LITWAK Joseph dit Lucien, alias LOUTRE Camille

Par Daniel Grason

Né le 27 février 1899 à Lemberg, Lvov (Pologne, Ukraine), disparu au camp de Neuengamme (Allemagne) ; comptable ; militant de la Main d’œuvre immigrée (MOI) ; déporté.

Joseph Litwak
Joseph Litwak

Né dans une famille juive, fils de Wolff et de Cécile, née Herzer, Joseph Litwak, de nationalité autrichienne suivit des études supérieures dans son pays. Il travailla comme comptable à la représentation commerciale de l’Union soviétique à Vienne. En décembre 1933, il fut envoyé en France, effectuer le même travail à la représentation commerciale à Paris au 25 rue de la Ville l’Evêque dans le VIIIe arr., il était le trésorier de l’association des réfugiés Juifs d’Autriche. Il retourna dans son pays en août 1935, le 12 mars 1938, les troupes allemandes entrèrent en Autriche, il quitta son pays. Il demeurait 19 rue de l’Atlas, XIXe arr., à la même adresse qu’Henriette Loutre dont il devint l’ami.

Il vécut jusqu’à la déclaration de guerre de subsides alloués par des comités d’aide aux Israélites. En 1942, après la rafle du Vel d’Hiv, Joseph Litwak habita 2 impasse Grimaud, XIXe arr., l’engagement locatif était au nom de Camille Loutre, nom du père de son amie Henriette. Celle-ci lui vint matériellement en aide, elle logeait 1 rue Vidal de la Blache, XXe arr. Pour se procurer des vrais faux papiers Joseph Litwak écrivit aux mairies, il obtint extrait de naissance, bulletin de mariage, ce qui lui permit de faire établir un certificat de baptême, carte d’alimentation, de tabac, de vêtements.

En juillet 1942, il fit partie d’un groupe de la MOI, des paquets de tracts destinés à la diffusion étaient stockés à son domicile. En octobre 1943, Nicolas Toufesco (Armand Avramesco) et deux autres militants amenèrent une machine à imprimer et des jeux de caractères d’imprimerie. L’organisation rémunérait Joseph Litwak 500 Frs par mois.

En décembre 1943, la Gestapo appréhenda des militants communistes polonais de la MOI, au cours d’interrogatoires musclés au 11, rue des Saussaies, VIIIe arr. ceux-ci parlèrent. Le 22 décembre un SS adressa une lettre au commissaire David, commissaire de la Brigade spéciale n° 1 dans laquelle, il donnait le nom et l’adresse de Loutre et celle d’un autre militant Rottenberg. En conclusion, il demandait « des investigations » et qu’après les arrestations et rédaction d’un rapport, que la police française amena ces militants de la MOI au siège de la Gestapo.

Après quelques filatures, des inspecteurs de la BS 1 appréhendèrent Joseph Litwak le 7 janvier 1944, au 2 impasse Grimaud, dans la maison en bois à un étage qui était derrière un immeuble, au fond d’une grande cour. Ils tendirent une souricière et arrêtèrent Nicolas Toufesco (Armand Avramesco*) qui amenait à Joseph Litwak les 500 Frs mensuels. Une brochure intitulée Le Fascisme, deux feuillets en allemand extraits de Mein Kampf et des paquets de tracts furent saisis. Le matériel d’impression trop lourd était difficilement transportable, des scellées furent posés sur la porte d’entrée.

L’interrogatoire fut dirigé par Fernand David, la plupart du temps, les détenus étaient frappés avec un nerf de bœuf. Joseph Litwak disculpa son amie Henriette Loutre dans les falsifications des pièces d’identités. Elle apprit l’arrestation, ne reparut ni à son domicile ni à son travail d’assistante sociale à la société Técalemit à Orly (Seine, Val-de-Marne). En 1945, elle occupait le même emploi au ministère des prisonniers de guerre et déportés.

Joseph Litwak connut la prison, puis l’internement à Compiègne (Oise) avant sa déportation le 15 juillet 1944 à destination de Neuengamme (Allemagne). Mille deux cent deux prisonniers s’entassaient dans des wagons à bestiaux, plus trois cent vingt-six personnalités otages. Il y eut 62% de morts et de disparus dans le premier groupe et 4% dans le second. Matricule 36915 Joseph Litwak était parmi les disparus.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article139907, notice LITWAK Joseph dit Lucien, alias LOUTRE Camille par Daniel Grason, version mise en ligne le 11 mars 2012, dernière modification le 8 septembre 2019.

Par Daniel Grason

Joseph Litwak
Joseph Litwak

SOURCES : Arch. PPo. PC carton 16, 77W 729. – Livre-Mémorial, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Éd. Tirésias, 2004.

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