DUMONT Roger, Jean

Par Jean-Pierre Ravery

Né le 17 mai 1898 à Paris (Ier arr.), fusillé le 13 mai 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; pilote de chasse puis professeur de tennis ; agent de renseignement du réseau Kléber, membre de la Confrérie Notre-Dame (CND) ; Compagnon de la Libération.

Fils d’un médecin parisien, Roger Dumont avait devancé l’appel en 1915 à l’âge de dix-sept ans et était devenu pilote de chasse. Lorsque la guerre s’acheva, il était sous-lieutenant, décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec quatre citations. Démobilisé en octobre 1919, il s’établit comme professeur de tennis, le sport alors en vogue au sein des élites sociales. Vingt ans plus tard, il était devenu directeur de l’École nationale de tennis et habitait dans le XVIe arrondissement de Paris, à proximité du stade Roland-Garros. Mobilisé dans l’aviation en 1939, il fut décoré de la Légion d’honneur et de la « Military Cross » britannique. En 1940, il refusa la défaite et s’engagea dans les activités clandestines des services de renseignement militaires (homologués après-guerre sous le nom de « réseau Kléber »), s’acquittant de plusieurs missions difficiles.
En octobre 1941, il intégra la Confrérie Notre-Dame-de-la-Victoire (CND) du colonel Rémy sous le pseudonyme de Pol et organisa la section Luftwaffe du réseau. Les services secrets britanniques ayant appris que les Allemands venaient de mettre en service un radar de type nouveau à Bruneval (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), à une vingtaine de kilomètres au nord du Havre, la CND fut sollicitée pour rassembler les informations nécessaires à la préparation d’un coup de main. Assisté d’un autre pilote vétéran de la Grande Guerre résidant à Amiens, Charles-Roger Hérissé, et d’un garagiste havrais, Charles Chauveau, Roger Dumont remplit cette dangereuse mission, relevant la topographie des lieux, dénombrant les effectifs de la garde, notant les horaires des relèves.
Grâce à ces renseignements, les parachutistes du major Frost purent effectuer un raid dans la nuit du 27 au 28 février 1942 (opération « Biting »), s’emparant des éléments clés du radar Würzburg et détruisant le reste de l’installation, avant d’être récupérés par des bâtiments de la Royal Navy. Ce succès permit aux spécialistes britanniques de mettre au point des contre-mesures efficaces pour leurrer les radars adverses. Il conduisit également à engranger de nombreux enseignements sur la conduite d’opérations combinées terre-air-mer qui s’avéreront précieux dans la préparation du débarquement. Enfin, il acheva de convaincre les états-majors alliés de la contribution irremplaçable que la Résistance française pouvait apporter à la réussite d’opérations militaires.
Le colonel Rémy qui se trouvait alors à Londres adressa à Roger Dumont un télégramme de remerciements et de félicitations au nom du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) et « de nos amis anglais ». Mais un mois plus tard, le 1er avril 1942, Roger Dumont était arrêté par les autorités allemandes, sur les indications arrachées au chef du service radio de la CND, Roger Subsol. À la fin du mois de mai, un autre radio du réseau, Robert Delattre, était arrêté à son tour. Battu pendant des heures, il finit par donner les clés d’un code qu’il savait ne plus être utilisé. Malheureusement, il permit aux services allemands de déchiffrer les messages qu’ils avaient enregistrés au cours des mois précédents, parmi lesquels le télégramme de félicitations adressé à Roger Dumont, signant du même coup son arrêt de mort.
Détenu à Fresnes, Roger Dumont fut jugé par le tribunal de guerre de l’hôtel Crillon, siège du commandant militaire de Paris, avec treize autres membres de la CND. Tous étaient inculpés « d’espionnage ». Le procès s’ouvrit le 23 mars 1943 sous la présidence de l’Oberfeldjustizvertreter Herr Major Seudler. Le 9 avril, douze condamnations à mort étaient prononcées.
Concernant Roger Dumont, le major Seudler résuma ainsi les motifs : « Officier d’aviation, expert questions Luftwaffe. Connaissait les chefs. N’a pas avoué, mais charges accablantes. Peine de mort. »
Roger Dumont fut exécuté avec ses camarades le 13 mai 1943 au Mont-Valérien. Il avait demandé à pouvoir porter sa Légion d’honneur et la Military Cross, ce qui lui avait été accordé, mais il ne possédait pas la médaille anglaise. Une résistante de la CND encore en liberté, Mme Dixon, alias « Jeff », télégraphia au colonel Rémy pour qu’il en envoie une, mais elle n’arriva pas à temps. Mme Dixon avait alors fait remettre à Roger Dumont un ruban aux couleurs de la décoration (deux bandes blanches de part et d’autre d’une bande violette) pour qu’il l’épingle au revers de son veston.
L’Abbé Stock note dans son carnet à la date du jeudi 13 mai : "12 exécutions de Fresnes. Affaires d’espionnage -Émetteurs ! Roger Dumont [...] les 7 premiers se sont confessés et ont communié à Fresnes. Dumont qui ne pratiquait jamais, a trouvé les chemin des sacrements grâce à Cholet." Journal de guerre, p. 157.
Roger Dumont devint Compagnon de la Libération à titre posthume par décret du 17 novembre 1945. La Croix de guerre 39-45 et la Médaille de la Résistance vinrent s’ajouter aux décorations qu’il avait gagnées pendant les deux guerres. Il fut homologué au grade de commandant.
Roger Dumont repose au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) aux côtés de ses camarades de Résistance, dans le « Carré des Fusillés ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article153361, notice DUMONT Roger, Jean par Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 13 février 2014, dernière modification le 29 juin 2020.

Par Jean-Pierre Ravery

SOURCES : Colonel Rémy, Mémoires d’un agent secret de la France Libre, Éd. Aux Trois Couleurs et Raoul Solar, 1946. – www.ordredelaliberation.fr.

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