MANGOLD Charles alias « Vernois »

Par Richard Seiler, Jean-Paul Bedoin

Né le 21 août 1891 à Ostwald (Basse-Alsace annexée, Bas-Rhin), fusillé le 12 août 1944 à Périgueux (Dordogne) ; engagé volontaire dans l’armée française pendant la Première Guerre mondiale, fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères à Strasbourg (Bas-Rhin) de 1919 à 1939, puis à Périgueux (Dordogne) à partir de 1939, militant de la SFIO dans le Bas-Rhin, puis en Dordogne, résistant en Dordogne ; commandant FFI.

Né à Ostwald, dans une famille d’artisans du cuir, Charles Mangold avait effectué la plus grande partie de sa scolarité sous le régime allemand au collège catholique Saint-Joseph de Matzenheim (Bas-Rhin). En 1914, âgé de vingt-trois ans, resté fidèle à la France, il ne répondit pas à l’ordre de mobilisation des autorités militaires impériales allemandes et, réfugié à Nancy, il se porta volontaire dans les rangs de l’armée française. Accepté à la Légion étrangère, l’armée française n’intégrant pas les sujets allemands, il rejoignit le régiment de marche d’Algérie (RMA). Envoyé dans les Dardanelles dès 1915, il prit part à la bataille de Gallipoli. Il fut versé en 1917 au 3e régiment de marche de zouaves en Algérie, à Constantine puis Sidi Bel Abbes. Transféré ensuite à Verdun, il y resta jusqu’à la fin de la guerre. Il fut blessé à six reprises sur les champs de bataille. Après le retour de l’Alsace à la France, il épousa, dès son retour à Strasbourg, Anne Schweitzer.
Entré en 1919 au ministère des Affaires étrangères, il fut détaché à l’Office de vérification et de compensation (plus tard Office des biens et intérêts privés), organisme dépendant de la commission des réparations mise en place par le traité de Versailles et en devint le chef de la section de Strasbourg. Il rencontra en 1923 Yvonne Seret, secrétaire aux pétroles de Péchelbronn, qui devint sa compagne, et lui donna un fils en 1924, Jean-Paul Seret-Mangold. Il ne divorça pas d’Anne Schweitzer.
Membre actif de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), il milita à la section de Strasbourg. Il fut un proche de Marcel-Edmond Naegelen. Excellent connaisseur de l’Allemagne, conscient, tout au long des années 1930, de l’extrême danger nazi, il fit partie des adversaires de la ligne pacifiste au sein de la SFIO. Lors de la déclaration de guerre en septembre 1939, il fut évacué avec son administration en Dordogne, et s’installa à Périgueux où il fut, en 1941, l’un des fondateurs du Groupement d’entraide des réfugiés d’Alsace et de Lorraine (GERAL).
Il fut vite intimement convaincu de la nécessité de la résistance à l’envahisseur nazi. En lien avec l’implantation du mouvement Combat en Dordogne en octobre 1942, il entra officiellement dans la Résistance sous le pseudonyme de « Vernois », en rejoignant le groupe Roland, dépendant de l’Armée secrète (AS), lors de l’entrée des troupes allemandes en Zone sud au mois de novembre suivant. Il devint chef de l’AS de Périgueux (janvier à juillet 1943) puis chef de l’AS de Dordogne-Centre (un très vaste territoire) de juillet 1943 à août 1944. Repéré par les services nazis, il entra avec son fils en clandestinité, dans le corps franc Roland, bras armé du groupe du même nom, dont il fut l’inspirateur et le principal responsable.
Ce résistant au grand charisme, dont l’autorité et la compétence étaient unanimement reconnues, tomba une semaine avant la libération de Périgueux. Il fut arrêté sur une dénonciation aujourd’hui encore anonyme, le 7 août 1944, alors qu’il circulait à vélo sur la route entre Bordeaux et Périgueux. Il fut identifié malgré ses faux papiers au nom de Brossard. Interrogé, longuement torturé, il tenta de se suicider dans sa cellule pour être sûr de ne pas parler. Il fut finalement fusillé le 12 août en compagnie de vingt et un autres résistants dans l’enceinte de la caserne du 35e Régiment d’artillerie à Périgueux. Son corps a été ensuite jeté dans une fosse commune, mais il fut récupéré par la famille quelques jours après le départ des Allemands le 19 août. Il avait été promu au grade de commandant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) le 5 août précédent.
En août 1946, l’Amicale alsacienne de la Résistance en Dordogne commémora son martyre en présence de Marcel-Edmond Naegelen, alors ministre de l’Éducation nationale. Déjà titulaire de la Croix de guerre 1914-1918 et de la Médaille militaire, Charles Mangold reçut la Légion d’honneur et la Médaille de la Résistance à titre posthume.
Selon la base de données du Mémorial de la Shoah, il était issue d’une famille d’origine juive.
Après la Libération, la Municipalité de Périgueux, reconnaissante, voulut honorer ce héros de la Résistance disparu en donnant son nom à une rue de la cité. Par sa délibération n° 18, du 9 octobre 1946, le conseil municipal décida de donner son nom à la rue des Chaînes.
Lors de sa réunion du 4 décembre 1946 (délibération n° 24), les élus apprirent que « par lettre en date du 12 novembre 1946, M. le Préfet de la Dordogne avait fait connaître à l’Administration que le souvenir historique qu’évoque la rue des Chaînes rendrait regrettable le changement de nom de cette artère et proposait de donner le nom de Commandant Vernois à l’actuelle rue Chancelier de l’Hôpital ».
Cette suggestion ne satisfit pas le conseil municipal qui estima que la solution préfectorale offrait « l’inconvénient de viser une rue peu passagère et pour cela ignorée du public ».
En conséquence, il proposa de modifier la dénomination de la rue du Lycée en lui donnant l’appellation de Charles Mangold et, depuis, bien des lycéens ou passants anonymes empruntent cette rue sans savoir qu’elle porte le nom d’un héros de la Résistance qui a payé son tribut à la Liberté et à la France.



Voir Périgueux, Mur des Fusillés, Caserne Daumesnil, Rue du 5e Régiment de Chasseurs (5 juin-17 août 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article141624, notice MANGOLD Charles alias « Vernois » par Richard Seiler, Jean-Paul Bedoin , version mise en ligne le 1er septembre 2012, dernière modification le 27 décembre 2017.

Par Richard Seiler, Jean-Paul Bedoin

SOURCES : Archives privées des familles Jean-Paul Seret-Mangold, Claudette Hauswirth. – ONAC de Dordogne à Périgueux. – La Voix socialiste, Périgueux, 15 octobre 1944. – La Presse libre, Strasbourg, 3 et 6 août 1946. – Sylvain Le Bail, Mojzesz Goldman dit « Mireille », Premier chef départemental du maquis A.S. Dordogne 1943, Éd. le Chêne Vert, 2001, Bergerac. – Jacques Lagrange, Dictionnaire de la Résistance. Dordogne, Périgueux, 2007, p. 134-135. – Richard Seiles, Charles Mangold, Chef de l’Armée secrète en Périgord, L’Harmattan, Paris, 2014. — Mémorial de la Shoah-CDJC.

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