HANSER Henri [Charles, Henri] [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Né à Besançon (Doubs) le 12 ou 14 juin 1835, mort le 21 novembre 1886 à Paris (IXe arr.) ; peintre en lettres ; membre du comité central de la Garde nationale (commission « État-major »), membre de l’Association Internationale des Travailleurs ; exilé à New York ; un des chefs de file de la fraction blanquiste.

Comme beaucoup de provinciaux, Henri Hanser était parti travailler à Paris, où il demeurait en 1871, 42, rue du Faubourg-Montmartre (IXe arr.).

Capitaine, sous la Commune, de la 2e compagnie du 7e bataillon, Hanser fut condamné par contumace, le 14 septembre 1872, par le 9e (ou le 10e) conseil de guerre, à la déportation dans une enceinte fortifiée et à la dégradation civique (il avait précédemment été condamné à deux reprises : le 7 septembre 1855, à Paris, à 16 francs d’amende pour coups ; le 7 août 1869, toujours à Paris, à 25 francs d’amende pour injures).

Réfugié à Londres après la Semaine sanglante, Henri Hanser adhéra à l’AIT et rejoignit la section fédéraliste française de 1871, dont il présida une réunion le 18 avril 1872 (à laquelle assistaient également Tanguy et un des frères May). En avril 1873 il se trouvait toujours à Londres, où un rapport de police signalait qu’il venait de démissionner de la Société des réfugiés de la Commune.

Henri Hanser gagna New York peu avant la fin de l’année 1873. Ayant pris langue avec les milieux de la proscription, il fut nommé secrétaire de la commission d’enquête formée par les réfugiés de la Commune pour vérifier le bien-fondé des accusations formulées par Edmond Mégy à l’encontre des frères Élie et Gustave May, laquelle rendit un verdict de non-lieu le 17 janvier 1874.

Impliqué dans le mouvement des chômeurs qui culmina dans l’échauffourée de Tompkins square le 13 janvier 1874, Henri Hanser fut désigné le 5 février pour commander conjointement avec Sauva la 1re compagnie des milices d’autodéfense que tentaient de mettre sur pied les révolutionnaires français. Il avait à cette époque retrouvé du travail comme peintre, et il habitait 133 Bleeker street. Il figurait également parmi les dirigeants du Cercle communiste révolutionnaire blanquiste (en réalité le GRSI), tout en restant un lecteur fidèle du Bulletin de l’Union républicaine (il versa 1 dollar à la souscription du journal en février 1874).

En mars 1874, Henri Hanser assista avec sa famille au banquet commémorant l’anniversaire du 18 mars. À cette occasion, sa fille Lucie (âgée de 14 ans) prononça un petit discours à la gloire de Louise Michel, qui valut à ses parents les félicitations publiques de la rédaction du Bulletin.

En qualité de membre du comité exécutif du Groupe communiste révolutionnaire de New York, Henri Hanser fut en 1876, l’un des signataires du manifeste d’inspiration blanquiste adressé aux communards proscrits et autres révolutionnaires :

« Dans l’armée de la Révolution, les moyens les plus efficaces à employer pour l’extermination complète de la bourgeoisie, les meilleurs armes pour se défendre contre les agressions et les pièges de ses valets sont : les représailles, l’immolation impitoyable de tous nos ennemis, la destruction de leurs palais et de leurs propriétés par l’incendie…

« Avec le dernier prêtre disparaîtra le dernier vestige de l’oppression et de la misère. Le moment approche où les événements vont nous faire surgir sur le terrain de la revanche pour la dernière lutte et la victoire définitive.

« Communistes, athées, révolutionnaires, serrons les rangs. Qu’un parti plus sacré que celui de la Sainte-Alliance nous unisse pour marcher à la conquête du pouvoir politique pour l’extermination complète des jésuites de la bourgeoisie. »

Les réfugiés de la Commune signataires de ce texte étaient, outre Henri Hanser, J. Baron, Blein-Montreinal, L. Crosse, Robinet, Jules Thomas et L. Willermain.

Quelques mois plus tard, Henri Hanser contresigna avec Louis, Olivier, Julius Schwab et Leander Thompson un appel de la Société des réfugiés en faveur des déportés de Nouvelle-Calédonie. Hanser figura encore parmi les 54 signataires de la lettre de soutien adressée le 31 décembre 1877 par les communistes new yorkais aux membres de la Vieille Icarie à la demande d’Arsène Sauva.

En 1878, il fut l’un des organisateurs coordonnateurs chargés par la Société des réfugiés de la Commune de préparer la cérémonie anniversaire du 18 mars à New York. En janvier de la même année, il fut à l’origine du lancement d’un hebdomadaire de tendance blanquiste, La Centralisation, dont nous ne connaissons l’existence que par les extraits publiés à Paris par L’Égalité de Jules Guesde. Cette feuille, dont il était le directeur politique, ne survécut sans doute pas au-delà de septembre 1878. À cette date, il habitait 17 South 5th Avenue, où il s’était établi comme peintre en enseignes.

Hanser se fâcha un peu plus tard avec Mégy, à l’occasion d’une réunion de la Société des réfugiés qui se tint à New York fin août ou début septembre. Il dénonça alors vigoureusement le langage grossier, les fanfaronnades et diverses négligences de ce dernier.

Henri Hanser bénéficia de la remise de sa peine le 27 novembre 1879. Sa trace se perd ensuite définitivement. Il rentra sans doute en France.
Il était marié, père de deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article159572, notice HANSER Henri [Charles, Henri] [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 6 juin 2014, dernière modification le 30 juin 2020.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Arch. Nat., BB24/863, n° 5958 et BB27. — Arch. Min. Guerre, 9e conseil, n° 585. — Arch. PPo. Ba/428, Ba/435 (rapport du 28 mai 1876), et listes de contumaces. — Arch. Aff. étrang., correspondance politique des consuls, vol. 40, Consul de New York, 4 mars 1874 ; vol. 41, Consul de New York, 30 août 1877. — Bulletin de l’Union républicaine, 16 février 1874 entre autres. — L’Égalité (Paris), 14 avril 1878, citant le New York Herald entre autres. — Le Pays, 12 septembre 1878. — Georges Bourgin, Gabriel Hanriot, Procès-verbaux de la Commune de Paris, Paris, Leroux/Lahure, 1924-1945, tome 1, p. 255, t. II, p. 439. — Jules Prudhommeaux, Icarie et son fondateur, Étienne Cabet, Paris, Cornély & cie, 1907, p. 531. — Michel Cordillot, « Les Blanquistes à New York », Bulletin de la Société d’Histoire de la Révolution de 1848, Paris, 1990. — Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871. L’événement, les acteurs, les lieux, Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, janvier 2021.

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