, Camille Riffaterre fut candidat aux élections législatives. Le préfet le classait comme socialiste indépendant et il se présentait lui-même ainsi dans son journal : « Républicain et socialiste, il combattra pour cet idéal de justice et de progrès dont il fut le champion toute sa vie. Et concevant les progrès dans l’ordre et dans l’enrichissement des classes laborieuses, il combattra en connaissance de cause le bolchevisme dont il sait l’horreur et l’absurdité. »

Camille Riffaterre fit liste commune avec Danton, conseiller général d’Aubusson. Tous deux s’affirmèrent « candidats républicains socialistes antibolchevistes ». Riffaterre, quant à lui, rappela qu’il était président du Comité départemental d’assistance aux prisonniers de guerre et de secours aux démobilisés. Le 16 novembre 1919, il obtint 11 485 voix sur 75 478 inscrits mais ne fut pas élu. Par contre en mai 1922, il fut réélu conseiller général du canton de Bourganeuf. Conseiller municipal de la ville, il en devint peu après le maire.

Aux élections législatives de 1924, Camille Riffaterre, présenté comme « ancien professeur », figura en 4e position sur la liste du Bloc des gauches : républicains, radicaux, radicaux-socialistes et socialistes. Arrivé en dernière position avec 19 505 voix sur 70 822 inscrits, il ne fut pas élu. Battu aux élections municipales de 1925, il semble s’être consacré dès lors à son mandat de conseiller général. Toujours rapporteur de la commission des finances, il devint vice-président de l’assemblée départementale en 1928. Fait chevalier de la Légion d’honneur, il présida le syndicat intercommunal d’électrification des cantons de Bourganeuf et de Bénévent qu’il avait contribué à créer en 1923 et la caisse de crédit agricole de Bourganeuf. Ayant obtenu sa licence en droit, il était désormais avocat.

Le retour au scrutin d’arrondissement entraîna la création de la circonscription de Bourganeuf. Fin 1927-début 1928, Camille Riffatterre multiplia les réunions. Candidat républicain-socialiste, partisan de « l’union des gauches », il déclara s’opposer aux mesures financières de la Chambre sortante et présentait un « programme de justice fiscale et sociale ».

Le 22 avril 1928, il obtint 4 868 voix sur 13 701 inscrits. Le candidat socialiste SFIO se retira en sa faveur mais une situation confuse s’installa : Camille Riffaterre reprocha au candidat communiste, Marius Giraud d’adopter une attitude ambiguë en faisant croire qu’il y avait désistement socialiste en sa faveur. Une partie des voix socialistes se reporta sur Riffaterre qui fut élu avec 5 639 voix. Il adhéra alors au Parti socialiste SFIO.

Aux élections législatives de 1932, Camille Riffaterre, candidat socialiste dans la circonscription de Bourganeuf, fut élu dès le 1er tour avec 7 287 voix sur 13 366 inscrits (54,7 %). Aux élections législatives de 1936, il fut à nouveau candidat socialiste SFIO avec pour seul adversaire un communiste. Il fut élu dès le 26 avril avec 6 447 voix sur 12 906 inscrits. Rédacteur de trois propositions de lois sur les questions agricoles, il attaqua en mars 1940 la politique du gouvernement Daladier en ce domaine. Le 10 juillet 1940, il vota les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article128945, notice RIFFATERRE Camille par Jacques Girault, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 1er août 2015.

Par Jacques Girault

Camille Riffaterre
Camille Riffaterre

SOURCES : Arch. Nat. F7/13082. — Arch. Dép. Creuse, 3 M 302, 3 M 307, 3 M 310, 311, 313, 321, 323. — J.-C. Pasty, L’évolution de l’opinion publique dans le département de la Creuse depuis 1919, Th., 1958. — A. Carriat, Dictionnaire bio-bibliographique des auteurs du pays creusois. — Dict. Parl., op. cit. — Notes de J.-L. Broilliard.

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