BOERO Giovanni, dit JOBER ou JEAN

Par Philippe Bourrinet

Né le 15 septembre 1878 à Villanova d’Asti (Piémont), mort le 16 mai 1958 à Ivry-sur-Seine (Seine) ; ouvrier vernisseur ; électricien ; socialiste, puis communiste italien émigré en France de 1899 à 1910, puis de 1923 à sa mort ; l’un des fondateurs du Parti communiste Italien à Turin ; membre de l’Opposition de gauche italienne dans les années 1930 et de l’Union communiste ; adhéra au Parti communiste internationaliste italien dans l’après-guerre.

(photo de Giovanni Boero)
(photo de Giovanni Boero)
Giovanni Boero vers 1920, avec la légende : « barbe coupée pour ne pas être
reconnu par les fascistes ».

Dès son plus jeune âge, Giovanni Boero travailla entre Turin et la France à Marseille, où en 1899 il contribua au journal d’extrême gauche socialiste : L’Emigrato, destiné aux ouvriers italiens émigrés, fondé un an auparavant par Luigi Campolonghi (1876-1944).De retour à Turin, en 1910, il fut l’un des principaux porte-parole de la section turinoise du PSI, se situant à l’extrême gauche, porte-parole de la tendance ‘intransigeante’. Il participa avec Luigi Gilodi (1883-1963) à l’agitation contre la guerre en août 1917 à Turin où l’armée tira sur la foule.

En 1918 il fut élu secrétaire de la Fédération de Turin du PSI et au XVe Congrès, de Rome (1er-5 septembre), il exigea que le PSI quitte la Deuxième Internationale. Au début de 1919, il s’orienta vers l’abstentionnisme, et vota pour la motion de la fraction de Bordiga au XVIe congrès national du PSI à Bologne (5-8 octobre 1919). Mais Boero qui avait des positions “conseillistes” se différenciait de Bordiga – qui en minimisait l’importance du mouvement d’occupation des usines à Turin. Il fut un important contributeur de la revue de Gramsci L’Ordine Nuovo. En octobre 1920, après l’échec du mouvement d’occupation des usines, sa tendance « intransigeante » et abstentionniste exigea une rupture définitive avec le PSI –proposition alors rejetée par Bordiga. Après le congrès de Livourne du PSI en janvier 1921, Boero choisit la minorité dirigée par Bordiga, et compte parmi les fondateurs du PC d’Italie. Il se présenta par aux élections, mais ne réussit pas à se faire élire.

En avril 1923 Boero se réfugia en France, continua à être membre du PC, mais s’opposa à la stalinisation. Il envoya au Comité exécutif du Komintern le 3 janvier 1927, un document de protestation, signé également par Antonio Gabassi et d’autres militants « bordiguistes ». Chassé du PC italien en 1930, il prit part en France à la formation de la NOI (Nouvelle Opposition italienne), dont il fut l’un des leaders avec Alfonso Leonetti, Paolo Ravazzoli, Pietro Tresso et Mario Bavassano (Giacomi).

En France, sa haute qualification le fit migrer d’une région à une autre, ce qu’il mit à profit pour son activité politique et syndicale : Reims, Sucy-en-Brie, Ivry-sur-Seine, jusque dans le sud. En 1931, « Jean » Boero était secrétaire du syndicat (CGT) des électriciens de Menton (Alpes-Maritimes).

En octobre 1933, il adhéra à l’Union Communiste – organisation dissidente de l’Opposition de gauche – avec Mario Bavassano et sa compagne Teresa Recchia (1899-1934), qui avaient rompu avec la NOI. Mais il se rapprocha de l’organisation trotskyste italienne en 1936, et en 1938 il adhéra au PSI maximaliste. Durant la guerre, son activité politique à Ivry fut très réduite, mais il se retrouva sur les barricades lors de la libération de Paris en août 1944.

De 1945 à 1947, Boero adhéra au Parti communiste internationaliste d’Onorato Damen et Amadeo Bordiga, à l’instigation de son vieil ami de jeunesse Luigi Gilodi, de la Fédération turinoise du Parti communiste internationaliste (PCInt). En 1945-1946, entre Ivry, Paris et des déplacements au Piémont, il fut très actif dans le milieu internationaliste constitué autour du PCInt, écrivant plusieurs articles pour son organe Battaglia Comunista, s’affrontant même physiquement aux "staliniens" lors d’une conférence tenue à Perosa Argentina (Turin). Son adhésion au PCInt avait été accélérée par le choc de l’assassinat par des sicaires staliniens (11 juillet 1945) de Mario Acquaviva (1900-1945), l’un des dirigeants du parti, près d’Asti à Casale Monferrato, peu de temps après celui de Fausto Atti.

Au nom de la Fédération autonome de Turin du PCInt, ou plutôt de Luigi Gilodi, il participa à la Conférence de Bruxelles des 25 et 26 mai 1947, qui réunissait des groupes communistes de conseils néerlandais (Spartacusbond et Groupe des communistes internationalistes), le groupe bordiguiste français dissident « Internationalisme », animé par Marc Chirik, ainsi que des militants comme Georg Scheuer, dirigeant des RKD (Revolutionäre Kommunisten Deutschlands) pendant la guerre en France.

Après un dernier article sur la grève des mineurs français (Pas-de-Calais, oct.-nov. 1948) publié par Battaglia comunista, l’organe du PCInt, il adressa en 1949 des articles théoriques (l’Internationale ouvrière et le marxisme) au journal L’Internazionale, organe du Partito Operaio Comunista (POC), dissident de la IVe internationale, qui avait des contacts avec le groupe de Munis et Natalia Trotsky. Mais, dans les années 1950, avec le délitement des organisations révolutionnaires en France et en Italie, Boero tomba dans un découragement, qui le mena au suicide. Selon Alfonso Leonetti, « écœuré et désillusionné, il se suicida par le gaz à son domicile le 16 mai 1958... à Ivry-sur-Seine », « pour protester contre le stalinisme et le gaullisme, deux formes de dictature issues du même moule, celui de la contre-révolution ». Dans son testament, il demanda d’être enterré recouvert d’un drapeau rouge.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article148871, notice BOERO Giovanni, dit JOBER ou JEAN par Philippe Bourrinet, version mise en ligne le 16 septembre 2013, dernière modification le 12 janvier 2015.

Par Philippe Bourrinet

(photo de Giovanni Boero)
(photo de Giovanni Boero)
Giovanni Boero vers 1920, avec la légende : « barbe coupée pour ne pas être
reconnu par les fascistes ».

ŒUVRE : “Grido d’allarme », Avanti !, n° 73, 13 mars 1919. – “Dove stanno i rinnegati ? (Fronte rosso di classe contro il Fronte Popolare) », Bollettino d’Informazione, « edito dai Bolscevichi-Leninisti Italiani aderenti alla IV Internazionale », n° 1, 25 juin 1936. – « Rafforziamo la base », Battaglia Comunista, n° 18, 2-15 juin 1946 ; « Vita di Partito. Dalle Sezioni », n° 24, 1-7 sept. 1946 ; « L’episodio della Caproni », Battaglia Comunista, n° 26, 28 sept-5 oct. 1946 ; « Barba, Una lezione terribile », n° 43, 7-14 déc. 1948. – Gilodi et Boero (Jober), « Marxismo. Dottrina del proletariato », 1948, 22 p., in Archives Georg Scheuer, IISG, Amsterdam. – “L’internazionale operaia”, in L’Internazionale, n° 4, 16 sept. 1949 et n° 6, 16 oct. 1949 ; “Marxismo ?”, n° 7, 7 nov. 1949.

SOURCES : ACS CPC busta 691. – Arch. Nat. F7/13030, Rapports mensuels des préfets et des commissaires spéciaux, Alpes-Maritimes, 2 octobre 1931. – Fondo Giovanni Boero 1926-1952, Centro studi Piero Gobetti, Turin. – Battaglia comunista, n° 7, 1-15 avril 1947. – Spartakus, n° 1, octobre 1947, « Die internationale Versammlung in Brüssel, Pfingsten 1947 ». – (Bruno Maffi et alii), Storia della sinistra comunista, vol. II, « Dal Congresso di Bologna del PSI al Secondo Congesso dell’Internazionale Comunista », ed. Programma comunista, Milan, 1973. – Alfonsi Leonetti, Belfagor, vol. 32, n° 1, 31 janvier 1977. – Roberto Massari (éd.), All’opposizione nel PCI con Trotsky e Gramsci. Bollettino dell’Opposizione comunista italiana, 1931-1933, Controcorrente, Rome, 1977 (préface d’A. Leonetti). – Massimo Novelli, “Il comunista senza partito di Villanova », La Repubblica, 18 juillet 2013.

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