VILLARD Lucien, Joseph

Par Yves Redon

Né le 24 juillet 1940 à Saint-Romain-en-Jarez, (Loire) ; fonctionnaire des PTT ; militant à la CFTC puis à la CFDT, secrétaire du syndicat CFDT-PTT du Rhône, permanent à l’Union départementale CFDT du Rhône.

Fils de Jean-Antoine Villard et de Lucienne Raucaz, Lucien Villard était le quatrième d’une fratrie de dix enfants, nés entre 1937 et 1952, composée de sept garçons et trois filles dont deux furent religieuses. Son père, issu d’une très ancienne famille d’agriculteurs de Saint-Romain-en-Jarez, remontant au XVIIème siècle, menait les travaux de sa ferme tout en étant très engagé au sein de la Mutuelle agricole dont il fut le responsable délégué et en militant au sein de la Jeunesse agricole catholique (JAC). Il fut maire-adjoint de sa commune de Saint-Romain-en-Jarez. Dans cette famille très catholique pratiquante, sa mère s’occupait du ménage tout en veillant à l’éducation des enfants.

Lucien Villard obtint son certificat d’études primaires en 1952 et le certificat d’études agricoles en 1954. A quinze ans, à travers la Jeunesse agricole catholique (JAC). il découvrit le militantisme. A 16 ans, il entra dans la vie active en tant qu’auxiliaire des PTT et exerça à mi-temps comme facteur remplaçant, à pied ou à vélo, sur sa commune de Saint-Romain-en-Jarez, après être allé chercher le courrier chaque jour à Saint-Genis-Terrenoire (Loire), devenue la commune de Génilac. Il réussit ensuite le concours départemental de préposé mais dut faire son service militaire avant d’être nommé.

Appelé sous les drapeaux en 1960, il commença son service à Sathonay-Camp (Ain puis Rhône) pendant quatre mois puis à la caserne de recrutement de la Part-Dieu à Lyon (Rhône) durant dix mois. Il fut ensuite muté à la Trésorerie des Armées à Colomb-Bechar (Algérie) d’où, tous les mois, il partait en avion pour Alger pour percevoir l’argent destiné au fonctionnement des casernes de Colomb-Béchar et de son secteur jusqu’au Centre d’essais nucléaires français de Reggane.

Réintégrant la vie civile, après vingt-sept mois de service militaire, il fut nommé le 6 octobre 1962 comme préposé-conducteur stagiaire à Rive-de-Gier (Loire) où il effectua des remplacements dans les bureaux de poste des environs. Titularisé en 1963, il fut nommé sur une tournée motorisée à la poste de Grand-Croix (Loire) où il resta jusqu’en 1969.

En 1962, Lucien Villard adhéra à la CFTC des PTT, participa aux débats internes et se battit pour l’évolution de la CFTC en CFDT lors du Congrès de 1964 ; il suivit cette année-là son premier stage de formation syndicale et intégra le Conseil syndical PTT de la Loire ; il vivra les évènements de 1968 dans ce département en faisant le tour des usines pour appeler au débrayage.

Réussissant le concours d’agent d’exploitation du Service général, commun à la Poste et aux Télécommunications, en 1969, il fut nommé à Lyon au Centre-télécom de Lyon Ampère dans le IIe arrondissement. Suite à une altercation avec un surveillant, en 1970, sa convocation par le chef de Centre pour un avertissement déclencha un mouvement spontané de grève pour faire lever la sanction.

Il fut rapidement intégré dans le Conseil syndical, puis au Bureau de la CFDT-PTT du Rhône dont le Secrétariat départemental était assumé par Charles Sauvage et le Secrétariat régional par Jean Auclair. A la même époque, il fut élu administrateur au Conseil d’administration du restaurant administratif de Lyon-Ampère où la CGT était majoritaire et les relations entre les deux syndicats étaient alors bonnes.

Prenant des responsabilités, Lucien Villard fut élu, en 1972, secrétaire départemental du Syndicat CFDT-PTT du Rhône. L’inquiétude était grande aux PTT portant sur les menaces de privatisation, le maintien de l’unité Poste-Télécommunications, la modernisation et ses conséquences, les salaires, le statut de la Fonction Publique, les suppressions d’effectifs, l’arrêt des recrutements d’auxiliaires et leur titularisation et des licenciements. Un grand conflit éclata en 1974 et dura du 17 octobre au 2 décembre. Lucien Villard tint un rôle déterminant dans l’implication de la CFDT, l’impulsion du mouvement, l’animation de la grève par des manifestations et prises de parole quotidiennes à la Bourse du travail de Lyon, avec la mobilisation totale des membres du Bureau départemental qu’il pilotait.

En 1975, il fut détaché pour devenir permanent de l’UD CFDT du Rhône où il rejoignit Michel Portay, alors Secrétaire général, Michèle Bertucat, Lucien Chavot et Louis Bouillet. Intéressé par les questions de formation, il avait suivi entre 1970 et 1976 plusieurs sessions de responsables et deux sessions d’analyse marxiste. Il eut la responsabilité d’animer au sein de l’UD le secteur de la formation (participant à l’animation des sessions) et celui de la protection sociale. Il fut, de plus, chargé de suivre les luttes en cours et d’y apporter le soutien de l’UD. Il vécut de l’intérieur les grandes divergences entre l’Union régionale interprofessionnelle Rhône-Alpes dirigée par Pierre Héritier et la Confédération CFDT avec son secrétaire général Edmond Maire. Issu de la Loire, il se positionnait à gauche de la Confédération, du côté de Pierre Héritier.

Lucien Villard réintégra les PTT le 1er septembre 1979 aux Télécom de Lyon Ampère, participa et anima les actions en faveur des auxiliaires menacés dans leur emploi par la création des Agences commerciales des Télécom (Actel) dont il avait la charge syndicalement. En octobre 1985, suite à l’automatisation du téléphone et à l’évolution des services, il fut nommé chef de Section puis collaborateur de second niveau à l’Actel de Lyon Croix-Rousse.

Parallèlement, au cours des années quatre-vingt, il fut mandaté comme administrateur CFDT à la première circonscription de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM). Lors des commissions d’aides individuelles de la CPAM, au fil des années, il déplora le remplacement de chefs d’entreprise par de hauts cadres au sein de la délégation patronale, lié à l’évolution de la société et la domination des grandes entreprises, ce qui entraînait des séances plus tendues et la recherche de solutions partagées plus difficile.

En 1996, Lucien Villard bénéficia d’une cessation progressive d’activité, puis d’une dispense de service à compter du 1er février1997.

Son implication politique l’avait conduit à adhérer au PSU dans la Loire en 1967. En 1974, il quitta le PSU pour rejoindre le PS à l’occasion des Assises du socialisme.

En retraite effective depuis 2000, ce grand amateur de chant participa activement à la chorale de sa ville de Rillieux-la-Pape (Rhône), continua les randonnées pédestres dans le Club dont il fut le président durant huit ans, favorisant avant tous les moments conviviaux d’amitié, l’organisation de Rando-Téléthon et participa à la vie de sa commune par son implication au sein du Centre communal d’action sociale (CCAS).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article237841, notice VILLARD Lucien, Joseph par Yves Redon, version mise en ligne le 31 janvier 2021, dernière modification le 26 avril 2022.

Par Yves Redon

Lucien Villard lors du conflit des PTT en 1974
Lucien Villard lors du conflit des PTT en 1974

Sources :
Arch. départementales du Rhône, Lucien Villard, Compte-rendu de la grève nationale PTT de 1974, Actes de la 4° journée d’étude séminaire du 25 novembre 2016 organisée par l’UD CFDT du Rhône, supplément au Retraité du Rhône CFDT, n°236, avril 2017. — Entretiens de Mario Viviani et Yves Redon avec Lucien Villard les 15 mars et 20 novembre 2019.

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