CAUCHY Roland, Ferdinand

Par Jean-Pierre Besse, Jean-Pierre Ravery

Né le 13 mars 1916 à Maisons-Alfort (Seine, Val-de-Marne), fusillé par condamnation le 11 avril 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; monteur électricien ; secrétaire de la section des Jeunesses communistes du XXe arrondissement de Paris ; résistant FTPF responsable militaire interrégional pour le secteur sud de la région parisienne.

Roland Cauchy
Roland Cauchy
Photographie anthropométrique de la Préfecture de police. Cliché transmis par Pascal Convert. Arch. PPo. Droits réservés.

Fils de Jean-Baptiste Cauchy, chef de chai, et de Thérèse Gasnier, couturière, Roland Cauchy adhéra très jeune aux Pionniers du Parti communiste, puis en 1932 aux Jeunesses communistes. Il avait été interpellé une première fois en 1926 pour avoir fait coller des tracts par un camarade d’école. Il fut arrêté une seconde fois dans la nuit du 6 au 7 février 1934 aux abords de la place de la Concorde avec d’autres militants des Jeunesses communistes qui s’étaient rassemblés pour s’opposer aux ligues. Il était secrétaire de la section des Jeunesses communistes du XXe arrondissement de Paris en 1936. Il se maria le 2 avril 1938 avec Jacqueline Andrée Leblanc à Sucy-en-Brie (Seine-et-Oise, Val-de-Marne) où il se fixa et il continua de militer. Il était monteur-électricien de profession et travaillait pour la société Alsthom.
Après la défaite, Cauchy reprit une activité politique clandestine en septembre 1940 dans la région de Sucy-en-Brie mais fut rapidement coupé du parti clandestin. Il retrouva une liaison par Guinsbourg, responsable régional Paris-sud du PCF avant-guerre, et fut d’abord affecté à la propagande clandestine du parti. Jusqu’au 18 décembre 1942, il travailla à l’usine Vétra. Désigné pour partir en Allemagne, il ne se présenta plus à son usine.
Muté dans les FTP le 18 octobre 1942, par l’intermédiaire de « Romain », responsable militaire régional de la région P 4, il devint permanent à la même époque, d’abord affecté dans la banlieue Est de Paris (P 4) sous le pseudonyme de « Lucien ». Pour des raisons de sécurité, il fut muté, en novembre 1942, comme responsable militaire régional des FTP de Seine-et-Oise (P 7) avec le grade de capitaine. Il fut condamné par défaut par la Section spéciale de la cour d’appel de Paris à cinq ans de prison et 6 000 francs d’amende pour propagande communiste.
Jusqu’en janvier 1943, il habitait sous son vrai nom au 17 rue Gounod à Sucy-en-Brie. Il prit part à un certain nombre d’attentats et participa notamment à celui dirigé contre le dirigeant du parti collaborationniste POPF Marcel Capron, le 10 avril 1943, au cours duquel il blessa mortellement l’inspecteur Rougeot. À partir d’avril 1943, il prit la direction de quatre des huit régions que constituaient les trois départements parisiens comme responsable militaire régional.
En août 1943, suite à l’arrestation d’Angelle dit « Laroche », il devint responsable militaire interrégional pour le secteur sud (P 8). Il se trouva alors placé sous les ordres directs du « colonel Gilles » (Joseph Epstein). Il était hébergé au 45 rue Bichat à Paris (Xe arr.), adresse qui figure sur son acte de décès à l’état civil de Suresnes, chez Édouard Ladsous, un infirmier de l’hôpital Saint-Louis appartenant au service sanitaire des FTP. Son nouveau pseudonyme était « Piot ». Il disposait de faux papiers d’identité aux noms de « Marc » et « Paul Lambert ». Ses liaisons étaient assurées par Blanche Tourtebatte, alias « Monique ». À cette époque, il avait déjà fait l’objet de deux mandats d’arrêt datés du 11 mars et du 11 juillet 1943 et il était fiché aux RG comme responsable du PCF et membre des FTP.
Sa "biographie" figurait en effet dans les archives Brossard saisies par les policiers. Le 1er novembre, il reprit la direction militaire du secteur 1 (P 1 et P 2). Le 16 novembre 1943, suite à l’arrestation d’Epstein, les policiers de la BS2 des Renseignements généraux de la préfecture de police saisirent sur lui un papier sur lequel étaient notées les coordonnées d’un rendez-vous. Deux jours plus tard, le 18 novembre 1943, Cauchy fut arrêté à son tour à la sortie de la gare de Domont (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Il était porteur de comptes rendus d’opérations et d’un tableau des effectifs de la région P 7. Selon certaines sources, ses interrogateurs obtinrent ses rendez-vous. Livré aux Allemands le 23 novembre et incarcéré à Fresnes, il fut condamné à la peine de mort, le 23 mars 1944, par le tribunal militaire de Fresnes pour « actes de franc-tireur » et fusillé le 11 avril 1944, au Mont-Valérien.
Son corps repose au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine. Il était père d’une fillette de trois ans. Le conseil municipal de Sucy-en-Brie, en décembre 1944, donna son nom à une place de la commune.
Reconnu Mort pour la France par décret le 11 décembre 1945, il a été homologué au grade de commandant FTPF.

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Dernière lettre
 
Fresnes, le 11 avril 1944
Ma petite chérie aimée,
Ma Michèle adorée,
Mon Jacquot chérie, je t’écris pour la dernière fois ; accepte ce coup avec courage et sois vaillante, car on vient de nous apprendre que le jugement était confirmé et le recours en grâce rejeté. Nous sommes ici tous courageux, et nous irons la tête haute à trois heures devant le peloton d’exécution.
Ma chérie, je t’aime plus que moi-même et tout ce que j’ai fait, c’est pour le bien de vous tous et pour que notre chère petite Michèle ait un .vie heureuse. J’ose espérer que tu me garderas mi bon souvenir dans ton cœur que j’ai adoré. Je te remercie pour avoir tenté l’impossible pour, nous.
Ma chère petite femme, je te laisse notre Michèle en garde ; élève-la dans un bon souvenir de moi, comme tu n’as cessé de le faire depuis que je suis parti si précipitamment.
Si je meurs jeune, c’est parce que j’aime la vie et que je voulais qu’elle soit belle et la rendre belle pour tous ; notre sacrifice ne sera pas vain et vous connaîtrez des jours meilleurs. Mes dernières pensées iront vers vous et votre photo à toutes deux restera jusqu’au dernier moment sur mon cœur.
Excuse-moi si je parle argent, mais il faudra après la guerre, et même maintenant, que tu fasses valoir tes droits de veuve de guerre et pour Michèle ses droits de pupille de la Nation.
J’étais commandant de secteur et contrôlais cinq régions ; je pense qu’à la mairie on doit te donner des secours, renseigne-toi. j
Ma chérie aimée, cette dernière lettre doit être une lettre d’espoir en des jours meilleurs pour vous tous qui restez. Embrasse une dernière fois ton père et ta mère que je remercie d’être venus me voir.
Envoie mes amitiés à toute la famille et à tous nos amis, et qu’ils soient fiers de moi, car je meurs en soldat, en plein combat.
Veillez bien sur Michou chérie, et qu’elle soit forte. Ne pleurez pas devant elle ; n’ayez aucune larme, comme nous. Nous irons au supplice l’œil sec, nous sommes tous courageux ; soyez-le.
J’écris à Solange, puisque j’ai droit à deux lettres, et je lui dis de t’aider à élever notre chère Michèle, puisque moi je serai absent. Remercie Monsieur M...,
mais vois-tu, cela n’a servi à rien. Je vous recommande de ne pas faire baptiser Michèle ; quand elle sera grande, elle fera ce qu’elle voudra.
Ma chère petite femme, ma lettre se termine. Je vais être obligé de te quitter non sans t’embrasser des millions de fois et te chérir tendrement sur mon cœur. J’embrasse bien tendrement Michèle que j’aime comme un vrai père.
Ma chérie, adieu. Je t’aime. ¶
Ton petit mari,
Roland
Je dépose mes lèvres sur la signature.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19010, notice CAUCHY Roland, Ferdinand par Jean-Pierre Besse, Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 13 mars 2017, dernière modification le 5 novembre 2020.

Par Jean-Pierre Besse, Jean-Pierre Ravery

Roland Cauchy
Roland Cauchy
Photographie anthropométrique de la Préfecture de police. Cliché transmis par Pascal Convert. Arch. PPo. Droits réservés.

SOURCES : DMPA, DAVCC, Caen, dossier. – Arch. PPo. – Fabrice Bourrée, biographie de Roland Cauchy, La Résistance en Île-de-France, CDrom, 2003. – L’Éveil du XXe, 28 mai 1945. – Lettres de Fusillés, 1946. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski et Adam Rayski, Le Sang de l’étranger, les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard, 1994, p. 353. – Notes Pascal Convert. – État civil, Suresnes.

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