VILA CAPDEVILA Ramon [dit CARAQUEMADA (espagnol), CARACREMADA (catalan), MAROTO, Ramon LLAUGÍ. PASSOS LLARGS, EL LLEIG, CAPITAINE RAYMOND] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Antonio Tellez

Né le 2 avril 1908 à Peguera (province de Barcelone, Catalogne, Espagne), tué le 7 août 1963 à Castellnou de Bages (province de Barcelone, Catalogne, Espagne) ;agriculteur et mineur de lignite ; anarchiste espagnol (CNT) ; combattant de la Résistance (FTPF) dans les maquis du Limousin et de Dordogne puis le bataillon Libertad (libertaire) dans le Lot ; guérillero anti franquiste (après 1945).

Ramon Vila naquit dans une famille paysanne à Peguera, petit village pyrénéen du Berguedà, proche des mines de lignite de Fígols et de Cercs et de la centrale thermique édifiée près du second de ces villages, sur la rive droite du Llobregat.

Ramon Vila Capdevila, dont le surnom de Caraquemada (visage brûlé) venait des marques indélébiles laissées sur son visage en 1923 par la foudre qui tua sa mère et le blessa, avait adhéré très jeune à la Confédération nationale du travail (CNT) et à la Fédération anarchiste ibérique (FAI) de la région du Haut-Llobregat (Berguedà) où il travaillait comme mineur (mines lignite de Cercs et de Fígols).

Emprisonné à plusieurs reprises dans les premières années de la République, il fut libéré le 19 juillet 1936 de la prison de Valence par l’insurrection ouvrière s’opposant au coup d’état franquiste. Après avoir participé aux combats contre les militaires insurgés, il fut volontaire dans la Colonne de fer puis dans la colonne Tierra y Libertad où il fit partie des groupes guérilleros chargés de s’infiltrer derrière le lignes franquistes à Saragosse. Après la militarisation des colonnes et l’offensive franquiste d’avril 1937, il fut nommé délégué au ravitaillement de la centrale thermique collectivisée de Cercs, et l’un des responsables des jeunesses libertaires (FIJL) de Berga.

Passé en France lors de la Retirada de février 1939, il fut interné aux camps de Saint-Cyprien puis d’Argelès-sur-Mer dont il s’évada en septembre 1940 pour retourner en Espagne, y organiser les premiers groupes d’action armée contre le franquisme, assurer les liaisons entre l’exil et l’intérieur et faire passer les Pyrénées aux compagnons recherchés et à ceux qui fuyaient le nazisme.

En 1942 lors d’un passage en France, Ramon Vila qui vivait en France sous la fausse identité de Ramón Llaugí Pons, fut arrêté et interné à la citadelle de Perpignan où il resta quelques mois avant d’être enrôlé dans l’organisation Todt et d’être envoyé dans une mine de bauxite à Bédarieux (Hérault).

En contact avec la Résistance, il s’intégra en février 1944 aux maquis du Limousin, au réseau Ménessier, chargé, près de Limoges, de récupérer l’armement parachuté par les Alliés. En juin 1944 il entra au groupe de Francs-tireurs-partisans (FTP) dirigé en Haute-Vienne par le colonel Bernard Le Lay. Son groupe était basé dans la forêt de Rochechouart et son secteur d’intervention comprenait la ville de Saint-Junien et débordait largement sur la Charente.

Après le débarquement allié du 6 juin 1944, Ramon Vila et son maquis participèrent activement aux opérations de harcèlement contre la division blindée SS Das Reich en route pour la Normandie. Le 7 juin il sabotait le viaduc de Saint-Junien et le lendemain occupait la mairie. Le 11 juin, avec deux cents maquisards, il participa en gare de Mussidan, près de Périgueux (Dordogne), à l’attaque d’un train blindé qui fut immobilisé après qu’aient été tués une cinquantaine d’Allemands. Le 1er août il participa victorieusement à la défense de la petite ville de Chabanais, à 16km de Saint-Junien, attaquée par les nazis, puis, du 12 au 21 août, aux combats pour la libération de Limoges. Une fois la ville libérée, il s’engagea dans le Bataillon Libertad, organisé à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) en août 1944 et formé de maquisards espagnols pour la plupart militants de la CNT et venant d’unités FFI ou FTP du groupe "Nord du Lot n°1". Il avait alors le grade de capitaine sous le nom de Capitaine Raymond. C’est avec le Bataillon Libertad et le Bataillon basque Guernika qu’il participa jusqu’en mai 1945 à la réduction des dernières poches allemandes de Royan, de la Pointe de Grave et de l’île d’Oléron

Dès la fin de la guerre, il reprit la lutte en Espagne. Spécialiste en explosifs et guide expérimenté, il allait pendant dix huit ans conduire et ramener les groupes d’action du Mouvement libertaire espagnol (MLE) , tout en menant parallèlement un grand nombre de sabotages en Catalogne.

Ramon Vila Capdevila fut surpris le 7 août 1963, vers une heure du matin, à la Creu de Perelló, (commune de Castellnou de Bages), par une patrouille de la Guardia Civil, près du château de Balsareny. Blessé de deux coups de feu au cou et à l’artère fémorale, Ramon Vila Capdevila décéda à six heures du matin d’hémorragie et sans avoir reçu de soins. Il fut enterré à Castellnou de Bages sans la moindre indication sur sa tombe.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article155241, notice VILA CAPDEVILA Ramon [dit CARAQUEMADA (espagnol), CARACREMADA (catalan), MAROTO, Ramon LLAUGÍ. PASSOS LLARGS, EL LLEIG, CAPITAINE RAYMOND] [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Antonio Tellez, version mise en ligne le 16 avril 2014, dernière modification le 11 octobre 2021.

Par Rolf Dupuy, Antonio Tellez

SOURCES : "La guerre n’était pas leur métier : récits et témoignages recueillis par Pierre Luisard", Les Editeurs Français Réunis, 1974 — "Les anarchistes espagnols dans la tourmente", Bulletin du CIRA, Marseille, n°29-30, 1989. — Notes d’André Balent.

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