ETIENNE Léon, Adrien

Par Gérard Boëldieu

Né le 11 août 1922 à Amné-en-Champagne (Sarthe), mort le 2 mai 2005 au Mans (Sarthe) ; cheminot révoqué en mai 1954 ; secrétaire général (1953-1974) puis trésorier (1974-1984) de l’UD-CGT de la Sarthe, militant communiste de la Libération à 1989, membre du bureau fédéral de la Sarthe pendant quinze ans.

Léon Étienne était le quatrième enfant d’une famille qui en compta sept, quatre filles et trois garçons (dont un mort en bas âge). Son père, né à Mesle-sur-Sarthe (Orne), fils d’un palefrenier parisien, mutilé de la Première Guerre mondiale (trépané), fut instituteur public dans la Sarthe de 1919 à 1952, successivement à Vibraye, Amné-en-Champagne, Coulongé, Le Mans (école Dulac) en tant qu’adjoint, puis à Sablé comme directeur de l’école de garçons de 1941 à 1952, année de sa retraite. Sans militer politiquement et syndicalement, il avait des convictions politiques socialisantes qui évoluèrent vers le communisme dans les années d’après la Libération. Il mourut en 1987 dans sa 92e année. Sa mère, femme au foyer, fille d’un marchand de toile de Vibraye, était une nièce de l’ingénieur Lory, créateur en 1926 du prototype 1 500 cm3 Delage. Fermement laïque, le ménage ne fit pas baptiser ses enfants. Au moment de la guerre d’Espagne, Léon Étienne adhéra aux Jeunesses socialistes. Sous leurs couleurs, il participa à des défilés au Mans et à des manifestations. Sportif, il se fit alors remarquer en athlétisme (800 m, 1 000 m, cross).

Après l’obtention, à l’âge de douze ans, du certificat d’études primaires, préparé dans l’école de son père au Mans, Léon Étienne fut admis dans la section « commerciale » de l’École pratique de commerce et d’industrie de cette ville. Il la quitta au bout d’un an pour résultats insuffisants en comptabilité, sténo et dactylographie. Son point fort, la rédaction, se révéla être un atout dans sa vie militante future (il rédigeait articles et tracts avec facilité). Pendant deux ans, il fut commis-épicier chez Damoy, au Mans. Sous l’Occupation, requis pour le STO, il fut envoyé dans la Ruhr (aux usines Thyssen) où il resta sept mois. Revenu dans la Sarthe lors d’une permission, il se cacha à Saint-Jean d’Assé, chez son futur beau-père, et devint bûcheron dans la forêt toute proche de Mézières-sous-Lavardin.

À la Libération, reçu aux concours d’entrée dans la gendarmerie et à la SNCF, Léon Étienne opta pour cette dernière. Admis le 5 novembre 1945 comme auxiliaire, il y fut titularisé le 1er mars 1946. À cette époque (1945), il adhéra au Parti communiste, dont il se sentait proche depuis 1943, et à la CGT. Sa carrière de cheminot débuta à Rémalard-Bellou (Orne), où il fut facteur mixte de 1946 à 1950, puis à La Ferté-Bernard (Sarthe) en tant que facteur enregistrant et remplaçant de chef de gare. Militant politique et syndical, il occupa dans cette dernière localité les fonctions de secrétaire de la cellule communiste Henri-Martin et de trésorier du syndicat local CGT des cheminots.

C’est après avoir cédé aux instances de son collègue cheminot Robert Manceau, alors dirigeant départemental et député communiste de la Sarthe, que Léon Étienne fut porté au poste vacant de secrétaire général de l’UD-CGT de la Sarthe en avril 1953. Suite à une altercation avec un supérieur vers juillet 1953, il fut révoqué de la SNCF le 23 mai 1954. Devenu permanent syndical, résidant au Mans, il fut reconduit sans interruption dans les fonctions de secrétaire général de l’UD-CGT de la Sarthe jusqu’en 1974. Resté à son comité exécutif, il en devint ensuite le trésorier jusqu’en 1984. Après avoir suivi une école fédérale du PCF au cours de l’année 1953, il accéda au bureau fédéral de la Sarthe en mai de l’année suivante. Il y siégea pendant une quinzaine d’années tout en militant dans la section Le Mans-Ouest.

Responsable syndical de premier plan pendant une bonne trentaine d’années, Léon Étienne impulsa et anima dans la Sarthe la plupart des grandes luttes sociales entre 1953 et le début des années 1980 : par exemple, la grève du bâtiment au Mans en 1955, les actions contre des licenciements à l’usine Renault du Mans en octobre 1960, les grèves de 1968. En mai 1968, la grande grève avec défilé lancée par la CGT eut lieu le 28, et non le 29 comme au plan national, à cause du refus de Léon Étienne de remettre en cause une décision arrêtée localement. Ses fonctions de responsable cégétiste l’amenèrent en outre à jouer un rôle actif dans diverses instances locales aux côtés de communistes et de compagnons de route : le comité contre la CED, divers comités contre la guerre d’Indochine puis contre la guerre d’Algérie, le Comité de défense des institutions républicaines de la Sarthe qu’il co-fonda le 27 mai 1958. Au sein du Comité d’action laïque de la Sarthe il s’opposa à la loi Debré en 1959.

Militant communiste discipliné, Léon Étienne adopta toutes les thèses de son parti jusque dans les années 1980. D’un tempérament vif, il n’hésitait à faire « le coup de poing » contre certains adversaires politiques mais lors de la campagne des présidentielles de 1965 ce fut lui qui fut victime de colleurs d’affiches du candidat d’extrême-droite Tixier-Vignancourt.

Léon Étienne était très proche de Robert Jarry, secrétaire fédéral du PCF de 1949 à 1977 puis maire du Mans à compter de cette date. Aussi renvoya-t-il sa carte de membre du PCF quand ses dirigeants exclurent ce dernier pour avoir fait liste commune avec les socialistes dès le premier tour des municipales de 1989. Un maire dont l’action avait été jusqu’alors constamment louée par les dirigeants communistes ne pouvait être un « traître », déclara-t-il publiquement. À partir du début des années 1990, assez aigri et très critique à l’égard du PCF, Léon Étienne vécut au Mans, loin de toute activité militante. Il était resté proche du Secours populaire.

En 1982, Charles Fiterman*, ministre des Transports dans le premier gouvernement Mauroy*, l’avait réintégré dans la SNCF.

D’un premier mariage Léon Étienne eut trois enfants, huit d’un second, auxquels s’ajoutent deux enfants naturels.

Ses obsèques civiles, « dans l’intimité familiale et en présence de ses amis les plus fidèles, les plus intimes » (faire-part dans la presse locale) eurent lieu au Mans le 6 mai 2005.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article3655, notice ETIENNE Léon, Adrien par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 19 juin 2009.

Par Gérard Boëldieu

SOURCES : Presse locale. — Robert Jarry, Les Communistes au cœur des luttes des travailleurs sarthois, Le Mans, 1970 (2 tomes). — Entretien avec Léon Étienne, 24 avril 1997. — Brève notice nécrologique par Michel Rosier, Le Maine Libre, 10 mai 2005.

ICONOGRAPHIE : R. Jarry, Les Communistes..., t. 1, p. 267.

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