LÉPINEY Roger, Pierre, Bernard

Par Jacques George

Né le 1er juin 1928 à Gacé (Orne), mort le 22 avril 1981 à Bosc-Bérenger (Seine-Maritime) ; professeur à Rouen (Seine-Maritime) ; membre du comité national du SGEN-CFDT (Syndicat général de l’Éducation nationale) de 1964 à 1980 ; secrétaire général du SGEN-CFDT de 1977 à 1980.

Roger Lépiney était issu d’une famille modeste du nord de l’Orne, où Joseph Lépiney, son père, était artisan-couvreur dans la petite ville de Gacé, puis à Nonant-le-Pin (Orne), et sa mère n’exerçait pas de profession, si ce n’est quelques travaux de blanchissage, ni l’un ni l’autre n’ayant d’activité politique ou syndicale. Il a fait ses études classiques jusqu’en première au petit séminaire de La Chapelle-près-Sées (Orne), ce qui n’impliquait cependant pas une vocation religieuse ; il tiendra d’ailleurs à faire sa classe de philosophie au lycée d’Alençon (Orne). Il a fait sa licence de lettres classiques à la faculté des lettres de Caen (Calvados) de 1946 à 1949, tout en travaillant à temps plein comme surveillant et professeur dans l’institution privée Saint-Joseph de cette ville.

Après le service militaire, il épousa Jacqueline Fleury, une institutrice de Nanterre (Seine, maintenant Hauts-de-Seine), ancienne normalienne des Batignolles à Paris, qui avait des attaches familiales dans l’Orne et venait souvent à Nonant-le-Pin ; ils ont eu quatre enfants.

Pour échapper à la précarité de l’auxiliariat, Roger Lépiney prit en 1950 un poste de professeur à l’institution privée Saint-Adjutor de Vernon (Eure). Ce n’était pas chez lui une préférence de principe pour l’enseignement privé, mais une façon de reconnaître l’aide qui lui avait été apportée pour ses études à La Chapelle-près-Sées. En même temps, il rédigea un diplôme d’études supérieures, sur des poètes normands, puis engagea une thèse sur Ulric Guttinger (1785-1866), un auteur français né à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), aujourd’hui peu connu, mais dont la principale œuvre, Arthur ou Religion et Solitude, un roman de conversion, est un document sur la religiosité romantique, mêlée de spiritualité et d’illuminisme. Ses engagements ultérieurs ne lui laisseront pas le loisir de la mener à bien et l’éloigneront de la recherche et de l’écriture.

Mais le travail était lourd, le salaire était faible, même si le professeur était logé, le cadre était autoritaire. En 1957, Roger Lépiney démissionna ; il passa le CAPES, puis fit son stage pédagogique en 1957-1958 à Caen, tout en préparant l’agrégation de lettres classiques. Agrégé en 1958, il fut nommé au lycée François I e r du Havre (Seine-Maritime) ; il le quitta en 1965 pour le lycée Corneille de Rouen, et vint habiter à Bois-Guillaume, dans la proche banlieue de cette ville. A Corneille, il enseignait en première et dans les classes préparatoires scientifiques. Il donnait aussi quelques cours à la faculté des lettres de Mont- Saint-Aignan (Seine-Maritime), créée en 1965 par transformation de l’ancien collège littéraire universitaire, avant d’en être évincé à la rentrée 1968 avec d’autres chargés de cours qui avaient soutenu le mouvement de mai. Il était également conseiller pédagogique. Il retrouva son poste à Corneille après avoir quitté ses fonctions au secrétariat national du SGEN-CFDT ; moins d’un an plus tard, par un infarctus brutal, la mort le prit, à cinquante-deux ans.

Né dans une famille chrétienne, Roger Lépiney, pendant sa vie d’étudiant à Caen, fréquentait la JEC (Jeunesse étudiante chrétienne), avant de s’éloigner de la foi et de l’Église dans les années 1960. Cependant, à partir de 1949 et surtout au Havre jusqu’en 1964, il milita avec sa femme à La Vie Nouvelle, où il trouvait à la fois la chaleur d’un groupe très vivant et un lieu de débats sur les questions essentielles, et dans le club Citoyens 60 qui, au sein de ce groupe, s’attachait aux questions économiques.

C’était un grand lecteur, tant de littérature, bien sûr, que d’ouvrages de réflexion sur les questions sociales, économiques, internationales. Il était abonné sans discontinuer à Esprit, il lisait Le Monde et Les Temps modernes.

Il fut membre du PSA (Parti socialiste autonome), puis du PSU (Parti socialiste unifié), sans y être, semble-t-il, très actif ; quand il devint responsable syndical, conformément à la pratique CFDT, il abandonna son parti pour éviter toute confusion.

Dans le cadre de Citoyens 60, il faisait partie d’une commission d’étude des problèmes scolaires du Havre et publia en 1963 un article sur L’enseignement du second degré au Havre (op. cit.) ; en analysant le public des établissements, il y montrait les différences entre le recrutement des établissements secondaires traditionnels, à public « bourgeois » et celui des établissements de tradition primaire supérieure, à public populaire, ces différences se retrouvant aussi bien dans l’enseignement public que dans l’enseignement privé ; il concluait que seule la création de véritables établissements polyvalents du premier cycle, cela même qu’avait écarté la réforme de René Berthoin en 1959, pouvait permettre la démocratisation de l’accès au second degré et il proposait la création de quinze secteurs géographiques dans l’agglomération havraise. Avec René Thiry, Roger Lépiney publia en mars 1964 un rapport sur le même sujet. En septembre 1962, il avait publié dans Esprit un article sur L’explosion scolaire qui analysait les transformations quantitatives et structurelles de l’enseignement en France depuis la Libération, article repris en 1963 comme premier chapitre du livre de Jacques Natanson* et Antoine Prost*, La révolution scolaire (op. cit.). Sa conclusion était claire : « si nous prenions enfin vraiment conscience de nos responsabilités, non seulement à l’échelle nationale, mais à l’échelle mondiale, les querelles mesquines entre les groupes de pression qui existent à l’intérieur de l’Université seraient balayées et nos dépenses individuelles et publiques, pour une part plus large, seraient orientées dans un sens tout différent. Mais cela suppose un choix, une conception de la société que beaucoup d’hommes sont encore loin d’adopter sincèrement, même dans le corps enseignant ». Si, par la suite, de nouvelles responsabilités éloignèrent Roger Lépiney du travail directement pédagogique, son adhésion en 1971 au mouvement de François Walter, Défense de la jeunesse scolaire, montre qu’il s’intéressait toujours à cette dimension. Mais on est déjà là dans le cadre de son engagement syndical.

Le syndicalisme fut en effet l’engagement fondamental de Roger Lépiney. Déjà, à Saint-Adjutor, il revendiquait fermement une participation des professeurs à la marche de l’établissement et tentait d’organiser une démarche collective de ses collègues ; c’est l’insuccès de cette tentative qui l’amena à rompre avec l’enseignement privé. C’est un peu fortuitement qu’il rencontra le SGEN, alors encore CFTC : après l’oral de l’agrégation et sans bien connaître les syndicats qui se présentaient aux candidats, il donna son adhésion à celui qui, en plein mois d’août, le reçut le mieux. Pour le SGEN plus peut-être que pour d’autres syndicats, l’intéressant n’est pas de savoir pourquoi on adhère, mais pourquoi on reste adhérent par la suite : Roger Lépiney trouva au SGEN une organisation qui répondait à ses attentes. Au lycée du Havre, il devint rapidement secrétaire d’établissement, sans doute dès 1959.

La Seine-Maritime était rattachée depuis l’origine à l’académie de Caen, y compris au plan syndical, et Jacques Natanson, résidant alors au Havre, était secrétaire académique du SGEN, Marie-Thérèse Derivière puis Vincent Raoulx secrétaire départemental de Seine-Maritime). Mais une académie devait être créée à Rouen en 1964. Dans cette perspective, un bureau académique provisoire du SGEN-CFDT fut formé, dont Roger Lépiney fut secrétaire ; le premier congrès académique le confirma comme secrétaire académique général (SAG) de Rouen, le 16 février 1964. A ce titre, il devint membre du comité national du SGEN, bénéficiant d’une décharge partielle de service. Il organisa la nouvelle section académique du SGEN- CFDT, où fut formée une commission socio- pédagogique dès avril 1964 et qui fut structurée en treize secteurs géographiques en 1965. Réélu une nouvelle fois au congrès académique de mai 1971, il annonça qu’il ne serait pas candidat au prochain congrès, et il se retira effectivement au congrès de 1972 ; il restait toutefois responsable du second degré, du moins jusqu’au congrès national de Reims qui le verra monter au bureau national. Mais avec son successeur, Jean-Claude Ravenel, l’académie de Rouen s’éloignera du SGEN national, sur les conceptions de l’action revendicative, de l’école (la commission socio- pédagogique est supprimée) et des statuts, déposant par exemple en 1973 au congrès de Dijon (Côte d’Or) un projet alternatif de statuts qui demandait « la nationalisation de toute forme d’enseignement et de formation, de recherche et d’activités culturelles » et obtiendra 11 % des mandats.

Roger Lépiney joua un rôle important dans les débats qui menèrent à l’évolution du SGEN-CFDT. Déjà une divergence apparut quand le congrès académique de Rouen, le 3 mars 1968, évoqua la guerre du Vietnam en termes de génocide, demandant l’arrêt des bombardements et le retrait sans conditions de l’armée américaine. Au congrès national de Mulhouse (Haut- Rhin) en avril 1968, Roger Lépiney soutint une motion de l’académie d’Orléans (Loiret) qui insistait sur la nécessité de renforcer l’aspect « général » du SGEN, aussi bien dans sa politique revendicative que dans son fonctionnement, et demandait que son effort soit mieux intégré dans celui de la CFDT ; elle mettait ainsi en avant un risque de dérive dans le fonctionnement du SGEN, où les structures de degrés d’enseignement l’emporteraient sur le caractère général du syndicat, et une tendance à affirmer que les questions d’enseignement relevaient de la seule souveraineté du syndicat et ne concernaient pas la confédération. Toute la politique syndicale de Roger Lépiney tendra au contraire à renforcer ces deux caractéristiques du SGEN, syndicat général et syndicat confédéré.

Les « événements » de Mai 68 accentuèrent les divergences, tant sur l’analyse de la révolte étudiante et l’attitude à adopter en face d’elle que sur la conception même de l’école, que cette révolte mettait en question. À Rouen, le 18 mai, « le secrétaire académique décide de ne plus reconnaître l’autorité du secrétaire général ». La section académique diffusa deux textes, L’école que nous voulons et L’Université critique, qui présentaient une autre conception que celle que défendaient les responsables nationaux, notamment ceux de l’enseignement supérieur. D’autres responsables à travers la France partageaient ces analyses et une « minorité » se forma, dont Roger Lépiney fut un des animateurs. Cette minorité se trouva bientôt placée devant la perspective de l’élection d’un secrétaire général au congrès national de Tours (Indre-et-Loire), pour laquelle Paul Vignaux patronnait la candidature de Charles Piétri. Avec d’autres, Roger Lépiney contribuait à la recherche d’une autre solution qui aurait évité un affrontement peut-être dommageable pour l’organisation, comme une « troïka » associant autour d’Antoine Prost* Jacques Julliard* et Piétri ; mais le refus de Piétri rendait inévitable une autre candidature. Le candidat de la minorité aurait pu être Roger Lépiney, il fut son adjoint, Jacques George, secrétaire socio- pédagogique de Rouen. Le congrès académique de Rouen approuva cette candidature, qui obtint 35 % des mandats au congrès national de Tours (Indre-et-Loire). En février 1971, au comité national du SGEN, une motion Michel Armand (secrétaire académique d’Orléans ; voir ce nom) - Roger Lépiney affirma, au nom de la démocratie syndicale, que l’élection ne pouvait enterrer la discussion et que celle-ci devait se poursuivre publiquement.

Ce qui n’avait pas réussi en 1970 au congrès de Tours réussit en 1972 au congrès de Reims, où François Garrigue fut élu contre à nouveau Piétri. Roger Lépiney devint alors membre du bureau national et, comme responsable des affaires confédérales et de l’action revendicative, permanent à Paris, tout en continuant à résider à Bois-Guillaume. Il donna une impulsion nouvelle à l’action revendicative, avec comme axes la volonté que « les revendications salariales et la défense des intérêts catégoriels trouvent leur cohérence dans la perspective socialiste de la CFDT » (SU 7 septembre 1972), « la recherche d’un impact plus fort de notre action sur les réalités de la pratique administrative, scolaire et enseignante » par des « initiatives collectives et syndicales » (SU 22 juin 1972), la réorganisation de l’action concernant l’ensemble des fonctionnaires CFDT, et la volonté de contrer la répression menée au ministère et dans les rectorats contre des militants indociles, administrativement ou pédagogiquement. Ces dimensions se retrouvent tout au long des années où Roger Lépiney fut responsable ; en particulier, il s’attacha toujours à articuler l’action revendicative et l’action pédagogique. Sa méthode pouvait se caractériser par le souci, très pédagogique, d’ancrer une revendication sur une étude solide, concrétisée par un rapport, soumis à la discussion collective des instances syndicales, et de la traduire ensuite en actions démultipliées, mettant l’ensemble des adhérents dans le coup. Elle se retrouve dans le titre significatif du grand rapport qu’il présente, avec André Dorléans, au congrès national de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) en 1974, « Pour une action revendicative cohérente ». Les axes principaux en étaient la situation des non-titulaires, la priorité aux bas salaires, la formation permanente des personnels, et l’uniformisation des horaires de service à un même niveau d’enseignement. Ce rapport insistait sur le pouvoir et la responsabilité des sections syndicales de base, et annonçait pour la rentrée de 1974 des « actions effectifs-emplois », tendant à lier le refus de classes de plus de vingt-cinq élèves au réemploi des enseignants non-titulaires. La longue motion qui traduisait ce rapport en décisions de congrès était significativement sous-titrée « Le SGEN-CFDT dans la lutte des classes ».

Au congrès de Clermont-Ferrand, Roger Lépiney devint secrétaire général adjoint du SGEN-CFDT, toujours chargé de l’action revendicative. Son rôle fut encore accru lorsqu’il lui fallut assurer l’intérim de François Garrigue gravement malade et longtemps absent du secrétariat général. C’est très logiquement qu’il devint secrétaire général du SGEN-CFDT en 1977, au congrès de Grenoble (les congrès avaient pris un rythme triennal). Mais pour lui, comme le dira Jean- François Trogrlic à ses obsèques, « l’exercice de la responsabilité nationale ne pouvait être que temporaire » ; de plus, les voyages presque quotidiens entre Rouen et Paris le fatiguaient, et à la fin de son mandat, en 1980, après le congrès d’Andernos (Gironde) qui vit l’élection de Patrice Béghain au secrétariat général, il abandonna les fonctions nationales et retourna enseigner au Lycée Corneille.

On trouve dans sa déclaration de candidature au secrétariat général pour le congrès de Grenoble une expression synthétique de sa pensée syndicale, en rappelant que ce congrès précédait de peu des élections législatives dans lesquelles était jugée possible une victoire de la gauche. Que cette victoire se produise ou pas (elle aura lieu en 1981, quinze jours après la mort de Roger Lépiney), le syndicat doit pouvoir obtenir des résultats significatifs pour les travailleurs. Son renforcement, par les secteurs généraux de base, par la formation syndicale, par la pratique démocratique, et enfin par l’évolution du SGEN-CFDT, alors syndicat national, en une structure fédérale comme dans les autres secteurs, est donc essentiel. La déclaration insistait sur l’appartenance du SGEN à la CFDT : c’est dans la CFDT, et non en référence à des organisations politiques extérieures - que ce soient les partis du Programme commun, le PSU ou l’extrême-gauche - que doit se réaliser l’intégration des expériences concrètes de chaque fédération et se développer la capacité de proposition. Il avait parlé d’une « indépendance active » par rapport aux partis de gauche (SU 26 avril 1976), il écrivit, au lendemain du congrès de Grenoble : « Nous ne permettrons pas que le SGEN-CFDT devienne une courroie de transmission des partis de l’union de la gauche ». Le SGEN, « à partir de sa pratique et de son expérience dans les branches professionnelles de sa compétence, en prenant en compte la défense des enfants des travailleurs dans l’école, l’organisation sociale de la petite enfance et du secteur des enfants handicapés, la gratuité réelle du service public, les rapports entre la recherche et le modèle de développement et de consommation », doit participer « au même titre que les autres fédérations, ni plus ni moins » à la définition de la politique confédérale sur « les finalités des institutions de formation et de recherche et sur les orientations essentielles de leurs activités ». Dans la perspective du socialisme autogestionnaire et d’objectifs de transformation à court terme qui permettent de s’en approcher, il s’agissait de formuler des revendications, de développer une pratique syndicale originale déjà amorcée, l’action sur la pratique du métier, de globaliser ces actions décentralisées, et de les articuler avec l’action nationale, dans la recherche constante de l’unité d’action. En 1978, il anima la rédaction d’une Plate- forme de revendications et d’objectifs immédiats du SGEN-CFDT (1978-1980).

Mais, à l’instar de ce qui s’était passé dans l’académie de Rouen, une opposition se reforma dans le SGEN à partir de 1979 ; elle s’organisait autour de l’académie de Caen, avec celles de Rouen et Orléans ; elle se fondait sur la critique du « recentrage » de la CFDT et reprochait à Lépiney de trop miser sur l’unité d’action avec la FEN au lieu de pousser l’originalité du SGEN. Elle aboutit à la présentation d’une candidature (Jean-Louis Ballais) et d’une orientation alternative au congrès d’Andernos en 1980. A Andernos, le rapport d’activité de Roger Lépiney ne fut adopté que par 42 % des mandats (avec 29 % d’abstentions), contre 62 % en 1977 pour le rapport de François Garrigue.

L’originalité du SGEN, parmi les syndicats enseignants de cette époque, était son affiliation à une confédération ouvrière, la CFTC au moment de sa fondation, devenue CFDT en 1964. Roger Lépiney, on l’a vu, attachait une grande importance à cette dimension confédérale. Déjà à l’Union locale CFTC du Havre, il s’intéressait beaucoup aux problèmes locaux de l’emploi. Secrétaire académique de Rouen, il s’investit dans la vie de l’union régionale CFDT, au sein de laquelle il coordonna à partir de février 1970 une commission idéologique et politique. Responsable national du SGEN, il suivit toujours de près l’action de la confédération ; il siégea au comité national de la CFDT à partir de 1972, et c’est sans doute le mandat qui lui était le plus cher.

En juin 1974, avec une délégation confédérale, il alla en Yougoslavie, dont l’autogestion intéressait fort la CFDT, étudier le système éducatif ; il retira de visites d’établissements la conviction qu’il ne s’agissait pas d’un modèle clos, mais que c’est la démarche qui importait : « une pratique démocratique réelle et l’apprentissage d’une autogestion vécue dans l’école (…) Au fond, c’est le comportement individuel et collectif des hommes et des femmes, des jeunes et des adultes qui est en cause » (Autogestion et école, in Recherche- Formation, avril 1975, p. 13-22).

Un des thèmes de la minorité du SGEN-CFDT de 1970 était de réinsérer le SGEN dans sa confédération. Le secrétaire académique de Rouen avait protesté contre le blocage des mandats du SGEN au congrès confédéral de 1970 : le SGEN était alors, avec 7 % des mandats, la quatrième fédération en importance de la CFDT et ce blocage pesait d’un poids décisif, mal supporté par les autres fédérations. Devenu responsable national et très sensible à l’opinion des autres fédérations sur cette question, Roger Lépiney s’attacha à transformer le SGEN, gros syndicat national, en une fédération de syndicats. Cette démarche, entreprise dès 1972, fut accélérée après 1977, et au congrès confédéral de Brest (Finistère) en 1979, sur demande notamment de Roger Lépiney, chaque section académique du SGEN fut considérée comme un syndicat, maître de ses mandats, disposant du droit d’amendement et d’intervention.

Roger Lépiney n’a pas vu le congrès de Forges- les-Eaux (Seine-Maritime) où en 1982 le SGEN-CFDT syndicat national devint la Fédération des SGEN-CFDT, des syndicats à base généralement départementale. Mais cette transformation et la nouvelle impulsion qu’elle donna au SGEN résultait en grande partie de son action persévérante et efficace.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87518, notice LÉPINEY Roger, Pierre, Bernard par Jacques George, version mise en ligne le 16 avril 2010, dernière modification le 16 avril 2010.

Par Jacques George

ŒUVRE : « L’enseignement du second degré au Havre », in Études Normandes, Rouen, 1963. — « L’explosion scolaire », in Esprit, septembre 1962, p. 193-217 ; cet article est repris dans Jacques Natanson et Antoine Prost, La révolution scolaire, Paris, Éditions ouvrières, 1963, aux pages 13 à 38. Nombreux articles et rapports du secrétaire académique de Rouen puis du responsable national du SGEN-CFDT, ceux-ci publiés surtout dans Syndicalisme universitaire (SU). En particulier : « Autogestion et École », in Recherche-Formation, supplément à SU n° 650, avril 1975, p.13-22. — Déclaration de candidature, in SU du 29 novembre 1976, reprise in Recherche- Formation, supplément à SU n° 720, novembre-décembre 1977, p. 40-42. — Bien d’autres textes du congrès de Grenoble, à voir dans ce dossier de Recherche-Formation, portent la marque de R. Lépiney.

SOURCES : Entretiens en 1999 avec d’anciens élèves de Saint-Adjutor (notamment Michel Dumortier) ou de Corneille, d’anciens collègues de Corneille, et avec Jacqueline Lépiney. — Souvenirs d’une longue collaboration avec Roger Lépiney, tant à la section académique de Rouen qu’ensuite au secrétariat national du SGEN- CFDT.

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