GUILLON Jean, Edmond, Daniel

Par Paul Delanoue, Jacques Girault

Né le 30 juillet 1908 à Poitiers (Vienne), mort le 12 août 1974 à Mende (Lozère) ; professeur ; syndicaliste, militant communiste ; député d’Indre-et-Loire (1946-1951), conseiller municipal de Tours (Indre-et-Loire, 1947-1959).

Jean Guillon dans les années 1940
Jean Guillon dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Fils d’un employé d’octroi et d’une lingère, Jean Guillon entra à l’École normale d’instituteurs de Poitiers en 1924. Bénéficiant d’une quatrième année de scolarité pour préparer le concours de l’École normale supérieure primaire, il réussit la première partie du certificat d’aptitude au professorat en 1928, puis le concours d’entrée (lettres) à l’ENS de Saint-Cloud en 1929. Il obtint des certificats de licence à la Sorbonne : morale, sociologie et littérature française (1930), histoire moderne et contemporaine (1932). Après avoir échoué à la deuxième partie du professorat, il fut nommé instituteur délégué à l’école primaire supérieure d’Argenton-sur-Creuse (Indre) en octobre 1931.

Dès lors, la carrière professionnelle de Guillon fut heurtée car elle dépendait d’aléas de santé et surtout de son activité militante. Depuis l’école normale de Poitiers, il militait à l’Union fédérale des étudiants et prit part aux actions en faveur de Sacco et Vanzetti. À l’ENS, secrétaire de l’Union générale des étudiants pour l’enseignement, il adhéra à la Fédération unitaire de l’enseignement où, délégué au congrès de Marseille en 1930, il appuya les positions de la direction de la CGTU contre la nouvelle direction de la FUE. Il venait en effet d’adhérer aux Jeunesses communistes avant de rejoindre le Parti communiste en juillet 1931. À la Sorbonne, il présenta sa candidature à l’élection du conseil de discipline.

Guillon partit au service militaire en fin d’année scolaire et fut peu après réformé temporairement. Il effectua une demande de poste en novembre 1932. L’administration s’opposa à son retour dans l’Indre, avançant son activité politique (création d’une cellule communiste à Argenton en 1932, conférences sur divers sujets) et syndicale (membre du syndicat unitaire, il avait obtenu 14 voix lors de l’élection du conseil syndical de sa section départementale). Il fut nommé à l’EPS de Murat (Cantal), mais, en congé de maladie, ne rejoignit pas ce poste. Il fut nommé en avril 1933 à l’EPS de Gérardmer (Vosges). Mais pour des raisons de santé, il n’occupa pas ce poste de façon continue, tout en participant à des réunions politiques publiques et aux luttes des ouvriers des industries textiles. Ainsi il fut relaxé par le tribunal de Saint-Dié pour des violences après une réunion. Il fut alors nommé à l’EPS de Longwy (Meurthe-et-Moselle) en octobre 1934 où il devint rapidement secrétaire du rayon communiste. À la suite de divers rapports des autorités, associant des aspects professionnels et politiques, sa délégation en école primaire supérieure fut suspendue. Il fut nommé instituteur à Scorbé-Clairvaux (Vienne) en octobre 1935. Le directeur de l’ENS Auriac s’étonna de cette sanction, indiquant qu’il avait été jugé pour des raisons politiques, mais qu’il paraissait « s’être assagi ». Nommé le 16 octobre, instituteur délégué à l’EPS de Montmorillon (Vienne), dans un contexte politique nouveau, le rectorat, après enquête, à la suite de ses promesses, le nomma professeur pour la rentrée d’octobre 1936 d’autant qu’il venait de réussir, en juillet 1936, à la deuxième partie du certificat d’aptitude aux fonctions de professeur dans les écoles normales et les EPS.

Guillon s’était marié exclusivement civilement en septembre 1934 à Gérardmer. Le couple eut par la suite trois enfants qui ne reçurent pas de sacrements religieux.

Guillon continuait à mener une intense activité militante syndicale et politique (fondation d’une cellule communiste à Montmorillon, membre du comité de Front populaire). Membre du bureau de la région communiste de la Vienne, secrétaire de la section communiste de Montmorillon (janvier 1936), il fut délégué au congrès d’Arles en décembre 1937. Il fut le secrétaire de l’Union locale CGT de Montmorillon et membre de la commission exécutive de l’Union départementale CGT. Dans ces deux axes militants, il multiplia les activités lors des grèves, les consultations juridiques et participa à des réunions publiques sur divers sujets (dont le métayage). Il fit lui-même grève le 30 novembre 1938. Lors des élections cantonales de 1937, candidat communiste à Montmorillon, il obtint 494 voix.

Le recteur lui conseilla, pour échapper aux vengeances possibles d’une partie de la population et pour éviter les conséquences d’une « situation familiale et financière » résultant d’un déplacement d’office inévitable, d’accepter d’être nommé professeur à l’EPS de Ruelle (Charente) en octobre 1939. En liaison avec le syndicat des professeurs d’EPS, il écrivit une longue lettre au directeur des enseignements secondaires, où il décrivait les conséquences de son activité militante contre les membres « d’un clan violent réactionnaire dont je suis la tête de turc ». Il indiquait aussi que ses convictions laïques lui attiraient aussi des ennuis, d’autant qu’il avait fait « fonctionner certaines œuvres laïques comme le Foyer scolaire », qu’il avait « organisé une classe de Français pour réfugiés espagnols avec accord du sous-préfet de février à juillet 1939 » et donné du temps, tous les jours de septembre 1939 à Poitiers, « à la direction du centre d’accueil des réfugiés de la Moselle ». Comme il ne parvenait pas à trouver un logement à Ruelle, il revint à Montmorillon et y enseigna de décembre 1939 au 12 avril 1940. Pour éviter son maintien durable à Montmorillon, « source de péril pour lui et de désordre pour l’établissement », selon le recteur, il fut nommé dans l’été 1940, à titre provisoire, professeur à l’EPS Paul-Louis-Courier de Tours, ce qui constituait un avancement.

En avril 1941, Guillon prit contact avec l’organisation communiste clandestine par l’intermédiaire de Paul Delanoue. De janvier à août 1942, il fut membre du triangle de direction clandestine du Parti communiste pour l’Indre-et-Loire, et, le 20 août 1942, échappa à une arrestation à la suite d’une perquisition par la Gestapo. Sa femme et sa sœur, arrêtées à la prison de Tours, obtinrent une libération conditionnelle en mars ou mai (RGASPI, 495 270 3649) 1943. Il ne reprit pas son poste de professeur en octobre 1942 et devint clandestin. Ses enfants furent recueillis par la grand-mère, qui, sans ressource, fut aidée par le personnel de l’EPS. Son salaire continuait à être versé à son épouse malgré sa disparition, puis à sa famille.

Du début septembre 1942 à la fin mars 1943, affecté au triangle régional, puis, à partir du 20 septembre 1942, devenu responsable du Parti communiste clandestin et du Front national dans la Nièvre, Guillon dirigea l’interrégion Nièvre, Loiret, Loir-et-Cher, Indre-et-Loire avec des pseudonymes successifs (Benoît avant 1942, François d’août 1942 à mai 1943, Ferré de mars à novembre 1943). Le 10 novembre 1943, il fut arrêté devant la gare de Blois par la Gestapo de Tours qui ne réussit pas à établir sa véritable identité. Interrogé par les organismes de la sûreté d’Orléans et d’Angers, emprisonné à Tours jusqu’au 24 février 1944, transféré à Compiègne, il fut déporté à Mauthausen, le 23 (RGASPI, 495 270 3649) ou le 25 (selon d’autres sources) mars 1944, sous le nom de Jean Marcel Salado, dit François ou Frédéric, où il participa avec Frédéric Ricol, Maurice Lampe et Octave Rabaté à la direction du comité français clandestin jusqu’à sa libération, le 28 avril 1945, par les soins de la Croix rouge internationale. Il arriva à Tours le 6 mai, rapatrié par les soins de la Croix rouge internationale, et resta en congé de captivité jusqu’en septembre 1945 tout en étant membre du Comité départemental de Libération. Une pension militaire d’invalidité (100 %) lui fut attribuée.

Guillon intégra aussitôt le comité de la fédération d’Indre-et-Loire du Parti communiste français. Directeur de l’hebdomadaire Tours National, puis de La Voix du Peuple de Touraine, dont il assurait la gérance à la fin de 1946 et dans lequel il signait un billet régulier sous le titre « Quand le vin est tiré… », il entra au bureau fédéral et y demeura jusqu’en 1959, membre du secrétariat fédéral jusqu’en 1954, responsable de la propagande, devenant au sein du bureau, responsable du travail en direction des anciens combattants et des résistants. Il resta membre du comité fédéral jusqu’en 1966, responsable puis membre, à partir de 1962, de la commission des intellectuels, plus spécialement chargé de la littérature. Il était également membre du comité départemental du Mouvement de la paix, du bureau départemental de l’Union fédérale des anciens combattants, de la commission exécutive départementale de la Fédération nationale des internés, déportés et résistants patriotes de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance.

Guillon fut élu à la première Assemblée nationale constituante le 21 octobre 1945, en tête de la liste présentée par le Parti communiste français en Indre-et-Loire. Réélu à la deuxième Assemblée constituante le 2 juin 1946, juré à la Haute Cour de Justice, il fit partie de la commission de la justice et de la législation générale. Il conserva son siège lors des élections de l’Assemblée nationale législative, le 10 novembre 1946. Maintenu dans la commission de la justice, il participa aussi aux travaux des commissions de la reconstruction et des dommages de guerre, des territoires d’outre-mer, de la presse, de la famille, de la population et de la santé. Parmi ses nombreuses interventions, il s’intéressa aux questions agricoles (fermage, métayage). Mais, lors du renouvellement, en raison de la loi sur les apparentements, le PCF n’eut pas d’élu lors des élections législatives de juin 1951. Candidat aux élections du Conseil de la République en 1955, en janvier 1956, il figurait en troisième position sur la liste communiste lors des élections législatives. Candidat en novembre 1958 aux élections législatives dans la circonscription Tours-Nord, obtenant 5 773 voix sur 53 955 inscrits, il se maintint à la suite du premier tour et arriva en troisième position, le dimanche suivant, avec 5 856 voix.

Guillon, conseiller municipal de Tours à la suite des élections des 19 et 26 octobre 1947, siégea jusqu’en 1959. Il figurait en deuxième position sur les listes communistes aux élections municipales de 1959 et de 1965. Il fut candidat au conseil général dans le canton de Tours-Ouest lors d’une élection complémentaire en octobre 1956, à Tours-centre en avril 1958, puis à nouveau à Tours-Ouest en 1961.

Après son détachement parlementaire à partir d’octobre 1945, Guillon fut nommé professeur d’histoire et géographie au collège moderne Paul-Louis-Courier de Tours en octobre 1951, enseignant parfois le français. Selon plusieurs rapports dans son dossier administratif, il s’intéressait de près au collège sur le plan municipal. Après un court passage au collège technique, il reprit un poste en 1955 au collège moderne et le conserva jusqu’à sa retraite en 1966. Il fut le vice-président départemental de la Fédération des conseils de parents d’élèves.
Guillon, député communiste, participait à des délégations du PCF. Ainsi il fit partie de la délégation communiste à la journée d’études de la Confédération générale des œuvres laïques à la fin de 1948. De novembre 1949 à décembre 1950, rédacteur en chef adjoint de l’Humanité, pendant les premiers mois, il assura pratiquement les fonctions de rédacteur en chef. Il collaborait aussi à d’autres publications communistes.

Après 1966, Guillon ralentit ses activités pour des raisons de santé, toujours attiré par le jardinage et les voyages. Fondateur, en juin 1967, de la société des amis de Paul-Louis Courier, il en devint le secrétaire général. La société publiait régulièrement des cahiers et organisa, le 25 novembre 1972, un colloque à la Sorbonne, puis participa à une exposition dans le cadre de la Bibliothèque nationale. Il présida, à partir de sa constitution, l’Amicale des vétérans du PCF d’Indre-et-Loire. Il continua à prendre part à de nombreux rassemblements ou colloques commémorant la Résistance et la déportation. Il publia des articles dans Europe et dans les Cahiers de l’Institut Maurice Thorez.

Divorcé, Guillon se remaria en décembre 1946 à Nevers (Nièvre) avec Micheline Barrat, née le 6 juin 1923 à Avallon (Yonne), agent des PTT. Résistante, elle fut arrêtée le 30 septembre 1943 et libérée le 8 mai 1944 pour raisons de santé. Le couple eut un enfant.

Guillon fut enterré civilement au cimetière de Saint-Avertin (Indre-et-Loire).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75258, notice GUILLON Jean, Edmond, Daniel par Paul Delanoue, Jacques Girault, version mise en ligne le 6 décembre 2009, dernière modification le 17 août 2010.

Par Paul Delanoue, Jacques Girault

Jean Guillon dans les années 1940
Jean Guillon dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Jean Guillon dans les locaux de <em>L'Humanité</em> le 2 novembre 1949, avec Étienne Fajon et André Carrel
Jean Guillon dans les locaux de L’Humanité le 2 novembre 1949, avec Étienne Fajon et André Carrel
Coll. privée Jean-Claude Guillon

ŒUVRE : Collaboration sous le titre Ce soir-là, Des ouvriers écrivent, Paris, Éditions sociales internationales, 1934. — Présentation, annotations, Paul-Louis Courier, Pamphlets politiques choisis, Paris, Éditions sociales, Les Classiques du peuple, 1961. — Présentation, annotations, Claude Tillier, Pamphlets, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1967.

SOURCES : Arch. Nat., F7/15476, dossier 80, F17/28313. — RGASPI, 495 270 3649, 517 1 1909. — Arch. comité national du PCF. — Notices par Paul Delanoue, DBMOF, par C. Meyer dans le Dictionnaire de biographie française, par Michel Laurencin dans le Dictionnaire biographique de Touraine (1990), dans 1920-2000. Communistes en Touraine. 80 ans de témoignages et de récits, Tours, Fédération du PCF, (2000), dans Dictionnaire des parlementaires français (2001), sur le site de l’Assemblée nationale, par Jean-Pierre Lautman dans Cahiers Paul-Louis Courier (2004), dans La Résistance en Indre-et-Loire, cédérom, Études de la Résistance en Indre-et-Loire (2005). — Notes de Jean-Claude Guillon.

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