FROIDEVAL Raymond, Léonce, Saturnin

Par Michel Dreyfus, Patricia Toucas

Né le 5 décembre 1897 à Roye (Somme), mort le 19 juillet 1978 à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) ; ouvrier serrurier ; syndicaliste CGT et militant socialiste SFIO et coopérateur, secrétaire de la Chambre parisienne syndicale de la serrurerie ; directeur du cabinet de René Belin, ministre de la Production Industrielle et du Travail du gouvernement de Vichy.

Raymond Froideval naquit le 5 décembre 1897 à Roye (Somme), d’une mère femme de ménage et d’un père facteur, syndiqué, mutualiste et libre penseur. Après son apprentissage de serrurier, il travailla dans la région parisienne et adhéra au syndicat des serruriers. Mobilisé en août 1916, il reprit à Beauvais, en septembre 1919, son métier de serrurier et devint secrétaire du syndicat CGT du bâtiment de Beauvais et de l’Union locale.

Après un court passage au Parti communiste, il adhéra en 1923 à la SFIO et à la franc-maçonnerie. De retour à Paris, il fut, de 1924 à 1936, secrétaire de la Chambre syndicale de la serrurerie et secrétaire régional des syndicats confédérés du bâtiment, et il entra à la commission administrative de la CGT en 1931. Il créa le journal, Le Bâtiment syndicaliste et y défendit « un syndicalisme constructif » fondé sur l’éducation professionnelle. Considéré comme le spécialiste syndical en matière de formation professionnelle, il fut, de 1926 à 1944, inspecteur régional à la Direction générale de l’Enseignement technique et il créa en 1929, avec la Chambre consultative des Associations ouvrières de production et Edmond Briat, l’Union des syndicats et des coopératives pour l’apprentissage dans le bâtiment (USCAB), dont il assura la direction jusqu’en 1944. De 1931 à 1936, il représenta la CGT au Conseil national économique. Lors de la réunification de 1936, il entra à la commission exécutive de la Fédération du Bâtiment, mais il ne fut pas réélu en 1938, en raison de son engagement dans le journal pacifiste et anticommuniste Syndicats, dont il était administrateur. En 1938, il adhéra au mouvement Solidarité internationale antifasciste (SIA).

Devenu membre de la Confédération générale des sociétés coopératives ouvrières de production, il prit part, en 1937, à la création de la Caisse des Congés payés des coopératives ouvrières du Bâtiment, et fut, de novembre 1940 à août 1944, secrétaire général de la Chambre consultative des SCOP, appellation que leur Confédération avait été contrainte de reprendre. Il devint également administrateur de la Banque coopérative des sociétés ouvrières de production, ainsi que de la caisse de compensation (allocations familiales) et du dispensaire médico-social créés par la Confédération.

Mobilisé en 1939, Raymond Froideval devint en octobre chargé de mission au cabinet de Raoul Dautry, ministre de l’Armement, puis en juillet 1940 avec l’accord des administrateurs de la Confédération des SCOP, chef du cabinet de René Belin*, ministre de la Production industrielle et du Travail. Ses bons rapports avec ce dernier contribuèrent d’abord à atténuer certaines tensions entre le gouvernement de Vichy et le mouvement coopératif, mais il démissionna de cette fonction en février 1941. Cependant, il accepta d’être nommé membre du Comité d’organisation du bâtiment et des travaux publics en septembre 1941 et du Conseil supérieur de l’économie industrielle et commerciale en août 1943.

Raymond Froideval soutint la Charte du travail et fut pressenti en décembre 1943 pour le secrétariat d’État au Travail, ce qui creusa un fossé entre lui et le mouvement coopératif, qui lui avait demandé depuis deux ans de ne pas occuper de fonctions officielles susceptibles de compromettre la coopération ouvrière.

Exclu à vie de toutes les organisations syndicales et suspendu de son mandat de secrétaire général des SCOP en août 1944, révoqué de cette fonction en novembre 1944, Raymond Froideval fut condamné en 1947 à dix ans d’indignité nationale pour faits de collaboration, puis amnistié. Il lança en 1945, avec René Belin, la revue 4Front syndicaliste, bientôt remplacée par La Revue syndicaliste, placée sous le triple patronage de P.J. Proudhon, de Fernand Pelloutier et d’Albert Thomas. Durant la Guerre froide, il participa au Comité pour la liberté de la communication au sud de l’Europe, et il adhéra au Parti socialiste démocratique de Paul Faure. Il demeura jusqu’à sa mort, survenue le 19 juillet 1978 à Ivry-sur-Seine (Seine), secrétaire de la rédaction de Chantiers coopératifs, mensuel de la Fédération nationale des SCOP du BTP.

Marié le 14 août 1926 à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis), le 28 mai 1938 à Paris (Xe arr.) et le 19 novembre 1959 à Paris (XVIe arr.), Raymond Froideval était père de deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24635, notice FROIDEVAL Raymond, Léonce, Saturnin par Michel Dreyfus, Patricia Toucas, version mise en ligne le 19 février 2009, dernière modification le 5 juin 2009.

Par Michel Dreyfus, Patricia Toucas

ŒUVRE : Préface à Georges Hoog, La Coopération de production, origine et institutions, Paris, PUF, 1942. — Préface à Louis Maigret, Ce qu’un coopérateur de production doit savoir, Paris, Imprimerie l’Émancipation, 1942. — Préface au Code de la famille, Paris, Imprimerie nouvelle, 1942. — La Coopération ouvrière de Production et la guerre, s.d. [1945 ?]. — Mémoires inédits.

SOURCES : Arch. Nat., F7/13647 et F7/13652. — Arch. PPo., Ba 1686, PPo. 300, rapport de février 1935, rapport de décembre 1932. — Arch. J. Maitron. — Comptes rendus des congrès de la CGT 1925, 1929 et 1935. — Le Franc parleur de l’Oise, 15 juillet 1920. — Le Travailleur du Nord-Est, 29 septembre 1923. — Le Travailleur parisien, 1930-1934. — Le Patriote de l’Oise, 31 mai 1947. — Les Études sociales et syndicales, octobre 1978, article de G. Lefranc. — Georges Lefranc, Les Études sociales et syndicales, octobre 1978. ― Notice par Jean-Luc Pinol DBMOF, op. cit. ― Sylvie Esther Zaidman, Les SCOP en France … op. cit. ― Laurent Lasne, Une épopée coopérative dans le siècle. Histoire de la société des ouvriers plombiers, couvreurs zingueurs de Limoges, Limoges, Scopedit, 1998, p. 168. ― Notes de Gilles Morin. État civil de Roye (Somme). — Des archives Froideval ont été versées aux Archives nationales.

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