CHAREYRON Léon, Marius, Clovis

Par Pierre Bonnaud

Né le 20 juillet 1922 à Vocance (Ardèche), mort à Langogne (Lozère) le 6 août 1944 après avoir été grièvement blessé le 5 août lors de l’attaque par les FFI de la gare de Langogne occupée par l’armée allemande ; résistant FTPF.

Léon Chareyron était le fils cadet de Jean Xavier Anatole Chareyron et de Maria Virginie Augusta Guironnet, agriculteurs à Vocance. La famille comptait quatre enfants : deux garçons, deux filles (Denise, Suzanne). Le frère aîné de Léon, Marcel, était né le 6 juin 1919. En 1944, Léon résidait avec ses parents à Annonay, quartier du Cantonnier. Célibataire, il travaillait comme ouvrier mégissier dans une tannerie annonéenne.

Lors de l’insurrection qui suivit l’annonce du débarquement allié en Normandie du 6 au 19 juin 1944, Annonay devint une “République” libérée de l’occupation allemande et des autorités de Vichy (voir la notice Jacques Méaudre de Sugny*). Suivant l’exemple de son cousin Henri Guironnet mort en 1943 dans la Drôme, Léon Chareyron s’engagea dans les FTP. Il fut versé dans la 7104ème Compagnie ( placée sous le commandement de Joseph Forel) qui cantonnait à Saint-Félicien et adopta le peudonyme “La ruine”.

Léon Chareyron fut intégré dans le corps-franc de la compagnie qui faisait “partie des hommes d’action les plus téméraires et les plus courageux mais aussi les plus exposés”. il participa aux combats qui opposèrent les FFI à l’armée allemande qui s’efforçait depuis Saint-Etienne de reprendre le contrôle de la région d’Annonay. Après l’affrontement de la Versanne qui avait fait sept morts du côté des jeunes maquisards, la compagnie de Léon Chareyron avait affronté les Allemands au col du Banchet, non loin de Saint-Julien-Molin-Molette, et les avait contraints au repli.

Le 5 août, alors que les forces allemandes avaient repris Annonay et réinstallé la municipalité vichysoise, la compagnie de Léon Chareyron se porta sur les marges de l’Ardèche et de la Lozère et attaqua un convoi allemand qui stationnait en gare de Langogne. Grièvement blessé lors de l’affrontement, Léon Chareyron fut porté disparu par ses camarades qui se replièrent.

Les récits des témoins divergent sur les conditions de son décès. Selon la plupart d’entre-eux, les Allemands s’étaient emparé de Léon Chareyron et l’abandonnèrent dans la cave du buffet de la gare où il agonisa. Selon Pierre Raffier, âgé alors de 13 ans dont la famille résidait à proximité de la gare, son père cheminot Résistant, Charles Raffier, était parti se renseigner au petit matin, et rapporta que “le FTP blessé était (resté) allongé dans le dépot des machines SNCF, sur le béton et sans aucun soin. Il mourut dans la soirée (... )”. Le corps sans vie de Léon chareyron fut transporté le 6 août à la morgue de l’hôpital de Langogne, sans que l’on connaisse son identité. Léon Chareyron fut inhumé dans des conditions semi-clandestines au cimetière de Langogne en présence de plusieurs membres de la résistance locale. L’un d’entre-eux, le jeune Jean Mazaudier, fabriqua une croix de bois avec l’inscription “mort pour la France”. Dans la nuit qui suivit, Mazaudier sauta le mur du cimetière, dans une ville toujours quadrillée par les Allemands, pour porter une “gerbe magnifique, avec des fleurs des champs,” confectionnée par la femme d’un réfugié espagnol. (témoignages de Jean et Guy Mazaudier )

Restés sans nouvelles de Léon Chareyron, la famille entreprit des recherches et put retrouver sa tombe à Langogne après la guerre. Le 20 juin 1946, le tribunal civil de première instance de Mende (lozère) rendit un jugement qui permit d’établir un acte de décès. La mention “Mort pour la france “ fut reconnue à Léon Chareyron. A la demande de la famille, son corps fut transféré à Annonay le 27 juillet 1947. Léon Chareyron reçut les honneurs des autorités et fut inhumé dans le carré militaire du cimetière d’Annonay.

Le 9 août 2017, à l’initiative de ses neveux Yves et Suzanne Chareyron, avec le soutien du Souvenir Français, de la municipalité de Langogne, de la FNACA, une plaque commémorative en l’honneur du jeune résistant a été apposée sur les murs du buffet de la gare de Langogne et la cérémonie a ravivé les souvenirs de la Libération de la ville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article212962, notice CHAREYRON Léon, Marius, Clovis par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 7 mars 2019, dernière modification le 12 mars 2019.

Par Pierre Bonnaud

SOURCES : A. Demontès, L’Ardèche martyre, imp. Mazel, Largentière , 1946 (p. 222). — L-F. Ducros, Montagnes ardéchoises dans la Guerre, T3, , Valence, 1981 (pp. 55 et 208). —Documents rassemblés par Yves Chareyron, neveu de Léon Chareyron : documents d’Etat-civil : jugement rendu par le tribunal civil de Première instance de Mende le 20 juin 1946, transcrit à la mairie de Langogne le 9 juillet 1946, enregistré à la mairie d’Annonay le 26 juillet 1947. — Certificat d’appartenance aux FFI, 14 mars 1947, (Bureau militaire et social de l’Ardèche, État-major de la VIIIème région militaire). — Dossier de presse (Le Dauphiné Libéré, 7 et 11 août 2017, Le Réveil du Vivarais 2 et 30 août 2017, Le Midi Libre, 20 août 2017, L’Éveil Hebdo, 30 août 2017, Volcan, n° 93, décembre 2017 (photographies de Jean-Claude Bertuit).- janvier 2018, n° 94 février-mars 2018. — Discours de madame Bernadette Mourgues, adjointe au maire de Langogne.

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