NAVARRO Philippe

Par Yves Lequin et Justinien Raymond

Né à Mascara (Algérie), le 27 septembre 1881 ; employé des PTT puis publiciste ; militant socialiste d’Algérie, puis de Savoie.

Employé des PTT à la direction d’Alger, membre du Parti socialiste SFIO, Ph. Navarro fut accusé en 1910, avec Charles Hagelstein, d’être à l’origine de la divulgation d’une circulaire confidentielle des PTT préconisant la censure, et il fut mis en disponibilité. C’est ce qu’on appela « le scandale du cabinet noir des PTT ». Navarro collaborait alors à la Lutte sociale, journal socialiste d’Algérie. Il reprit ses études de droit à la Faculté d’Alger, lança un journal hebdomadaire, Le Pilori, puis, fin 1911, quitta l’Algérie pour la Savoie, appelé par son ami Francis Gaidioz, l’un des principaux dirigeants de la fédération socialiste SFIO des Deux-Savoies. En octobre 1912, le huitième congrès fédéral en fit son délégué permanent à la propagande, et il fut confirmé dans ses fonctions par les neuvième et dixième congrès, en 1913 et 1914 : les résultats de son action étaient éclatants ; en effet, à peine installé, Navarro avait entrepris une série de tournées de propagande en quadrillant systématiquement les deux départements, multipliant meetings et prises de contacts jusque dans les localités les plus reculées et les moins ouvrières ; en trois ans d’activité à peine, il aurait tenu huit cents réunions, dont il rendait compte avec régularité dans le Travailleur savoyard que, comme rédacteur en chef, il animait aux côtés de Gaidioz ; son dynamisme fut à l’origine du réveil de la fédération, ébranlée après 1908 par les divisions nées de la poussée hervéiste. Orateur incisif, il participa bien sûr, au premier rang, à toutes les grandes luttes du socialisme français, contre la guerre et la loi des trois ans notamment : en mai 1913, il réussit à rassembler plus de quinze cents personnes à Annecy, avec le député Dejeante ; il était également devenu conseiller municipal d’Aix-les-Bains (Savoie), où la fédération avait son siège. Né à Constantine (Algérie), venu du Maroc où il était avocat, Philippe Navarro avait été nommé, en 1912, délégué permanent de la propagande par le Comité fédéral socialiste des Deux-Savoies. Rédacteur en chef du journal le Travailleur savoyard, organe de la Fédération socialiste et des syndicats ouvriers des Deux-Savoies, qui mena une grande campagne contre le danger de guerre au moment de la guerre des Balkans et s’opposa au "militarisme bourgeois" lors du vote de la loi des trois ans, il organisa des meetings qui connurent un certain succès (1 500 personnes à Chambéry). Au début de 1913, il s’installa à Aix-les-Bains (Savoie) où "sa seule personnalité" attira "de nombreux Aixois au socialisme" (rapport de police) et où il bénéficia de l’appui de deux anciens maires de la ville, Ginet et Petit.

Il se présenta aux élections municipales d’Aix-les-Bains le 6 juillet 1913 et fut élu avec plus de 30 % des voix. Pendant la campagne électorale, les socialistes avaient exigé, entre autres, la municipalisation des casinos et des jeux. Son élection fut contestée par quatre membres du bureau électoral, sous prétexte qu’il n’était "assujetti à aucun impôt dans la commune", objection qui fut rejetée par le conseil préfectoral de la Savoie en août 1913.

Mais après la mort de son ami Gaidioz, en novembre 1913, le prestige de Navarro semble avoir été à l’origine de querelles personnelles et de jalousies de clocher ; sur les instances de la section de Chambéry, le congrès fédéral du début de 1914, tout en rendant hommage à son action, l’écarta des candidatures aux législatives d’avril ; il passa outre et, au premier tour, obtint 2 357 voix dans la première circonscription de Chambéry-Nord, mordant ainsi largement sur un électorat étranger à l’influence socialiste, mais sensible à ses qualités personnelles ; il mena campagne pour l’instauration d’un impôt sur le revenu avec déclaration contrôlée, défendit un programme agricole notamment en faveur des planteurs de tabac nombreux dans sa circonscription et préconisa une politique de rapprochement franco-allemand. Il dénonça son adversaire, le radical Théodore Reinach en le qualifiant d’"immonde juif Reinach". Un conflit éclata après le premier tour entre lui et le groupe socialiste de Chambéry ainsi qu’Edgard Milhaud, qui lui reprochèrent ses propos antisémites, en conséquence de quoi Navarro démissionna. Le congrès annuel de la Fédération socialiste des Deux-Savoies, qui eut lieu à Annecy le 5 juillet 1914, prononça son exclusion. Pourtant, Navarro avait acquis une notoriété certaine dans la fédération. Aux législatives, si Chambéry ne lui accorda que 74 voix au premier tour, il avait rassemblé un total de 2 361 voix sur 16 938 suffrages exprimés. Il s’assura l’avantage sur ses adversaires à Aix-les-Bains et obtint la majorité absolue dans certaines petites bourgades ouvrières du canton de Pont-de-Beauvoisin (La Bridoire, Domessin, Saint-Beron, Saint-Génix-sur-Guiers). Navarro demanda, par voie d’affiche, à ses électeurs de s’abstenir au second tour et n’obtint que 26 voix sur 16 419 suffrages exprimés.

Élu maire d’Aix en 1919, démissionnaire le 6 juillet 1923, il se représenta le 16 septembre 1923 et fut reconduit dans ses fonctions. Après avoir échoué aux élections du conseil général d’août 1913 dans le canton de Pont-de-Beauvoisin, il fut élu conseiller général le 14 décembre 1919, réélu le 14 mai 1922 et jusqu’en 1928.

Aux élections législatives de 1924, Philippe Navarro prit la tête d’une liste de "concentration républicaine". Cette fois, il n’obtint que quelques voix, même dans les circonscriptions traditionnellement "rouges" et sa liste fut largement dépassée par celles du Cartel des gauches et du Bloc ouvrier et paysan.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article123758, notice NAVARRO Philippe par Yves Lequin et Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 30 novembre 2010.

Par Yves Lequin et Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Dép. Savoie, M, divers. — Le Travailleur savoyard, 1912 à 1914. — A. Juving, Le Socialisme en Algérie, thèse de droit, Alger, 1924. — Compère-Morel, Encyclopédie socialiste, op. cit.Les Fédérations socialistes, t. II, p. 568.

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