GAFFNEY Barnabé, James [GAFFNEY Barnaby James]

Par Gauthier Langlois

Né le 15 octobre 1816 à Bordeaux (Gironde), mort le 13 août 1881 au Havre (Seine-Maritime) ; journaliste ; démocrate socialiste, opposant au coup d’État du 2 décembre 1851 il fut expulsé et se réfugia en Angleterre.

Barnabé James était le fils de Barnaby Gaffney (né vers 1784) et Élisabeth Crawford (née vers 1793) sujets britanniques originaires de Waterford, port situé au sud-est de l’Irlande où ils s’étaient mariés en 1809. Le couple s’était installé en France comme approvisionneur de navires, d’abord à Bordeaux, 15 rue du Couvent, où Barnaby était qualifié de négociant puis au Havre, 23 Petit quai Notre-Dame, où Barnaby était qualifié d’épicier. Le couple eut plusieurs garçons. Selon Albert Anthiaume l’aîné s’appelait David et serait né en 1813 à Bordeaux. Mais nous n’avons pas retrouvé d’actes d’État civil à son nom et Anthiaume confond sa carrière avec celle du cadet. Barnabé James né en 1816 était le second. Le troisième, Jacques, naquit le 12 février 1819 au Havre. Le quatrième, François Georges Gaffney, naquit en 1821 dans la même ville.

Si le père ne semble pas avoir fait d’études poussées (sa signature toujours tracée d’une manière malhabile indique une pratique peu régulière de l’écriture), il a fait bénéficier ses enfants de la meilleure éducation. David serait entré au collège du Havre en 1823 et Barnabé James en classe de septième du même collège en avril 1828. Il y fit toutes ses études, y remporta de grands succès et sortit de Rhétorique en août 1833.

Barnabé James et François Georges se firent un nom dans la littérature, et surtout dans le journalisme. Barnabé James collabora au Furet, journal fondé en 1830. Lepetit, d’Ingouville, lui céda, en 1844, son imprimerie et la direction du Journal de l’Arrondissement, créé en 1838. Après dix-huit mois d’exploitation, d’abord avec son frère puis seul, Barnabé vendit sa maison à Roquencourt. Barnabé Gaffney devint rédacteur au Journal du Havre, où on lui confia la chronique locale et la revue des théâtres. Comme rédacteur et gérant du Journal de l’Arrondissement Barnabé, trop polémique, s’attira une foule d’affaires qui le conduisirent, soit sur le terrain pour s’y battre en duel, soit en police correctionnelle pour s’y entendre condamner. En particulier en 1845 où il fut accusé de diffamation par le directeur du théâtre auquel il reprochait de payer des personnes pour faire la claque. Au procès il se défendit par une tirade en vers et fut acquitté.

Très hostile à Louis Bonaparte, il le combattit vigoureusement après son élection à la présidence de la République et s’opposa au coup d’État du 2 décembre 1851. Pour ces faits, la commission mixte de la Seine inférieure (aujourd’hui Seine-Maritime) proposa son expulsion motivée par le commentaire suivant :

« Gaffney (Barnabé) est frère de Gaffney (François). Comme lui, anglais naturalisé en mars 1849, il est actuellement rédacteur du Journal du Havre. Avant d’écrire dans cette feuille, il avait rédigé d’autres journaux également dévoués au socialisme : Le Furet, le Journal de l’arrondissement, etc. James Gaffney, plus prudent, plus maître de lui que son frère François, est aussi plus dangereux, parce qu’au lieu de compromettre son parti par la violence de ses actes, il le dirige, en est l’âme et le conseiller. A la recherche de toutes les insinuations perfides et hostiles contre le pouvoir ou la société, le sieur James Gaffney a fomenté dans la population du Hâvre, par ses écrits et ses conseils, l’opposition qui s’y manifeste. C’est particulièrement à lui qu’est dû le mauvais esprit qui anime une partie de cette population. Dans les cafés, dans les cercles, Gaffney a des amis, des créatures qui parlent et agissent sous son impulsion. Bien que surveillé par l’autorité, les articles qu’il publie encore aujourd’hui dans le Journal du Hâvre respirent toujours son hostilité contre le Gouvernement. Vivant d’ailleurs dans le désordre et l’inconduite, le sr Gaffney ne mérite sous ce rapport privé aucune indulgence. Son éloignement aurait pour la ville et l’arrondissement du Hâvre les meilleurs résultats. Il enlèverait aux adeptes du socialisme, aux hommes d’opposition, leur guide le plus influent et le plus écouté, et, en décourageant l’anarchie, cette mesure serait accueillie avec bonheur par les hommes honnêtes et paisibles ».

Peut-être rejoignit-il son frère François Georges Gaffney, réfugié à Jersey où il décéda en 1854. En tout cas, vers 1858, il était installé à Londres où il épousa Louise Adélaïde Forgeaux. Il y exerçait le même métier que son père et avait acquis une fortune considérable amassée, selon la justice française, dans des spéculations plus que suspectes. On l’accusa de complicité dans un acte de baraterie. Il avait surfacturé une cargaison de vin, disparue en 1861 dans le naufrage frauduleux du navire Clémence-Joséphine, et en avait tiré un gros bénéfice de l’assurance. Pour ces faits il fut condamné par contumace par la cour d’assise de Rouen. Jugé à nouveau en 1865, il comparut volontairement et fut finalement acquitté.

Sa situation honorable fut bientôt compromise par la maladie et avec elle arriva la misère. Il s’en revint au Havre, comptant beaucoup sur ses amis d’autrefois. Mais il était oublié et mourut à l’hôpital dans le mois qui suivit son retour en France, le 13 août 1881. L’année suivante, suite à lé loi de réparation nationale, son épouse Adélaïde Léonie Forgeaux obtint une pension en qualité de veuve de proscrit.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article214002, notice GAFFNEY Barnabé, James [GAFFNEY Barnaby James] par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 30 mars 2019, dernière modification le 3 janvier 2021.

Par Gauthier Langlois

ŒUVRE : Voyage du Havre à Morlaix, Ingouville : Le Petit, 1841. (Rédigé à l’occasion de l’inauguration de la statue de la Tour d’Auvergne). — Le retour de Schumacker. Revue havraise, Ingouville, 1842. (Représentée sur le théâtre du Havre le 31 Décembre 1842). — Chemin de fer du Havre à Rouen : album-itinéraire, texte par R. Viau ; illustrations par les premiers artistes de Paris ; préface par B. Gaffney, Ingouville : Roquencourt, 1847. — A M. Lechevallier, rédacteur en chef du "Courrier du Havre"... le 23 avril 1849, Le Havre : impr. de H. Brindeau, 1849. — Les masques démasqués par un vilain masque. Souvenir philanthropique et folâtre du cortège de la mi-carême, Le Havre, H. Brindeau, 1851. (Dédié à Sacramento, nom du bœuf gras).

SOURCES : Archives de Bordeaux, 1816, acte de naissance 981, vue 130/164. — État civil du Havre, 1881,acte de décès 2302, vue 117/490. — BnF, Notice autorité Barnabé Gaffney. — Gazette des tribunaux, 25 février 1865. — Albert Anthiaume, Le Collège du Havre, contribution à l’histoire de l’enseignement secondaire en France et particulièrement au Havre (1579-1865), Le Havre, impr. du Havre-Éclair, 1905, p. 408-410. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Gaffney - Barnabé James », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013.

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