TOLLET André, Charles, Adrien

Par Serge Wolikow

Né le 1er juillet 1913 à Paris (XIVe arr.), mort le 24 décembre 2001 à Paris (XVe arr.) ; tapissier ; militant syndicaliste CGTU, puis CGT, secrétaire du syndicat des tapissiers, secrétaire de l’Union régionale parisienne ; militant JC puis communiste ; résistant ; président du Comité parisien de Libération ; président du Musée national de la Résistance à Ivry-sur-Seine puis à Champigny-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne).

André Tollet
André Tollet

Fils de petits commerçants, André Tollet quitta l’école à l’âge de treize ans pour devenir apprenti tapissier. Il adhéra en 1928 à la CGTU puis aux Jeunesses communistes. Ayant pris part à des grèves, il dut changer souvent d’entreprise pour terminer son apprentissage. En 1929, il fut coopté au conseil syndical qui luttait pour l’augmentation du tarif. Responsable des jeunes et notamment des apprentis, il organisa l’action, souvent directe, pour dissuader les patrons de les faire travailler le samedi. Élu en mai 1931 à la commission exécutive de la Fédération nationale unitaire de l’Industrie du Bois, il appartint également à la direction de la 20e Union régionale de la CGTU (région parisienne) et à la 4e Entente des Jeunesses communistes. Il participa à l’organisation des manifestations qui, de 1929 à 1931, se voulaient originales dans le cadre de l’orientation « classe contre classe ». Selon son témoignage, André Tollet se souvient de cette ligne « d’action directe » et « du groupe de la jeunesse dont les pancartes, fort nombreuses, concrétisaient le principe selon lequel la qualité du mot d’ordre se mesurait à la grosseur du manche ! ».

Convoqué en 1933 pour faire son service militaire, Tollet fut réformé au bout d’un mois. Ayant retrouvé sa place au secrétariat des JC de Paris, il fut présent dans la rue, le 6 février 1934, après la suspension du congrès des JC qui se déroulait à Ivry-sur-Seine (Seine). Le 9, il était à la tête d’un cortège qui partit de la Nation et affronta les forces de police place Voltaire.

À la fin de 1934, il partit à Moscou — où il arriva huit jours après l’assassinat de Kirov — pour y représenter les jeunes de la CGTU à l’ISR. Il eut aussi l’occasion de participer au travail de l’ICJ. Durant le premier semestre de 1935, André Tollet fut mêlé aux discussions qui, notamment dans le secrétariat latin, portaient sur la politique de Front populaire. Celle-ci suscitait des résistances persistantes surtout chez certains dirigeants, tel Tchemodanov, qui, selon le témoignage de Tollet, le lui manifestaient concrètement : il était soit convoqué à des réunions qui étaient annulées soit refoulé faute d’avoir le bon laissez-passer. Il assista aux congrès de l’ICJ et de l’IC qui entérinaient la nouvelle orientation du Front populaire. Il remarqua le changement d’ambiance qui se produisit alors autour des Français qui travaillaient à l’IC Au cours de l’année 1935, il fit un bref séjour à Paris pour mettre sur pied une conférence européenne des jeunes syndiqués avant de rentrer définitivement en France à la fin de l’année.

Ayant repris son travail de tapissier, André Tollet fut l’un des secrétaires de l’Union régionale CGT lors des grèves de mai et juin 1936. En tant que responsable du syndicat des tapissiers, il organisa des arrêts de travail dans les ateliers du faubourg Saint-Antoine. Il abandonna sa profession pour devenir définitivement permanent à l’Union régionale parisienne, assumant les fonctions de secrétaire jusqu’en 1939.

Durant cette période, Tollet fut également secrétaire du Comité de Front populaire de la région parisienne où il représenta l’Union régionale CGT Pendant l’hiver 1937-1938, il se rendit en Espagne, officiellement au nom de la CGT, pour convoyer des camions jusqu’à Albacete, base de la 14e Brigade internationale
Lors de la signature du Pacte germano-soviétique, André Tollet se trouvait à Paris. Réformé, seul secrétaire de l’Union départementale, il tenta de mettre sur pied une organisation clandestine. Il échappa à une première arrestation le 5 novembre 1939 lors de la fermeture de la Maison des syndicats. Il continua d’avoir une activité illégale mais rappelé par l’armée, il fut mobilisé à Orléans en janvier 1940 avant d’être envoyé à Toulouse. Démobilisé en août, il rentra à Paris où pendant quinze jours il vécut légalement chez lui. Ayant repris contact avec Eugène Hénaff* , il constitua avec ce dernier et Henri Gourdeaux* le triangle de direction communiste de la région parisienne, en relation avec Benoît Frachon* , pour constituer des comités populaires. Arrêté le 16 octobre 1940, emprisonné à la Santé, il fut condamné à quinze mois de détention pour propagande illicite et reconstitution d’organisation dissoute. André Tollet fut ensuite transféré à Fresnes en décembre où il purgea sa peine. Libéré, il fut interné administrativement au camp de Rouillé puis transféré à Compiègne en février 1942. Là, sous la direction de Georges Cogniot*, il participa à la préparation d’une évasion qui réussit le 21 juin 1942 grâce au creusement d’un souterrain. Après un bref passage à Paris, il fut envoyé à Rouen par l’organisation clandestine du PCF. Il y resta comme responsable politique départemental jusqu’à la fin de 1942, date à laquelle il fut rappelé à Paris où il arriva à Noël. Il dut prendre en charge le mouvement syndical parisien et renouer les contacts amorcés depuis un an en vue d’une réunification syndicale mais qui avaient été interrompues à cause de ses arrestations.

Grâce à la Fédération du Bois, André Tollet reprit contact avec Louis Saillant* et représenta Benoît Frachon dans les discussions en vue de l’unification syndicale. Il fut l’un des signataires des accords du Perreux qui, en mai 1943, reconstitua la CGT unifiée dont il fut désormais un responsable confédéral. Parallèlement il forma un bureau clandestin des syndicats de la région parisienne qui coordonna toutes les actions. Avec Joseph Epstein* , il organisa des sabotages en relation avec les FTP et participa au triangle de direction régional avec André Carrel* et Raymond Bossus*. Au cours de l’automne 1943, il fut chargé de conduire des pourparlers pour créer une organisation regroupant les différentes forces résistantes de Paris. Il engagea alors des discussions avec de Voguë et des représentants des différentes forces du CNR. En octobre 1943, en raison de sa représentativité syndicale, il devint président du Comité parisien de Libération lorsque celui-ci se constitua. A ce titre, il joua un rôle dirigeant dans la préparation et l’organisation de la grève insurrectionnelle d’août 1944.

Après la libération de Paris, André Tollet, délégué du Front national à l’Assemblée consultative provisoire, s’installa, en tant que président du Comité parisien de libération, à l’Hôtel de ville où il assura les fonctions du président du conseil municipal et celles du président du conseil général de la Seine. Il intervint notamment dans la direction des services administratifs et dans la nomination des nouveaux maires. Quand, ensuite, le rôle du CPL diminua, il en resta président mais consacra l’essentiel de son temps à l’activité syndicale puisqu’il fut élu secrétaire confédéral de la CGT avec comme triple responsabilité, la jeunesse, la MOI et les questions coloniales. Il multiplia dès lors les voyages en Afrique où il s’efforça de contribuer à organiser des structures syndicales.

En 1951, André Tollet fut écarté de la direction confédérale. Il reprit ses activités syndicales au niveau de la région parisienne. Il continua à animer le secrétariat de l’Union départementale jusqu’en 1959 avant d’être, au cours des années soixante, responsable à Prague, pour le compte de la FSM, de l’Afrique et du Moyen-Orient. Continuant d’entretenir de nombreux contacts avec les organisations de la Résistance à l’occasion des cérémonies anniversaires de la Libération, Tollet fut en 1992 l’animateur et le président du musée de la Résistance nationale installé provisoirement à Ivry-sur-Seine puis dont le siège fut, à partir de 1985, à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).

Il s’était marié le 3 octobre 1933 à Paris (XIIIe arr.) avec Frejda Strykowska et le 22 octobre 1973 à Paris (XIXe arr.) avec Tsuyako Hayashi.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24450, notice TOLLET André, Charles, Adrien par Serge Wolikow, version mise en ligne le 5 février 2009, dernière modification le 30 janvier 2019.

Par Serge Wolikow

André Tollet
André Tollet
Frejda Strykowska et André Tollet
Frejda Strykowska et André Tollet
Fiche de police de l’Occupation.

ŒUVRE : André Tollet, La Classe ouvrière dans la Résistance, Messidor-Éd. sociales, 1984 ; Le Souterrain, Messidor-Éd. sociales, 1986. — La traversée de Paris, propos recueillis par Claude Lecomte, VO éditions, 2002.

SOURCES : Entretien avec André Tollet, juin 1992. — Arch. RGASPI, Moscou, 495/270/81 et 495/270/31. — Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, 49 J (Union des syndicats ouvriers de la région parisienne). — L’Humanité, 25 et 26 décembre 2001, 2 janvier 2002. — « André Tollet, courage et fidélité en héritage », Notre musée, revue de l’Association du Musée de la Résistance nationale, n° 161, février 2002. – Charles Riondet, Le Comité parisien de la Libération 1943-1945, PUR, 2017. — État civil du XIVe arrondissement de Paris.

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