DUPORT Émile

Par Yves Le Maner

Né le 27 avril 1889 à Paris (Xe arr.), abattu le 26 juillet 1944 à Bayons (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) ; ouvrier mineur, cafetier, puis employé ; syndicaliste et militant communiste du Pas-de-Calais.

Pupille de l’Assistance publique, Émile Duport fut confié tout jeune à une famille de Lestrem (Pas-de-Calais), commune rurale située près de Laventie, dans l’arrondissement de Béthune. Mis au travail comme garçon de ferme à l’âge de treize ans, il fut embauché à la mine deux ans plus tard. Mobilisé en 1914, il accomplit trois années de campagne au front avant d’être placé en affectation spéciale aux mines de Vendin-lez-Béthune en 1917. Ce fut à cette date qu’il adhéra au syndicat des mineurs alors en cours de reconstitution. Remarqué pour son dévouement et pour sa connaissance de la législation minière, Émile Duport fut élu délégué mineur et président du conseil d’administration de la Caisse de secours des mines de Verdun, en 1920 ; il devait conserver ces fonctions jusqu’à la fermeture de la mine en 1931.
Duport, qui avait adhéré au Parti socialiste SFIO en 1919, fut l’un des premiers partisans du ralliement à la IIIe Internationale parmi les militants du bassin minier du Pas-de-Calais. Dès le début de l’année 1921, il devint le principal organisateur de la propagande communiste dans la région de Béthune-Auchel et le débit de boissons qu’il avait ouvert à Annezin fut transformé en siège officieux des sections du PC de l’arrondissement ; il fit partie de la commission exécutive de la fédération communiste du Pas-de-Calais dès sa création en 1921. Il tenta dans un premier temps de faire pénétrer les thèses communistes au sein du syndicat des mineurs tenu en main par les principaux leaders socialistes du bassin minier (Mailly, Basly, Maës, Louart, etc.). Son intervention lors du congrès de Lens de février 1921 en faveur de l’adhésion à l’Internationale syndicale créée à Moscou fut couverte par les huées des majoritaires. Lorsque la scission fut devenue effective (début 1922), Duport constitua les premières sections CGTU de mineurs dans la région de Béthune, dont celle de Vendin-lez-Béthune qu’il devait diriger jusqu’à la réunification de 1935. Se tenant étroitement informé des prises de position nationales, il fut l’un des signataires de la déclaration de tendance Renoult-Dondicol, « pour l’unité révolutionnaire, pour l’Internationale communiste », parue dans Le Bulletin Communiste du 9 novembre 1922.
Jugé « extrêmement intelligent » par les services de police, excellent orateur, jouissant d’une très grande estime parmi les mineurs, Émile Duport fut sans conteste le plus actif et le plus efficace des militants communistes et unitaires de l’arrondissement de Béthune pendant l’entre-deux-guerres. Secrétaire de la cellule regroupant les militants des communes d’Annezin, Chocques, Vendin, Labeuvrière et Lapugnoy qui compta plus de cent adhérents jusqu’à la crise du début des années trente, il compléta le travail d’organisation de Paul Carron qui dirigeait le rayon de Béthune en animant les réunions publiques et en se chargeant de la formation des jeunes militants, parmi lesquels il remarqua très tôt Cyprien Quinet. Sa candidature fut un temps envisagée pour les élections législatives partielles de 1926. Son activité fut à l’origine de nombreux licenciements temporaires et, en 1926, il fut condamné à six mois de prison « pour incitation de militaires à la désobéissance » lors de la campagne du PC contre la guerre du Rif. L’année suivante, Duport réalisa un de ses vœux les plus chers en étant le représentant des mineurs unitaires du Pas-de-Calais au sein de la délégation française qui se rendit en Union Soviétique à l’occasion des fêtes du 10e anniversaire de la Révolution d’Octobre. À son retour, il organisa plusieurs mouvements de grève et tenta d’étendre le recrutement des sections unitaires. À l’exception de la création du syndicat CGTU des verriers de Calonne-Ricouart en septembre 1930, les résultats furent très limités dans un contexte de développement rapide de la crise économique. Ne dédaignant pas l’action violente lors des grèves, Émile Duport fut l’un des militants impliqués dans les heurts avec les socialistes au cours de la contre-manifestation communiste du 30 mars 1930 à Lens, et il évita de peu les poursuites judiciaires (voir Ramette Arthur). En 1931, se retrouvant sans emploi en raison de la fermeture du puits où il travaillait depuis 1917, il accepta le poste de directeur des services administratifs de la Caisse de secours des mineurs et employés des mines de Marles qui était placée sous gestion unitaire. Il fut maintenu à ce poste après la réunification syndicale de 1935-1936 et à cette date, il fut nommé en outre secrétaire fédéral des mineurs CGT de la concession de Marles-Ferfay-Cauchy-à-la-Tour.
Duport se présenta et fit campagne pour le PC à de nombreuses élections, sans obtenir le moindre succès, à l’exception de deux mandats de conseiller municipal à Annezin-les-Béthune (1925-1935). Battu aux cantonales de 1931 (dans le canton de Béthune) et de 1937 (canton de Norrent-Fontes), il échoua aux législatives de 1928, 1932 et 1936 dans la 4e circonscription de Béthune, toujours nettement devancé par son concurrent socialiste. Considéré avec C. Quinet (député de Carvin depuis 1936) comme le leader communiste le plus influent dans la partie orientale du bassin minier du Pas-de-Calais, Émile Duport rompit totalement avec le PC en septembre 1939 en s’opposant violemment au Pacte germano-soviétique. Il fut cependant arrêté par la police française à la fin de l’année 1939 et interné comme prisonnier politique dans différents camps. Ce serait dans l’un de ces camps, Bayons (Basses-Alpes) qu’il serait mort à la veille de la Libération, en juillet 1944. Les circonstances de son décès demeurent cependant mal élucidées.

Il fit partie des quelque cent cinquante internés de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) et Saint-Paul d’Eyjaux (Haute-Vienne), transférés à la centrale d’Eysses (Lot-et-Garonne) à l’automne 1943, puis dans une annexe de la centrale, le camp Carrère, après les « trois glorieuses » (8-9-10 décembre) qui ont empêché l’envoi d’une centaine d’entre eux dans un camp de zone Nord. Considérés comme « internés dangereux », communistes pour la plupart, ils furent dirigés vers Sisteron, le 22 décembre 1943. Après l’évasion massive du 8 juin 1944, les quarante cinq internés restants furent libérés par les maquisards FTP, le 21 juillet 1944. Émile Duport, qui était parmi eux, fut conduit au maquis de Tramalao (commune de Bayons). Il fut tué lors de l’attaque du camp par le groupe de chasse allemand du capitaine Staudacker et des éléments de la 8e compagnie Brandebourg, le 26 juillet 1944. Il fut inhumé avec ses camarades au cimetière de Bayons. Une stèle a été érigée à la mémoire des vingt quatre tués sur les lieux du drame.
Il obtint la mention "mort pour la France".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23399, notice DUPORT Émile par Yves Le Maner, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 12 mai 2016.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Dép. Pas-de-Calais M 177 (avec photographie), M 179, M 182, M 2373, M 2396, M 5142, M 5221, M 5304 et M 5417. — Le Congrès de Tours, édition critique, op. cit. — Le Communiste du Pas-de-Calais, 27 mars 1921. — Bulletin Communiste, 9 novembre 1922. — J.-M. Lemaire, mémoire de maîtrise, op. cit. — Enquête orale réalisée à Annezin-les-Béthune en 1978. — Renseignements Jean-Marie Guillon.— État civil du Xe arr. de Paris.

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