KRAUS Georges ou KRAUSS, dit MARTGON et MARTINAN, dit Georges Jean, Jean Essert et Gérard

Par Jacques Girault

Né le 21 novembre 1904 à Bad Konigsvart (Autriche-Hongrie), de nationalité tchécoslovaque polonaise ; menuisier ; militant communiste expulsé du Var ; élève de l’ELI en 1931.

Dans son schéma autobiographique avant l’école léniniste, il expliquait avoir été membre du comité de rayon de Marseille puis tout à tour secrétaire du rayon du Vaucluse et de Toulon (Var). Il avait été également membre de la Commission exécutive de la VIIIe Union régionale de la CGTU et était en 1931 membre de celle de la Troisième UR.

Il fut expulsé de France une première fois le 6 mars 1930 après avoir été arrêté à Avignon. Il avait également fait de la prison lorsqu’il avait participé à la grève du bâtiment de Marseille.

Le 21 novembre 1930, l’agence Fournier communiquait qu’une information était ouverte contre Klaus François, envoyé par le Parti communiste à Toulon pour " essayer de saboter les exercices d’attaques par avions de bombardement ". Qu’en était-il exactement ? Les renseignements sur l’identité étaient erronés et le motif de l’inculpation réduit à un seul aspect spectaculaire.

Le 17 novembre 1930, Georges Kraus était arrêté à Toulon alors qu’il portait un paquet de tracts communistes intitulés " La véritable signification des manœuvres aériennes de Toulon ". Il possédait un seul papier d’identité, une carte d’électeur au nom de Louis Girard, typographe d’Avignon. Une fouille dans sa chambre (un garni de la rue Courbet) permit aux policiers de découvrir tout un matériel de militant (documentation sur l’armée, sur l’Arsenal de Toulon, un ballot de journaux Le Conscrit de septembre 1930, des tracts sur le sabotage, des brochures et un ensemble de notes, de rapports, de procès-verbaux de réunions, une correspondance avec des militants connus, un carnet d’adresses). On s’aperçut aussi que Girard était un sujet tchécoslovaque : Georges Kraus appelé parfois Jean Essert (d’où le nom de " Jean " sous lequel on le désignait) et qu’il résidait dans le Var depuis août 1930. Avant son arrivée, il avait séjourné dans le Vaucluse, dans les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes. Il ne s’était pas soumis à la loi sur les étrangers et ne possédait ni récépissé d’immatriculation, ni carte d’identité d’étranger. Kraus indiqua, lors de son interrogatoire à la police, les grandes lignes de sa vie en France.

Entré en Alsace en 1923, il avait travaillé tour à tour dans les mines de potasse, en usine, chez Lorraine-Dietrich, puis comme menuisier-ébéniste. En 1924, il était venu à Marseille, puis avait regagné son pays et était revenu à Marseille quelques mois après. Sa carte de séjour lui aurait été prise par la police en mai 1929 lors d’une grève de menuisiers dans la cité phocéenne et ne lui aurait été jamais rendue. En 1930, il avait travaillé à Avignon où des amis lui avaient procuré la carte d’électeur au nom de Girard.

On s’aperçut qu’il connaissait, outre le tchèque et le français, l’allemand, l’italien et l’espagnol et qu’il était en relation avec des communistes s’occupant de la MOE (Main-d’œuvre étrangère).

Très vite, il fut inculpé de vagabondage et d’usurpation d’état civil et le préfet du Var prit contre lui un décret d’expulsion, le 20 novembre 1930. Il quitta Toulon, le 29 novembre 1930, pour la Belgique.

La seule protestation écrite fut publiée par Le Cri de l’Arsenal, journal du syndicat unitaire des travailleurs de la Marine qui titra, le 6 décembre 1930, " Tous debout face à la répression " et mettait sur le même plan l’expulsion de Kraus et les autres mesures prises contre le mouvement ouvrier dans le Var (arrestation de Diné).

Qui était Kraus et quel fut son rôle exact ?

Il fut certainement un des envoyés par la Région marseillaise du Parti communiste pour réanimer la vie politique dans le Var, surtout à Toulon, que l’on jugeait trop faible et sans rapport avec l’orientation générale du Parti. On saisit dans sa chambre des rapports au Bureau régional sur la situation du Parti communiste dans le Var. Outre la correspondance reçue ou envoyée personnellement, s’ajoutaient des lettres adressées à " Henry " (Seillon), à Pothier, tous deux responsables ou anciens responsables communistes ou syndicalistes à Toulon. Il avait donc des liens très étroits avec les responsables toulonnais. Des procès-verbaux de réunions du comité et de bureau de rayon, de réunions de cellules dans tout le Var montraient qu’il avait contrôlé l’activité du Parti communiste dans tout le département. Des lettres en italien indiquaient des contacts avec des militants immigrés. Des lettres au " camarade Jean " émanant de la direction communiste régionale de Marseille indiquaient qu’il jouait un rôle dans le Vaucluse. Des fiches de frais envoyées à la trésorerie régionale prouvaient une participation, à partir de mars 1930 (peut-être avant ?) aux réunions du comité régional. Des relevés de recettes (vente de brochures lors des réunions) correspondaient aux ressources habituelles pour ce type de militant puisque, à aucun moment, il ne fut question d’un éventuel lieu de travail à Toulon.

Il est certain que le passage de Kraus dans le Var — outre son activité auprès des étrangers — fut lié à la " reprise en mains " par la direction régionale du Parti communiste à Toulon. Les papiers saisis chez lui permettent de mieux mesurer l’ampleur de la crise. Il y apparaît comme un militant responsable qui ne ressemblait pas aux " pélerins marseillais qui venaient nous sermonner à Toulon " (G. Ceretti). Les multiples témoignages oraux recueillis ne peuvent éclairer davantage son rôle et son influence. Toutefois, Lucien Thomazo, qui le reçut à Saint-Tropez, se souvenait avoir été longuement interrogé sur la situation du mouvement ouvrier dans la région. Ce militant conclut ainsi son témoignage écrit : " Il m’avait fait l’effet d’un adjudant [...] on se quitta plutôt [...] en froid. "

Il aurait adhéré au Parti communiste en janvier 1928 et était membre du syndicat du Bâtiment de la CGTU depuis août 1927. Il appartenait aussi au conseil syndical du bâtiment de Nancy. Il militait également au SRI. En 1931 avant son départ à l’ELI, il était membre de la cellule des Trois maisons à Nancy, était secrétaire du rayon de Nancy et appartenait au comité et au bureau régional de la région Est.

Il se confond vraisemblablement avec Georges Krauss dit Martignon, ou Martinan militant de l’Est envoyé à l’École léniniste internationale (ELI) de Moscou en 1931 (BMP, bobine 394). Il appartenait au deuxième contingent pour l’école léniniste internationale d’un an, fort de 22 militants .
Le secrétaire de la région de l’Est Jean Perrault éc rivait avant son départ : « Très actif. Énormément d’expérience de travail de masse. Une éducation théorique peut faire de lui un dirigeant de premier plan. En accord avec la ligne du Parti. Intransigeant dans la défense de la ligne du Parti ? Sait mener la lutte politique contre tous ceux qui faiblissent. Animateur excellent et dévoué. Donne l’impulsion au mouvement de la MOE et à tout le mouvement syndical ? Expérience du travail illégal. Un peu trop rigide dans ses rapports avec les camarades. S’est déjà un peu corrigé. Ce camarade n’a accepté d’aller à l’ELI que lorsqu’il fut convaincu que nous ne pouvions envoyer un métallurgiste ou un mineur de notre région. »

Voici la liste avec les commentaires du Komintern après l’école : Holmières René, base, Région Pyrénées ; Dourdin Gaston, base, région Paris-Nord ; Zellner Émile, secrétaire du sous-rayon de Vitry ; Billat Paul, secrétaire de la région des Alpes ; Monceaux Edgard, (secrétaire du sous-rayon d’Ivry, barré), base ; Moine André, membre du BR, région des Pyrénées ; Herbs Michel, responsable du travail syndical de la région troyenne ; Martinan, membre du secrétariat de la région Est ; Jolly Robert, base ; Gillot Auguste, région Paris-Sud (erreur) ; Furmeyer, base, région Alsace-Lorraine ; Galatry Émile, secrétariat région Nord-Est ; Capitaine Thérèse, secrétariat rayon de Boulogne ; Desrumeaux Martha, instructeur du CC ; Havez Auguste, mairie de Vitry, agit-prop région Paris-Sud ; Boualem, section coloniale ; Bouchafa Salah, section coloniale, 20e UR ; Albert, nègre ; Dalmas Albert, base, région Paris-Ville, renvoyé de l’École ; Paumard Jean, base région Paris-Ouest, renvoyé de l’École ; Ignacy Jany, pol. bord (illisible) ; Kuhn Guillaume, secrétariat SRI Alsace-Lorraine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89442, notice KRAUS Georges ou KRAUSS, dit MARTGON et MARTINAN, dit Georges Jean, Jean Essert et Gérard par Jacques Girault, version mise en ligne le 29 septembre 2010, dernière modification le 19 juin 2011.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/13123, 13164. — Arch. Dép. Var, 4 M 59 4 1 ; 4 M 59 4 2 ; 7 M 3 61. — RGASPI 517 1 1111. — Arch. Institut de Recherches marxistes, 453. — G. Ceretti, A l’ombre des deux T, Paris, Julliard, 1973.

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