COOK Arthur James

Né le 22 novembre 1883 à Wookey, Somerset ; mort le 2 novembre 1931 à Londres ; dirigeant mineur, socialiste.

Arthur Cook était l’aîné d’une famille de dix enfants. Son père, Thomas Cook, était militaire de carrière et toute l’enfance du jeune garçon s’est passée dans les garnisons et les casernes d’Angleterre et d’Irlande. Quand son fils atteint l’âge de douze ans, Thomas Cook veut le faire entrer dans l’armée comme tambour, mais Arthur Cook s’y refuse. Avec l’aide de sa mère, qui redoute pour lui les brutalités de la vie militaire, il se sauve et prend le bateau pour l’Angleterre. Après avoir trouvé d’abord du travail dans une ferme, près de Cheddar, dans le Somerset, il s’embauche dans une mine du pays de Galles. D’esprit très religieux, Cook prêche à cette époque dans les chapelles non conformistes — tout comme son contemporain Arthur Horner*, autre leader des mineurs gallois. Un peu plus tard, le jeune homme s’engage à l’Armée du Salut. Mais en 1905, il adhère à l’Independent Labour Party. L’année suivante il se marie.

Les années 1910-1914 — époque du grand labour unrest — sont très agitées en Grande-Bretagne. Pour sa part Cook se lance dans le syndicalisme révolutionnaire ; il s’associe aux membres du comité officieux de réforme, sans toutefois participer à la rédaction de la célèbre brochure rédigée par le comité : The Miners’ Next Step (1912).

En 1911, la Fédération des Mineurs du Sud-Galles (South Wales Miners’ Federation) lui accorde une bourse de deux ans pour faire des études d’économie au Central Labour College à Londres (l’enseignement qui y est donné est ouvertement marxiste). Toutefois, ce n’est qu’en 1919 qu’il devient permanent syndical.

Au cours de la Première guerre mondiale Cook, en bon militant de l’aile gauche de l’ILP, adopte une attitude pacifiste. Il fait son premier séjour en prison au printemps de 1918 pour propagande antinationale auprès des mineurs.

C’est donc en 1919 que commence vraiment la carrière de responsable syndical de Cook. Il vient alors d’être nommé permanent du district n° 1 de Rhondda, secteur réputé par son esprit révolutionnaire. La même année, il est porté à l’exécutif de la section galloise de la Fédération des Mineurs de Grande-Bretagne et élu secrétaire de la Fédération internationale des Mineurs. Loin d’être freinée par les responsabilités, l’ardeur militante de Cook va croissant. L’année 1924 le voit tout à la fois nommé secrétaire général du syndicat des Mineurs et participer activement à la fondation du « Mouvement de la minorité » (Minority Movement) en compagnie de S.O. Davies, Noah Ablett* et d’autres leaders gallois. (Le Minority Movement, dont le président et le secrétaire, Tom Mann* et Harry Pollitt, sont deux communistes britanniques en vue, a été lancé à l’instigation de l’Internationale syndicale rouge de Moscou.)

Dès son arrivée au secrétariat général du syndicat des Mineurs Cook introduit plusieurs innovations dans les habitudes syndicales, la plus frappante consistant en déplacements incessants (chaque week-end Cook se rend dans un bassin et y prend la parole). D’où une réputation extraordinaire, qui fait de Cook une figure à part dans les annales, pourtant bien remplies, du syndicalisme des mines. Jamais un leader n’a été aussi haï par le patronat et le gouvernement, jamais il n’a bénéficié pareillement de l’affection des mineurs de la base. En fin de compte, de 1924 à 1926, c’est une véritable vénération qui a entouré la personne de Cook.

Dans la mémoire collective des mineurs britanniques, l’année 1926 n’est évidemment pas près d’être oubliée. La grève lancée au mois de mai et le lock-out qui s’ensuit constituent le chapitre le plus dramatique de la longue histoire des « gueules noires ». La grève est l’aboutissement de la lutte menée depuis des années contre les tentatives des propriétaires de mines pour réduire les salaires et allonger les journées de travail. Cook riposte par le slogan devenu célèbre : « Pas un sou de la paie ; pas une minute de la journée », slogan qui devient le cri de guerre officiel de la Miners’ Federation. Lorsque le conseil général du TUC décide d’arrêter la grève générale (qui avait été décrétée pour soutenir les mineurs), ces derniers, dans leur immense majorité, ressentent la décision comme une trahison. Cook ne se prive pas de critiquer avec virulence ses collègues du TUC. Pendant des mois, les mineurs continuent seuls la lutte, bataille héroïque dont Cook prend la tête. En public il rejette toute idée de concession, en privé il souhaite une médiation, tant il se rend compte des terribles souffrances des grévistes et de leurs familles. Vers la fin de l’année 1926 il en vient à préconiser un recul en bon ordre, mais plusieurs autres dirigeants mineurs s’y opposent, préférant garder une attitude intransigeante jusqu’au bout.

Après le fiasco de la grève et le retour des mineurs au travail, Cook se rend en URSS. Au terme de son séjour au pays des Soviets, il se proclame « disciple sincère et fidèle de Lénine ». Pourtant lui-même n’a jamais été communiste, même si certains de ses collaborateurs les plus proches sont d’actifs militants du parti (Horner* par exemple). Et même, vers la fin de sa vie, il a adopté, de manière assez étonnante pour lui, des positions fort modérées.

En 1928 Cook et Maxton* lancent une campagne destinée à relancer la gauche du Labour en insufflant une nouvelle ferveur socialiste au mouvement. En fait le véritable meneur de jeu de cette campagne semble avoir été l’Ecossais Wheatley*. La campagne Cook-Maxton débute d’ailleurs le 8 juillet 1928 à Glasgow, citadelle du travaillisme avancé et de l’esprit révolutionnaire depuis la guerre. L’objectif avoué est de faire pièce au courant réformiste en train de se développer depuis 1926 à l’intérieur du mouvement syndical, courant que la gauche ne cesse de dénoncer, mais qui est en train de gagner du terrain grâce aux conversations syndicats-patronat menées par Ben Turner* du côté du Conseil général du TUC et par Mond du côté des industriels. (Pour sa part, Cook, élu au conseil général en 1927, s’était trouvé seul à combattre ces projets de conversations.)

À partir du moment où en 1929 les élections ramènent au pouvoir les travaillistes sous la direction de MacDonald*, les convictions de Cook commencent quelque peu à vaciller. Au point qu’il en arrive à soutenir MacDonald, objet pourtant de détestation de la part de l’aile gauche du parti. A cette époque, à vrai dire, Cook est déjà atteint par la maladie, et il est difficile de discerner le sens véritable de son évolution. En effet, au temps où il était mineur de fond, il avait été victime d’un accident à une jambe ; par la suite, la blessure s’étant aggravée, et un cancer s’étant développé, il doit être amputé au cours de l’été de 1931. Mais il ne survit que quelques semaines à l’opération et meurt au début de novembre 1931.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article75372, notice COOK Arthur James, version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 7 janvier 2010.

ŒUVRE : Is it Peace ? (Est-ce la paix ?), Londres 1926. — The Mono. Moonshire : my case against the « Peace » Surrender (Les contes de Mond), Londres, 1928. — Mond’s Manacles. The Destruction of Trade Unionism (Les liens de Mond), Londres, 1928. — Our Case for a Socialist Revival (Pour le réveil du socialisme), Londres, 1928 (en collaboration avec J. Maxton).

BIBLIOGRAPHIE : R. Page Arnot, The Miners : Years of Struggle, Londres, 1953. — R.H. Desmarais, « Charisma and Conciliation : a sympathetic look at A. J. Cook », Societas, vol. 3, 1973. — People for the People, éd. D. Rubinstein, Londres et New York, 1973. — Dictionary of National Biography, 1931-1940. — J. Bellamy et J. Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. III.

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