DU SOUICH Guy

Par Didier Bigorgne

Né le 7 juillet 1922 à Frénois (Ardennes), mort le 12 avril 2008 à Sedan (Ardennes) ; employé au MRU, maçon, puis ouvrier d’usine, instituteur ; résistant et militant communiste, secrétaire fédéral de l’UJRF des Ardennes (1945-1950), membre du conseil national (1948-1950), membre du bureau fédéral du PCF des Ardennes (1950-1971) ; conseiller municipal de Sedan (1965-1977).

Fils d’un employé de bibliothèque au ministère de la Guerre à Paris et d’une mère au foyer, aînée d’une famille de neuf enfants, Guy Du Souich naquit chez ses grands-parents maternels dans le village de Frénois, proche de Sedan. En 1927, ses parents, qui avaient adhéré au Parti communiste après le congrès de Tours, quittèrent la banlieue parisienne où ils résidaient à Bécon-les-Bruyères pour s’installer définitivement à Frénois. Guy Du Souich poursuivit ses études jusqu’à la classe de 5e au collège Turenne de Sedan. L’état de santé de son père, qui avait combattu pendant quatre années dans les tranchées lors de la Première Guerre mondiale, se dégrada au point qu’il dut renoncer à son travail. Afin de soulager la famille exposée à des difficultés financières, un oncle plus aisé se chargea de payer les études du jeune Guy Du Souich qui fréquenta alors le collège Saint-Joseph des jésuites de Reims de la classe de 4e à celle de seconde.

En septembre 1939, Guy Du Souich était, avec ses parents, en vacances chez son oncle aux Sables-d’Olonne. Tout en poursuivant ses études à La Roche-sur-Yon où il réussit le baccalauréat de mathématiques élémentaires, il fit la rencontre de jeunes communistes pendant la guerre. Après avoir tenté en vain d’embarquer sur un thonier pour gagner l’Angleterre, il se livra à quelques actions de résistance aux Sables d’Olonne : inscriptions sur les murs de la ville, fabrications de croix de Lorraine et attaque d’une vitrine du local du Rassemblement national populaire de Déat qui fit la une du journal régional Le Phare. À la rentrée scolaire d’octobre 1942, Guy Du Souich fréquenta le lycée Stanislas à Paris pour préparer le concours d’entrée à l’École centrale. Après le vote de la loi instituant le STO, il interrompit ses études en mars 1943 pour rentrer dans les Ardennes où il obtint un poste d’instituteur à Messincourt. Réquisitionné pour aller travailler en Allemagne le mois suivant, il passa dans la clandestinité en gagnant le département des Deux-Sèvres ; il participa aux travaux agricoles dans une métairie près de Saint-Maixent. En juin 1944, il rejoignit un bataillon de marche FFI du Maine-et-Loire avec lequel il délivra le pays de Loire.

De retour dans les Ardennes en novembre 1944, Guy Du Souich travailla comme maçon dans le bâtiment. En 1945, il adhéra à l’Union de la jeunesse républicaine de France et au Parti communiste. Il occupa très vite des responsabilités dans les deux organisations. À la fin de l’année 1945, il devint secrétaire fédéral pour les Ardennes de l’UJRF et siégea au conseil national à partir de 1948. Il remplit ces deux fonctions jusqu’en 1950. Lors de la 9e conférence départementale du Parti communiste qui se tint les 14 et 15 juin 1947, il fut élu membre du comité fédéral. Il le demeura jusqu’à la 12e conférence fédérale des 18 et 19 mars 1950 qui le désigna membre du bureau fédéral ; il conserva cette responsabilité jusqu’à la 26e conférence fédérale des 13 et 14 novembre 1971.

Pendant toutes ces années, Guy Du Souich eut une vie de militant. Il mena d’abord une vive campagne contre la guerre d’Indochine dans le journal communiste Liberté qui relatait chaque semaine les atrocités qui y étaient commises. Déjà condamné le 30 novembre 1949 à cinquante mille francs d’amende pour avoir dénoncé les mauvais traitements infligés aux soldats de la caserne Dumerbion à Mézières et appelé les jeunes Français à ne pas faire la guerre contre l’Union soviétique, il fut arrêté en juin 1950 après avoir bousculé les gendarmes afin de délivrer son camarade Marcel Noiret. Le 26 juillet, il fut condamné à trois mois de prison ferme et cinq ans de privation des droits civiques, pour rébellion à agents et injures à magistrats. Incarcéré à Charleville pendant un mois et demi, il fut transféré le 18 août suivant à la prison Charles III de Nancy après que la cour d’appel eut confirmé sa condamnation. Libéré le 18 octobre 1950, il fut accueilli par une imposante manifestation à son arrivée en gare de Sedan.

Guy Du Souich, qui avait été embauché en janvier 1946 au ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme à Mézières en qualité de dessinateur-projeteur avant de devenir agent technique, puis secrétaire de l’architecte en chef, fut suspendu de ses fonctions au moment de son arrestation. Malgré l’avis favorable de réintégration prononcé à l’unanimité, le 12 décembre 1950, par le conseil de discipline, il fut définitivement révoqué sur décision du ministre Claudius Petit*. Vint alors le temps des petits boulots : permanent à la fédération des Ardennes du Parti communiste, maçon jusqu’en janvier 1952, manœuvre aux Aciéries de Longwy à Sedan. Il exerçait ce métier quand il épousa Odette Lambert, employée de mairie et nièce du dirigeant communiste Lucien Sampaix* fusillé par les Allemands, le 4 octobre 1952 à Sedan ; de cette union naquirent trois enfants, une fille et deux garçons. Avec l’amnistie générale de 1953, Guy Du Souich retrouva ses droits civiques. Il entra de nouveau dans l’Éducation nationale en novembre 1953, en qualité d’instituteur.

Secrétaire de la section communiste de Sedan de 1954 à 1971, Guy Du Souich fut une figure emblématique du pays sedanais pendant une trentaine d’années. Élu conseiller municipal de Frénois à la Libération, il conserva son siège jusqu’à la fusion avec la ville de Sedan en 1965. Aux élections des 14 et 21 mars 1965, il fut élu conseiller municipal de Sedan, avec deux de ses colistiers communistes. Réélu sur une liste d’Union de la gauche le 21 mars 1971, il siégea à l’assemblée communale jusqu’en mars 1977.

Dans le même temps, Guy Du Souich représenta son parti à trois reprises aux élections pour le conseil général dans le canton de Sedan-Sud. En 1955, il obtint 1 474 voix sur 10 927 inscrits et 5 264 votants au premier tour ; malgré le maintien du candidat socialiste, il rassembla 1 987 suffrages sur 6 220 votants au scrutin de ballottage. Le 4 juin 1961, il arriva en tête avec 1 473 voix sur 11 987 inscrits et 6 629 votants ; il échoua au second tour en réunissant 2 328 suffrages sur 6 554 votants. Enfin, il recueillit 1 915 voix sur 12 247 inscrits et 6 384 votants le 24 septembre 1967, mais les 2 769 suffrages sur 7 027 votants obtenus au scrutin de ballottage furent insuffisants pour battre son concurrent de droite.

Guy Du Souich fut aussi le candidat du Parti communiste à quatre reprises pour les élections législatives dans la 3e circonscription de Sedan-Vouziers. À chaque scrutin, il échoua au premier tour. Le 23 novembre 1958, il obtint 5 925 voix sur 52 772 inscrits et 42 445 votants. Le 18 novembre 1962, il recueillit 5 499 suffrages sur 52 213 inscrits et 37 144 votants. Il réalisa son meilleur score le 5 mars 1967, avec 7 428 voix sur 51 989 inscrits et 42 274 votants, soit un gain de plus de 3 % des suffrages exprimés. Le 23 juin 1968, il réunit 6 342 voix sur 51 641 inscrits et 41 680 votants.

Après une maladie pulmonaire qui l’éloigna de la vie professionnelle et militante durant les années 1970-1971, Guy Du Souich partit à la retraite en 1977. Jusqu’à son décès en 2008, il resta membre du Parti communiste et milita à la cellule du quartier de Frénois à Sedan.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23531, notice DU SOUICH Guy par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 11 janvier 2021.

Par Didier Bigorgne

SOURCES : Arch. Dép. Ardennes, 3M5, 7, 8, et 9. — Arch. PCF. — Liberté, 23 septembre et 21 octobre 1950. — L’Humanité-Dimanche, 1967 et 1968. — Presse locale. — Témoignage de l’intéressé.

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