JACQUIN Claude, Jean (Claude GABRIEL)

Par Jean-Paul Salles

Né le 21 mai 1947 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), , mort le 16 avril 2016 à Suresnes (Hautes-de-Seine) ; militant de la JCR/LC/LCR/NPA, puis d’Ensemble ; dirigeant de la Quatrième Internationale, responsable du Travail Afrique, directeur de la revue Afrique en Lutte.

Claude Jacquin (Gabriel) à Dakar en 1983
Claude Jacquin (Gabriel) à Dakar en 1983

Claude Jacquin était ingénieur, diplômé de l’École des Travaux publics. Après quelques travaux alimentaires, il devint gestionnaire de l’Office HLM de Paris.
Militant la JCR puis de la LC/LCR, il fut un des responsables du Travail immigré à partir de 1971. La Ligue combattait la propagande, qualifiée de raciste, qui faisait des immigrés les responsables du chômage (voir par exemple Rouge n°142, 29 janvier 1972, p.5 : « Trois millions d’immigrés, le racisme, arme du patronat »). Dans le Manifeste Ce que veut la Ligue communiste, elle demandait aussi le droit de vote pour les travailleurs immigrés en 1972. Dans l’hommage qu’il lui rend peu après son décès, Charles Michaloux rappelle qu’il fut arrêté et détenu quelques semaines à Paris, pour avoir manifesté, en 1980 sous Giscard d’Estaing, contre la circulaire Bonnet qui limitait l’accès des étudiants étrangers aux universités françaises. Ses camarades de travail de l’Office HLM, tous syndicats confondus, manifestèrent pour sa libération. Peu après, il demanda lors d’un meeting qu’on se préoccupe des détenus, dont il avait découvert la misère à cette occasion. De même la prostitution, « cette exploitation de la femme par l’homme au plus haut niveau », écrivait-il dans Rouge (n°295, 11 avril 1975, p.16), ne le laissait pas indifférent. Il appelait à « une révolution radicale des esprits » et condamnait « la morale masculine qui imprègne notre société ».
Claude Jacquin fut également l’initiateur et l’animateur d’un travail de longue haleine en direction des jeunes États d’Afrique noire. Dirigées souvent par des dictateurs, ces anciennes colonies continuaient à être dominées économiquement, culturellement et militairement par les anciennes métropoles. C’est ce qu’il s’efforça de mettre à jour et de dénoncer par l’intermédiaire d’Afrique en Lutte, « bulletin marxiste révolutionnaire pour l’Afrique noire ». Cette revue, liée à la LC/LCR et à la Quatrième Internationale, voit paraître son numéro d’essai, le n°0, le 29 janvier 1972, sur 10 pages ronéotées. Le n°1, imprimé, parut le 20 février 1974, sous la direction nominale d’Albert-Paul Lentin (1923-1993), journaliste anti-colonialiste, mais Claude Jacquin en fut le véritable maître d’œuvre. Cette revue parut avec régularité jusqu’au milieu des années 1980. Conscients de ne pouvoir toucher le gros de l’immigration africaine par ce bulletin, les rédacteurs d’Afrique en Lutte se donnaient pour tâche de « former les cadres politiques d’organisations révolutionnaires en Afrique » (Rouge n°523, 13 décembre 1977, p.8 : la présentation d’Afrique en Lutte pour son 5e anniversaire). Une commission Afrique de la LCR assurait la liaison entre les militants africains présents en France, souvent étudiants, et les jeunes organisations marxistes révolutionnaires qui tentaient de se développer en Afrique, comme le Groupe ouvrier révolutionnaire (GOR), organisation sympathisante de la IVe Internationale au Sénégal. Les relations entre ces militants n’étaient pas toujours simples quand les querelles des tendances internationales venaient interférer, comme ce fut le cas en octobre 1976 entre les 8 militants africains de Bordeaux membres de la minorité de la IVe Internationale et la Commission Afrique de la LCR (cf. le texte interne signé Rose -Paris 42- daté du 20 octobre 1976, demandant une réunion urgente pour apaiser le conflit). Au début des années 1980, Claude Jacquin descendit de Paris au Havre pour aider les trois camarades sénégalais et le camarade marocain gagnés à la LCR à mettre au point un Afrique en Lutte Le Havre qui sera distribué dans les foyers de travailleurs immigrés (Témoignage de Pierre Jeanne, in Salles, 2004). À la même époque, Gaby Viennet, un militant de Besançon, appela à l’aide Claude Jacquin, car il était en contact avec des sympathisants africains, de Côte d’Ivoire entre autres. Ces efforts eurent des résultats au Sénégal. Ainsi, le GOR donna naissance à l’OST (Organisation socialiste des travailleurs) légalisée au début de l’année 1982. En solidarité avec la IVe Internationale, elle affirmait œuvrer à l’avènement des États-Unis socialistes d’Afrique. Cette implication dans le travail Afrique de la Ligue fut illustrée par la publication de son livre Angola : le tournant africain ? (1978).
Membre de la direction de la Quatrième Internationale dans les années 1980 et 1990, il fut un des animateurs de l’Institut International de Recherches et de Formation (IIRF), mis en place par l’organisation à Amsterdam à partir de 1983, sous la houlette de Pierre Rousset et de Sally. Deux sessions annuelles de 3 mois s’y succédaient, en français et en anglais. Des militants d’Afrique, mais aussi d’Asie et d’Amérique latine, y participaient. Mais Claude Jacquin était aussi un militant de terrain, il se rendit en Afrique du Sud avant même la fin de l’Apartheid pour aider au regroupement des militants. Certains devinrent ses amis proches, comme Mercia Andrews et Brian Ashley, devenus militants du Democratic Left Front d’Afrique du Sud. Dans l’hommage qu’ils lui ont rendu au lendemain de sa mort, ils rappelèrent tout ce que cette collaboration/amitié de 35 ans leur a apporté : « il se tenait à nos côtés et non au-dessus » (Inprecor, 2016). De 1985 à 1994, il participa à l’organisation et à l’animation des camps internationaux des jeunes de la IVe Internationale, auxquels assistaient aussi des militant(e)s venu(e)s des anciens pays de l’Est. Dans les années 1980, Claude Jacquin noua des liens avec des militants du FLNKS. Avec Vincent Kermel, qui fit deux voyages en Nouvelle-Calédonie, ils écrivirent deux ouvrages sur la révolte kanak (1985 et 1988). De même, il donna de nombreux articles à la revue théorique de la LCR, Critique communiste, analysant la politique castriste en Afrique (« Politique étrangère castriste et défense de l’État ouvrier cubain », n°30, 1979) ou évoquant la politique africaine de la France (Critique communiste nouvelle série, n°2 novembre 1981, n° 18 avril 1983 ou n° 22 octobre 1983).
En 1995, après avoir quitté sa fonction aux HLM de Paris, il intégra le cabinet d’expertise Apex-Isast, créé et dirigé par Charles Michaloux. Il apprit vite le métier de consultant auprès des Comités d’Entreprise (CE). Écrivant beaucoup dans La Lettre du CE et du CHSCT, il contribua à en faire une référence pour les syndicalistes et les élu(e)s du personnel. Il devint membre de la Direction générale du groupe. Parallèlement, il continuait à écrire sous son pseudonyme sur les thèmes politiques, économiques et sociaux dans Critique communiste, la revue Contretemps ou pour les sites d’Europe Solidaire sans Frontières (ESSF) et d’Ensemble. Ainsi, dans un article intitulé « A propos des licenciements collectifs » (Critique communiste n° 158, printemps 2000), il réfléchit sur la nécessité de défendre le « zéro licenciements » sans apparaître comme des dogmatiques qui se contenteraient de témoigner de leur indignation. Il avait une réelle expertise sur l’industrie automobile notamment. Un de ses derniers articles, « Économie numérique, attention séisme ! » révèle l’acuité de son regard sur l’évolution du monde (sur le site d’Ensemble, 26 septembre 2015, repris dans Inprecor 2016).
Après avoir participé à la fondation du NPA, il s’en éloigna pour rejoindre Ensemble, la troisième composante du Front de Gauche, tout en restant membre de la IVe Internationale. À sa mort, les hommages sont arrivés du monde entier, Afrique du Sud, Sénégal, Congo, Angola, île Maurice, Australie, Mexique, Pologne, Italie, Espagne, Euzkadi, Portugal, Suisse, Belgique. Ceux qui l’ont connu notent sa culture, sa rigueur et sa largeur de vues, la profondeur de ses convictions, de même que sa sensibilité, sa profonde humanité. Il s’était marié le 6 janvier 1973 à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine) avec Denise Muret, dont il divorça e, mai 1974. Il était en couple avec Silvie Laguna, comédienne, qui l’accompagna avec un grand courage lors de sa longue maladie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article193771, notice JACQUIN Claude, Jean (Claude GABRIEL) par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 21 août 2017, dernière modification le 23 septembre 2020.

Par Jean-Paul Salles

Claude Jacquin (Gabriel) à Dakar en 1983
Claude Jacquin (Gabriel) à Dakar en 1983
Mobilisation des collègues de Claude Jacquin à l’OPHLM à la Ville de Paris, lorsqu’il fut emprisonné quelques semaines, en 1980, pour avoir manifesté contre la circulaire Bonnet qui limitait l’accès des étudiants étrangers aux universités française.
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ŒUVRE : -Nombreux articles dans Rouge, Afrique en Lutte, Inprecor, Critique communiste, Contretemps, Viento Sur, La Lettre du CE et du CHSCT, sur les sites d’Europe Solidaire Sans Frontières (ESSF) et d’Ensemble. — Cahier d’études et de recherches (publication de l’IIRF) sur l’Afrique du Sud. — Angola : le tournant africain ?, Préface de Vincent Kermel, éd. La Brèche, 1978. — en collaboration avec Vincent Kermel, La révolte kanake, éd. La Brèche, 1985. — avec Vincent Kermel, Nouvelle-Calédonie, les sentiers de l’espoir, La Brèche, 1988. — Une gauche syndicale en Afrique du Sud (1978-1993), Préface de Jean Copans, L’Harmattan, 1994. — Avec Laurent Garrouste, Michel Husson, Henri Wilno, Supprimer les licenciements, éd. Syllepse, 2006.

SOURCES : Gaby Viennet, hommage sur le blog d’Ensemble, 17 avril 2016. — « Claude Jacquin-Gabriel : Internationaliste jusqu’au bout », L’Anticapitaliste n° 333, 21 avril 2016. — « Claude Jacquin dit Gabriel. Hommages et souvenirs, I et II », Site d’ESSF, 25 avril et 1er mai 2016. — « Les Nôtres : Claude Jacquin », Inprecor n° 627/628, mai-juin 2016, p.33-41 : articles de Pierre Rousset, Charles Michaloux, Mercia Andrews et Brian Ashley ; reproduction de deux articles de C. Jacquin, « Économie numérique, attention séisme » et « Brasilia-Pretoria aller-retour : gauches gouvernementales, transition, bureaucratie, corruption ». — Hommage de Brian Ashley et Mercia Andrews, en anglais, sur le site d’International Viewpoint, News and analysis from the Fourth International, 2 mai 2016. — Ce que veut la Ligue communiste, Manifeste du CC des 29/30 janvier 1972, Maspero, 1972. — « Nouvelle Calédonie : ce que veulent les Kanaks », Dossier Rouge n° 11, 4e trimestre 1984. — « Entretien avec un dirigeant de l’OST, Sénégal », in Inprecor n°201, 22 juillet 1985. — Daniel Bensaïd, Une lente impatience, Stock, 2004, notamment les pages 366-367 sur l’IIRF d’Amsterdam. — Témoignage de Pierre Jeanne, in Tome III, p.626 de Jean-Paul Salles, La LCR et ses militant(e)s (1968-1981). Étude d’une organisation et d’un milieu militant, Université Paris I, Thèse, 2004. — Archives départementales de Charente-Maritime, Fonds Jean-Paul Salles 176, notamment la collection d’Afrique en Lutte. —Archives privées Gérard Filoche, Dossier Bordeaux, 1 p. recto-verso, 20 octobre 1976, Proposition de Rose (Paris 42) pour résoudre la crise.
Mes remerciements pour leur relecture, les précisons apportées et leur disponibilité à Jean-Louis Couture, Anne Dissez, Charles Michaloux, Francis Soler et Silvie Laguna. — État civil.

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