RÉVEILLE Michel

Par Jean-François Lassagne

Né le 18 septembre 1929 à Haubourdin (Nord) ; prêtre-ouvrier à Woippy (Moselle) ; aumônier fédéral de la JOC ; adhérent de la CGT ; membre du comité d’entreprise de Claas ; défenseur juridique ; militant associatif au CASAM.

Michel Réveille en 2013
Michel Réveille en 2013

Abandonné très tôt par son père, sa mère souffrant de schizophrénie, Michel Réveille fut élevé chez ses grands-parents maternels à Haubourdin. Comme trois de ses filles restées célibataires et avec qui il vivait, son grand-père César Leviel était croyant et pratiquant. De son côté, l’époux d’une quatrième tante et parrain de Michel Réveille était membre du Parti communiste ; il amenait son neveu à « l’estaminet », le siège du parti. « J’avais été élevé sur les genoux de Parti communiste, tout en pratiquant la religion » écrit-il. Marqué par la période du Front populaire, il vécut les défilés et les occupations d’usines, le tout aux accents de l’Internationale. Grâce à la création des congés payés, il put découvrir en famille la mer à Bray-Dunes. Avec la guerre et l’occupation, il connut la faim, le froid et la peur, notamment celle des bombardements. Après avoir obtenu le certificat d’études, il refusa d’entrer en sixième au séminaire diocésain, « une boite à curé » comme il le nommait. Cœur Vaillant en 1942, il entra l’année suivante « chez Pinchard », le lycée professionnel, en mécanique générale, et s’engagea à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).

Puis ayant décidé d’être prêtre Michel Réveille il en parla à l’abbé Duquesne de la paroisse, et en informa ensuite sa famille ; mais le petit séminaire ne voulut pas l’accueillir, ses parents étant séparés. Il put cependant intégrer l’école apostolique des Lazaristes à Loos. Après son échec au baccalauréat en 1949, il entra au noviciat des pères lazaristes dans le sixième arrondissement de Paris. Avant son départ l’abbé Duquesne lui avait de nouveau répété : « N’oublie pas que tu es de la classe ouvrière ». Durant les grandes vacances il encadrait alors des camps d’adolescents après avoir fait des stages de moniteur, et d’initiation à la photographie et à l’alpinisme, son sport favori. C’est aussi dans cette période qu’il découvrit Jean Guitton, venu parler de monsieur Pouget. Esprit critique aiguisé, Michel Réveille ne manquait jamais de faire valoir son point de vue. Après des études de « philo » il partit pour Dax en 1953 étudier la théologie, mais retourna à Paris l’année suivante. Exempté du service militaire, il ne prit pas part à la guerre d’Algérie, mais se tenait informé par la lecture de Témoignage Chrétien entre autres. Il fut ordonné prêtre le 29 juin 1957, et ayant été nommé professeur-prêtre, il enseigna à Villebon-sur-Yvette (Essonne), puis décida de quitter l’enseignement. Ayant demandé Madagascar, ce qui lui fut déconseillé au regard de la situation de sa famille, il se retrouva à Metz (Moselle) le 5 septembre 1959, dans une Lorraine « qui lui faisait peur ». Aumônier de la JOC, ainsi que du collège technique où il effectuait dix-huit heures de cours pour six cent vingt-deux élèves, il était très actif au service des jeunes, et participa à la création de l’Action catholique de l’enfance. Désireux de reprendre des études il s’inscrivit à l’Institut d’études sociales de l’Institut Catholique de Paris pour y préparer une licence. Il se retrouva ainsi en septembre 1963 à la Maison Mère des Lazaristes à Paris.

Choqué par la condamnation par Pie XII des prêtres-ouvriers, il pensait qu’avec ses études, il serait équipé pour le devenir lui-même. Après avoir obtenu sa licence en juin 1966, il décida cependant d’abandonner ses projets et de s’occuper de sa famille en difficulté. C’est ainsi que sur sa demande, et avec l’accord de sa congrégation, l’évêque de Metz le nomma aumônier du lycée de Dieuze, et curé de Lindre-Basse et de Lindre-Haute, en lui donnant comme « mission d’être attentif à la classe ouvrière du coin » où se trouvaient deux grandes usines : Kuhlman à Dieuze et Bata à Moussey. En Moselle, comme en Alsace, terre concordataire, les curés étant fonctionnaires et recevant un salaire de l’Etat, il put s’installer au presbytère avec sa mère, sa sœur et sa tante, et les prendre en charge. À Dieuze il fréquenta alors des militants syndicaux de l’usine Kuhlman, notamment André Wagner de la CGT, animateur de la Maison des Jeunes. Aux fidèles travaillant à l’usine il suggérait d’aller discuter avec le délégué syndical, ce qui se traduisit par de nombreuses adhésions à la CGT. « On ne pourra pas me reprocher d’avoir désobéi à mon évêque sur ce point » écrivait-il. Par la suite il fut sollicité pour occuper les fonctions d’aumônier diocésain de l’UREP (Union des religieuses éducatrices paroissiales), et tout ayant été réglé pour sa famille, il accepta la proposition de s’installer au presbytère Saint-Vincent-de-Paul, route de Magny à Metz, accueillis par son ami Steeve Schwartz, le nouveau curé tout juste revenu d’Audun-le-Tiche, une commune mosellane du bassin ferrifère et sidérurgique, où il avait vécu au cœur des luttes ouvrières. Ils connurent les événements de mai 68, participèrent à toutes les manifestations, et chaque soir ils rencontraient les militants syndicalistes de leur connaissance. Peu après et à l’initiative de l’évêché, fut mise en place une équipe de prêtres-ouvriers avec un permanent sur l’ensemble de Woippy (Moselle), une ville de quinze mille habitants, et Michel Réveille en fit partie ainsi que Steeve Schwartz.

En septembre 1970, il fut embauché à mi-temps dans un supermarché de Woippy au rayon des boissons, sans préciser sa situation de prêtre qu’il ne dévoila que plus tard. Dans le même temps il développa son activité dans un nouveau quartier défavorisé de la ville, et avec l’équipe il soutint la nouvelle municipalité de gauche, ce qui leur valut cette remarque : « Les curés de Woippy, il faut les mettre dans un wagon et les envoyer à Moscou ». Il est vrai que Woippy accueille une des plus grandes gares de triage de France. Au bout de deux ans de travail, Michel Réveille s’engagea avec plusieurs employés à créer un syndicat. L’équipe de la JOC le mit alors en relation avec l’Union Locale de la CGT à Metz, et vingt salariés du magasin sur vingt-six adhérèrent au syndicat. Par la suite les élections professionnelles sur l’ensemble des vingt-huit magasins leur donnèrent la majorité, et il fut élu au comité d’entreprise. Après plusieurs incidents dont le licenciement de la déléguée du magasin d’Hayange (Moselle), Michel Réveille fut lui-même victime d’une machination de la direction et licencié en avril 1972. L’affaire fut mise aux prud’hommes, mais perdue en appel. Cinq ans plus tard le témoignage accablant d’un gardien de l’époque mit en difficulté la direction qui se résolut à une transaction. Poussé par Louis Planchais, un cheminot militant syndical et communiste qui assurait la défense juridique à l’Union locale de Metz, et avec Ralph Blindauer, un étudiant en droit qui devint avocat, Michel Réveille s’engagea lui aussi dans la défense. En septembre 1972 il fut embauché comme OS à l’usine Claas, une fabrique de machines agricoles, l’une des toutes premières, sinon la première à se mettre en grève en mai 1968. Très vite il reprit son activité syndicale avec les militants de la CGT, dont Antoine De Secco délégué syndical et militant communiste, et fut élu au comité d’entreprise. En 1973 il fit l’expérience de la grève, de son organisation, de sa gestion et de son dénouement, car ce fut lui qui signa le protocole d’accord au nom de la CGT à la place du délégué syndical. Puis en 1974 il arrêta de travailler jusqu’en 1976, car dans l’équipe chaque prêtre-ouvrier, à tour de rôle, devait s’occuper à temps plein du quotidien paroissial durant deux ans. Conservant ses liens avec ses camarades de Claas, il poursuivit également sa participation au service juridique de l’union locale de Metz, et rédigea un mémoire sur le quartier de Saint-Eloy intitulé « J’ai vu la misère de mon Peuple » : plus de quatre-vingt pour cent des paroissiens étaient des ouvriers. À l’issue de ces deux années, il ne put retrouver de poste à l’usine Claas, le directeur s’y opposant. Il fut alors embauché par une entreprise intervenant à la raffinerie d’Hauconcourt (Moselle) alors en phase de révision pendant deux mois, au bout desquels il fut licencié. Il put y mesurer l’insécurité qui régnait sur ce chantier et qui exposait les travailleurs à de graves dangers. Après de nombreuses démarches infructueuses il finit par trouver un emploi de magasinier dans une petite entreprise sous-traitante de la SNCF et des PTT où il remplaça un employé sur le départ. Il s’avéra par la suite que le patron n’y appliquait pas la convention collective des métaux comme il aurait dû le faire. Fort de son expérience, Michel Réveille accepta donc de s’impliquer dans la formation d’un syndicat avec l’aide de l’union locale CGT et de plusieurs salariés de l’entreprise. Ne souhaitant pas avoir de mandat syndical il se trouva donc vulnérable et confronté à la répression patronale, après avoir été muté dans un emploi pénible sur les chantiers. Cependant il réussit à déjouer les pièges de la direction, et même à renforcer le syndicat ce qui, au terme d’une grève de plusieurs jours permit de faire réintégrer Kercha, un travailleur algérien injustement licencié, et de concrétiser d’autres revendications. À l’issue du conflit il fut décidé de fêter le succès et d’aller serrer la main du patron.

Michel Réveille demeura au sein de cette entreprise jusqu’à sa retraite en 1985, avant qu’elle ne soit mise en liquidation judiciaire. Il devint aumônier fédéral de la JOC à Metz durant plusieurs années, puis décida de reprendre son statut de prêtre-ouvrier mais à la retraite. En accord avec l’évêque, et nanti d’une solide formation syndicale spécifique, il s’engagea pleinement jusqu’en 2002 dans l’activité de défense juridique à l’union locale de la CGT à Metz au sein d’une équipe de militants, et y découvrit dans ses permanences durant treize ans la dure réalité des « misères de la destruction de l’humain ». Parallèlement à cette activité syndicale et juridique, il fut amené à partir de 1997 à militer au CASAM (Comité d’accueil des solliciteurs d’asile en Moselle), destiné à accueillir les étrangers venant en France demander l’asile politique. Sollicité par la CIMADE, il se forma pour entrer durant une année au Centre de Rétention Administratif de Metz.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article152584, notice RÉVEILLE Michel par Jean-François Lassagne, version mise en ligne le 19 janvier 2014, dernière modification le 15 janvier 2022.

Par Jean-François Lassagne

Michel Réveille en 2013
Michel Réveille en 2013

ŒUVRE : Ne plus vivre à genoux, 2012, Édition à compte d’auteur.

SOURCES : Arch.de l’UL CGT de Metz. — Entretien avec Michel Réveille le 7 janvier 2013.

PHOTO : cliché par Jean-François Lassagne, le 7 janvier 2013.

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