BRIÈRE Sylvain, Lucien

Par Nicolas Simonpoli

Né le 21 novembre 1959 à Dieppe (Seine-Maritime) ; cheminot ; syndicaliste CGT, secrétaire du collectif technique des agents de conduite du secteur CGT de Normandie, secrétaire général du secteur CGT de Normandie (1996-2000), membre du bureau de la Fédération CGT des cheminots (1998-2009), secrétaire du CCE SNCF (2002-2009) ; militant communiste.

Sylvain Brière lors d’une intervention dans la fosse du pont transbordeur au dépôt de Sotteville, hiver 1995.
Sylvain Brière lors d’une intervention dans la fosse du pont transbordeur au dépôt de Sotteville, hiver 1995.
[Droits réservés. Coll. Brière, IHS-CGT cheminots]

Sylvain Brière grandit dans une famille imprégnée par la vie cheminote et assurée de l’importance de l’engagement syndical. Son père, Marcel Brière, syndiqué à la CGT, était agent à l’Exploitation à la SNCF. Sa mère, Thérèse Cavecin, elle-aussi syndiquée à la CGT, était femme de ménage. La fratrie comptait trois fils dont Sylvain était le benjamin. La famille déménagea au gré des affectations du père. Titulaire de l’examen de facteur, celui-ci fut promu dans l’agglomération rouennaise en 1960. Après avoir vécu à Dieppe (Seine-Maritime), la maisonnée s’installa dans le centre ville de Rouen (Seine-Maritime) puis dans la cité cheminote de la rue Césaire Levillain sur la rive gauche de Rouen. Ce fut là que Sylvain découvrit la sociabilité et la solidarité cheminote. La culture syndicale était aussi bien ancrée au sein du cercle familial. Elle était notamment attachée à la figure du grand-père paternel de Sylvain qui, ouvrier boulanger, assura des permanences à l’Union locale CGT de Dieppe (Seine-Maritime) après la Seconde guerre mondiale.

Sylvain Brière effectua sa scolarité à Rouen (Seine-Maritime). En 1973, il obtint son Certificat d’études primaires à l’école élémentaire Honoré de Balzac puis, deux ans plus tard, son BEPC au collège Albert Camus. Il entra ensuite en apprentissage au centre d’instruction professionnelle SNCF des ateliers du Matériel de Quatre-Mares à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). En juin 1977, il y obtint un CAP de mécanicien d’entretien. Pendant quelques mois, il prolongea sa formation d’ouvrier du Matériel au Mans (Sarthe) puis à la Traction à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). Son objectif fut alors d’intégrer la formation de conducteur afin de devenir agent de conduite. La SNCF proposait aux apprentis de les intégrer à la formation Traction au terme de leur service militaire. Aussi, après avoir exercé en qualité d’agent d’accompagnement des trains (AICR) de novembre 1977 à mars 1978, Sylvain Brière devança l’appel sous les drapeaux. En mai 1979, revenu du service national, il débuta la formation d’élève conducteur de train. Après une succession d’examens écrits et oraux, celle-ci fut définitivement validée en décembre 1980. En janvier 1982, Sylvain Brière fut promu élève conducteur de route (ELCR). Le dépôt de Sotteville étant majoritairement dédié au transport du fret, notamment en connexion avec les ports de Rouen et du Havre (Seine-Maritime), le roulement de Sylvain comporta essentiellement la conduite de trains de marchandises. Chaque nuit, il tractait des dizaines de milliers de tonnes de fret à destination des différentes gares de triage situées à proximité de la ligne Le Havre-Paris (Achères, Le Bourget, Valenton, Vaires, etc…). Par ailleurs, il conduisit également des trains de voyageurs, majoritairement des Express régionaux. En mai 1990, il devint conducteur de ligne (CRL) puis, à compter de 1995, conducteur de ligne principal (CRLP). Ce fut à ce grade, alors qu’il était en service libre, qu’il prit sa retraite en novembre 2009.

En janvier 1978, Sylvain Brière adhéra à la Fédération CGT des cheminots. Au dépôt de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), les conducteurs étaient aussi représentés par la FGAAC et la CFDT mais l’influence familiale porta Sylvain vers les militants cégétistes. En son temps, son père lui avait raconté la combativité des agents de conduite de l’organisation, tel André Babin, qui menèrent la lutte lors des grèves de l’été 1953. Il retrouva cet état d’esprit combatif chez Marcel Philippe, Lucien Lequernec, Jean-Pierre Merrien et Dominique Scour, représentants des agents de conduite CGT à Sotteville.

Dès le milieu des années 1980, Sylvain Brière s’investit dans plusieurs responsabilités syndicales. D’abord au niveau de son établissement et de la région normande. Ainsi, de la fin des années 1980 à 1995, il fut membre de la section technique des agents de conduite du dépôt de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime) puis de la région Normandie, mais aussi, membre de la Commission exécutive puis secrétaire à l’Organisation (1992-1995) du syndicat CGT des cheminots de Sotteville. En janvier 1996, sur la sollicitation de Georges Lanoue et Bernard Thibault, il prit la succession de Daniel Vézie à la tête du secteur fédéral CGT des cheminots de Normandie, fonction qu’il exerça jusqu’en septembre 2000. Au moment d’accepter cette responsabilité, il posa comme condition sine qua non de continuer à exercer son métier de conducteur. Pendant quatre ans, Sylvain Brière assuma le mandat de secrétaire général du secteur tout en continuant à assurer son roulement deux week-ends par mois. Toutefois, à compter de janvier 1999, la charge de l’activité syndicale associée aux impératifs de la vie de famille, le conduisirent à accepter d’être placé en service libre permanent. En parallèle de ses activités au sein du syndicat et du secteur régional, il fut également élu dans différentes instances de la SNCF. De 1984 à 1996, il fut délégué du CHSCT du dépôt de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime) puis, de 1996 à 2002, représentant syndical CGT puis délégué au Comité d’établissement SNCF de la région Normandie de 2002 à 2009.

À partir de la fin des années 1990, Sylvain Brière exerça des responsabilités au niveau national. Tout d’abord, de 1998 à décembre 2009, il fut membre du bureau de la Fédération CGT des cheminots où il fut notamment chargé, de 2000 à 2002, de la Communication fédérale qui impliquait la direction de La Tribune des Cheminots et du Courrier du cheminot, organes de presse de la fédération. À cette responsabilité, il fit en sorte de renforcer l’attractivité de la presse fédérale. Les permanents fédéraux se souvinrent longtemps de son intransigeance à propos du respect du nombre de signes des articles publiés ou de sa vigilance à propos de l’orthographe du nom de Pierre Semard. Ensuite, de 2002 à 2009, il fut élu secrétaire du Comité central d’entreprise de la SNCF en remplacement de Thierry Roy. Il s’y attacha à défendre les prérogatives économiques du CCE et le développement de ses activités sociales, culturelles et sportives. Il participa notamment, en octobre 2004, à l’organisation d’un colloque axé sur le fret ferroviaire qui se tint au Palais d’Iéna et, en avril 2005, finalisa le projet de maison familiale cheminote à Calvi en Corse. En sa qualité de secrétaire du CCE, il suivit également le déroulement des enquêtes du Maitron dédiées aux militants cheminots. Ce fut tout naturellement qu’il signa la postface du premier volume du dictionnaire Maitron des cheminots et la préface du cédérom Cheminots engagés. Au cours de ses huit derniers mois en responsabilité syndicale, il assuma le mandat de délégué syndical CGT du CE national Fret.

Afin d’assurer au mieux ses différentes responsabilités, il suivit différentes formations syndicales : le stage d’accueil (1982), CHSCT (1983 et 1985), de premier niveau (1986), deuxième niveau (1989), troisième niveau (1996 et 1997), communication (2000). Il fut par ailleurs instructeur ou directeur de nombreux stages : communication, organisation, CHSCT, etc.

Le parcours syndical de Sylvain Brière fut notamment marqué par deux grandes grèves. En premier lieu, celle de 1986-1987 où les cheminots s’opposèrent sur les modes d’organisation à adopter. Conflit difficile, il faisait suite à une lutte de plus de 40 jours menée par les agents du service intérieur du dépôt de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime). En second lieu, celle du grand mouvement social de l’hiver 1995. Encore une fois, Sylvain Brière vécut celui-ci aux côtés de ses camarades cheminots de la région rouennaise. La grève rassembla 80% des cheminots du secteur. Elle fut rythmée par le slogan du « Tous ensemble », le déchainement du fax ou les sifflets quotidiens des locomotives de Sotteville. Sylvain Brière fut l’une des figures locales de ce mouvement, portant la voix de la CGT dans les médias. Il témoigna de cette mobilisation dans plusieurs écrits dont l’ouvrage Voix Libres publié en 1997 par la Fédération CGT des cheminots. Dans ce volume, il se remémora la solidarité autour du brasero du piquet de grève mais aussi le soutien de sa famille qui lui permit de concilier, non sans difficultés, vie privée et vie militante lors de ce grand mouvement de grève.

Venu le temps de la retraite, Sylvain Brière continua à militer au sein de la section CGT des cheminots retraités de Sotteville dont il fut le secrétaire général à partir de 2010. À compter de cette date, il s’investit également dans le collectif des retraités de l’UL-CGT de Sotteville et ses environs.

En parallèle de son engagement syndical, Sylvain Brière fut également militant politique. En novembre 1989, il adhéra au Parti communiste français. Il s’investit essentiellement dans la cellule Luis Corvalan du dépôt SNCF de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime).

Enfin, il fut un militant associatif très investi au sein de la FCPE (1994-2003), de l’ONCF (depuis 1984), du CLEC/UAICF (depuis 2002), du comité de défense du triage de Sotteville (depuis 2010), CNR (depuis 2011), de l’association SOS Gares (depuis avril 2018), de l’IHS-CGT des Cheminots et de l’IHS-CGT de Seine-Maritime dont il fut un rédacteur régulier du journal Le fil rouge.

En octobre 1980, il se maria avec Nathalie Magnan, professeur de musique dans un conservatoire municipal et déléguée syndicale CGT. Le couple eut deux filles.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article251185, notice BRIÈRE Sylvain, Lucien par Nicolas Simonpoli, version mise en ligne le 27 septembre 2022, dernière modification le 27 septembre 2022.

Par Nicolas Simonpoli

Sylvain Brière lors d'une intervention dans la fosse du pont transbordeur au dépôt de Sotteville, hiver 1995.
Sylvain Brière lors d’une intervention dans la fosse du pont transbordeur au dépôt de Sotteville, hiver 1995.
[Droits réservés. Coll. Brière, IHS-CGT cheminots]
Portrait de Sylvain Brière paru dans Lo jornalet, journal du 39ème congrès fédéral, 2003.
Portrait de Sylvain Brière paru dans Lo jornalet, journal du 39ème congrès fédéral, 2003.
[Droits réservés. Coll IHS-CGT cheminots]

SOURCES : Arch. IHS-CGT des Cheminots. — Fédération CGT des Cheminots, Voix Libres. Le conflit des cheminots de novembre-décembre 1995, Éditions De L’atelier, 1997. — Notes de l’intéressé, avril 2022.

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