TROTTIN Georges, Ismaël

Par Joël Drogland

Né le 27 avril 1921 à Pont-sur-Yonne (Yonne), exécuté le 20 août 1944 à Theil-sur-Vanne (Yonne) ; employé ; maquisard FTP.

Célibataire, réfractaire au STO, comme beaucoup de jeunes hommes du nord du département de l’Yonne, Georges Trottin, qui habitait Pont-sur-Yonne, avait gagné le maquis FTP Paul Bert qui s’était installé dans les bois de Chatillon, très près de son domicile, en juillet 1944. Commandé par Constantino Simo (« capitaine Castagne »), un homme d’expérience et d’autorité qui avait combattu dans les rangs républicains en Espagne, c’était l’un des plus solides maquis de l’Yonne, fort de 150 hommes assez bien équipés en juillet 1944. C’est pourquoi l’état-major départemental FTP tenait à ce qu’il soit présent près de la préfecture quand viendrait l’heure de la Libération. Le 14 août 1944, au cours d’une réunion du bureau militaire des FTP, la décision fut prise de déplacer la compagnie Paul Bert vers les étangs de Saint-Ange, au sud de la forêt d’Othe ; de là, elle gagnerait ensuite Auxerre.

Le 18 août, la compagnie se scinda en deux groupes pour plus de sécurité dans son déplacement. La première colonne était motorisée et fut accrochée par des troupes allemandes en repli à Véron, puis à Passy. Georges Trottin faisait partie de la seconde colonne : une quarantaine d’hommes, dirigés par « Castagne », qui quittèrent le maquis en fin d’après-midi et se déplaçaient à pied. L’itinéraire avait été fixé avec précision afin d’éviter deux carrefours dangereux. Arrivés au point de rendez-vous avec des camions qui devaient les prendre en charge pour effectuer la seconde partie de l’itinéraire, ils attendirent en vain. « Castagne » décida de partir seul pour les étangs de Saint-Ange. Quand il y arriva, il apprit le drame qui s’était produit avec la colonne motorisée. Il donna à un maquisard qui connaissait la région, l’ordre d’aller chercher les maquisards de la colonne pédestre et de les conduire. Ce maquisard ne s’acquitta pas de sa mission.

Lassée d’attendre, la colonne pédestre reprit sa marche le soir du 19 août. Les hommes connaissaient mal la région ; ils s’écartèrent de l’itinéraire prévu et s’égarèrent dans la nuit noire. Ils pataugèrent dans les tourbières de la vallée de la Vanne et décidèrent de traverser le village de Theil-sur-Vanne. Ils ne savaient pas que la 17e SS Panzergrenadier Division « Götz von Berlichingen » stationnait depuis peu au château de la Grève à Theil-sur-Vanne. En passant devant le château occupé par les Allemands, la sentinelle postée à l’entrée se trouva surprise par l’approche du groupe dans la nuit. Couchée dans le fossé, elle fit usage de sa mitraillette. Les maquisards s’éparpillèrent le long de la route. Plusieurs d’entre eux, dont Georges Trottin, trompés par la nuit et la méconnaissance du lieu, se retrouvèrent dans le parc du château, croyant être dans les bois. Les SS accoururent, aidé par un véhicule muni d’un projecteur. Un violent orage sauva momentanément la situation et plusieurs hommes parvinrent à quitter le parc. Mais les Allemands capturèrent Georges Trottin et trois de ses camarades, Claude Farinot, Lucien Vambergues et Lucien Vincent. Ils les massacrèrent horriblement, comme en témoigne le rapport de leur exhumation qui eut lieu le surlendemain.

Le nom de Georges Trottin figure sur une plaque fixée sur le mur de la porte du parc du château, au bord de la RD 605, à Theil-sur-Vanne. Il figure également sur le monument aux morts de Pont-sur-Yonne et sur le monument des déportés et fusillés de l’Yonne à Auxerre. Il est titulaire de la carte de Combattant volontaire de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article199839, notice TROTTIN Georges, Ismaël par Joël Drogland, version mise en ligne le 5 février 2018, dernière modification le 13 décembre 2020.

Par Joël Drogland

Plaque de Theil-sur-Vanne
Plaque de Theil-sur-Vanne

SOURCES : Témoignages de Robert Loffroy (1996), de Constantino Simo (1996), et d’anciens maquisards de la compagnie Paul Bert : Robert Venet (1996), Gilles Chicanne (1996), Roger Pruneau (1996). — Joël Drogland, Histoire de la Résistance sénonaise, ARORY, 2e édition, Auxerre, 1998. CDrom La Résistance dans l’Yonne, ARORY-AERI, 2004 (Joël Drogland, notices sur le massacre de Theil-sur-Vanne). — Mémorial GenWeb.

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