WUNSCHEL Jeanne <WUNSCHEL Jeanne Salomé, dite Jeannette>

Par Monique Mombert

Née le 13 juin 1924 à Bischheim (Bas-Rhin), militante et permanente JOCF (1948-1951), militante du Mouvement de libération ouvrière (MLO) et des Associations populaires des familles (APF), travailleuse familiale.

Le père de Jeannette Wunschel, Charles Wunschel, était maçon, sa mère, issue d’une famille d’agriculteurs, eut de nombreuses activités : ouvrière en usine, lingère, entre autres. La famille, catholique, se composait de cinq enfants, trois d’un premier mariage de la mère, deux du second. A Hoenheim, une banlieue populaire au nord de Strasbourg, où la famille s’était installée, Jeannette fréquenta l’école jusqu’à 13 ans, après quoi elle assista sa mère dans les tâches quotidiennes. Au retour en Alsace annexée de fait de l’évacuation en Haute-Vienne en 1940, elle occupa un emploi de fille de salle à l’hôpital de Wissembourg (Bas-Rhin), avant d’être requise en 1941 par le Reichsarbeitsdienst, RAD (Service du travail du Reich), qui la plaça dans des familles d’agriculteurs aux environs de Trèves. A l’issue de cette période de six mois de travail obligatoire, elle fut maintenue en Allemagne six mois supplémentaires, dans le cadre du Kriegshilfsdienst, KHD (Service auxiliaire de guerre), affectée comme contrôleuse au tramway d’Aix-la-Chapelle. En fréquentant la messe le dimanche, elle rencontra à Aix-la-Chapelle des Français du STO, parmi lesquels des jocistes, ainsi que Maurice Rondeau (1910-1944), aumônier clandestin, qui sera déporté à Buchenwald en 1944.
A son retour en Alsace, elle participa à des réunions de la JOC clandestine camouflées en études bibliques (Bibelstunden).

Après la Libération, elle occupa divers emplois d’ouvrière, et participa à la JOCF renaissante, qui se développait rapidement. En 1946, elle faisait partie de la section de Hoenheim (Bas-Rhin), qui fut affiliée en présence de la responsable nationale de la JOCF, Mimi Fasquelle. C’est l’époque où elle fit la rencontre, décisive pour ses choix ultérieurs, de Suzon Lucké, ancienne de la JOCF, militante du mouvement familial, qui sut enthousiasmer plusieurs jocistes pour le service des travailleuses familiales. Ce métier correspondait au travail social utile que Jeannette Wunschel recherchait. En 1947-1948, elle suivit une formation, assurée à Lyon par le MPF, mais avant d’entrer en fonction, elle accepta un mandat de permanente de la JOC. Un premier mandat, en 1945-1946, avait été abrégé faute de financement, le second dura 3 ans, de 1948 à 1951. Avec Thérèse Zehner pour la Moselle, Lucie Schmitt pour le Haut-Rhin, Alice Burst comme permanente régionale, et le soutien de l’abbé Oster, aumônier pour la Moselle et habitant Hayange, elle était chargée de l’organisation et de l’animation dans le Bas-Rhin.

La suite de sa vie professionnelle et militante eut pour cadre le Mouvement de libération ouvrière (MLO), et les Associations populaires familiales (APF), dont dépendait le service de travailleuses familiales qui l’employait (Association populaire d’aide familiale, APAF). Elle participa aux opérations des APF, organisés avec les habitants des quartiers populaires de Schiltigheim et de Strasbourg-Neuhof : « opérations patates », « opération machines à laver ». Dans l’optique de promotion ouvrière (« Sois fier ouvrier ») commune à la JOC et au mouvement familial, et sensibilisée par les formations du MLO au droits de la personne, elle ressentit la nécessité d’agir en constatant combien les familles qu’elle accompagnait dans son travail étaient loin de jouir du droit à la dignité. En 1964, elle réussit avec l’aide le l’équipe APF du quartier Solignac (Neuhof), à se faire attribuer par les HLM un logement dans un quartier réputé difficile, la cité des Canonniers au Neuhof, un ensemble de maisons provisoires en tôle construit dans les années 1930 pour accueillir les familles délogées du centre ville. L’état de cette cité, qui fut détruite en 1969, était scandaleux : tôle rouillée, toits percés, absence d’eau chaude et de salle de bains. Avec l’équipe des APF du quartier Solignac, dont le responsable était Claude Schaefer, Jeannette Wunschel réussit à constituer une délégation, qui fut reçue par les HLM et obtint que les habitants dans de meilleures conditions. Jeannette Wunschel elle aussi fut relogée en 1968, dans le quartier du Ballersdorf, toujours au Neuhof, où les APF s’efforcèrent par des actions collectives d’ améliorer la vie du quartier. La méthode restait celle de la JOC (voir, juger, agir = enquête, réflexion, action), le principe était d’impliquer les personnes concernées et non pas d’agir en leur nom, mais de les aider à prendre leurs responsabilités. C’est ainsi que de 1969 à 1975, avec des groupes d’habitants et soutenue par les APF, elle mena des actions pour améliorer l’accès, la sécurité et la propreté du quartier, et pour lutter contre les expulsions. Après cette période de militantisme intense, et d’actions qui amenèrent à l’association un afflux d’adhérents, elle continua de participer à des opérations collectives pour la réhabilitation du Neuhof, et à la préparation d’un projet de restaurant-garderie et d’un centre socio-culturel.
Elle s’était syndiquée à la CFTC en devant travailleuse familiale, et passa ensuite à la CFDT.
Retraitée depuis 1984, elle habite toujours la même cité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145112, notice WUNSCHEL Jeanne <WUNSCHEL Jeanne Salomé, dite Jeannette> par Monique Mombert, version mise en ligne le 21 février 2013, dernière modification le 21 février 2013.

Par Monique Mombert

SOURCES : Entretiens : 10 mai 2012, 10 septembre 2012. — Courrier de l’abbé Maurice Rondeau du 29 juin1944- CD-Rom Les 60 ans de l’ACO : les anciens témoignent. — Le Journal du Neuhof, n° 9, décembre 2000 : Lutte d’hier de 1964 à 1980, p. 30-33 : « Témoignage d’une militante de l’APFS (Association Populaire Familiale et Syndicale), Jeannette Wunschel » - Entretiens avec l’abbé Joseph Sifferlen 03 novembre 2010, 17 mars 2011. — De Wissembourg à Sélestat. 50 ans de JOC. Témoignages recueillis par Charles Dillinger, Strasbourg 1979. — Sur les travailleuses familiales, cf. Les Cahiers du G.R.M.F. n° 11, sous la direction de Bruno Duriez, Jean Nizey, Michel Chauvière : La solidarité en actes. Services collectifs et expression des usagers dans le Mouvement populaire des familles 1940-1955, p. 175 sqq.

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