ZAUBERMAN Meir

Par Daniel Grason

Né le 2 juin 1901 à Bendzin (Pologne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; vernisseur sur bois.

Meir Zauberman épousa le 20 janvier 1920 Mina Elkind, née le 25 juillet 1901 à Riga (Lettonie). Ils eurent cinq enfants : Hélène (1922), Jacques (1923), Henri (1928), Jacqueline (1933) et Micheline (1938). Le couple arriva en France à une date inconnue. Vernisseur sur bois, Meir Zaubermann ouvrit un atelier au 42 rue de Chanzy à Paris (XIe arr.), employa deux ouvriers, puis travailla pour la maison Serre et Regnault, 2 bis boulevard Carnot, dans le quartier du faubourg Saint-Antoine où étaient installés de nombreux artisans qui fabriquaient des meubles. La famille demeura 137 rue Brancion (XVe arr.), ensuite 18 passage de la Main-d’Or (XIe arr.).
Meir Zauberman demanda sa naturalisation française, l’obtint par un décret en date du 5 août 1932, puis s’inscrivit sur les listes électorales. Il adhéra à l’association du Foyer populaire juif situé rue Basfroi (XIe arr.), fondée le 20 juillet 1936 dans l’élan du Front populaire. Cette association déclarée à la préfecture de police comptait une centaine de membres. Elle ouvrit une bibliothèque, enseigna le yiddish et l’histoire juive aux enfants, organisa des bals, des fêtes et des excursions. Meir Zauberman en devint le vice-président. Les dirigeants des associations étrangères étant surveillés, il fit l’objet d’une enquête des Renseignements généraux ; le 27 août 1937, le policier rapporta qu’il était adhérent au syndicat général des travailleurs du bois et membre du 11e rayon de la région Paris-Ville du Parti communiste.
À la fin août 1939, le Foyer populaire juif de la rue Basfroi cessa toute activité. En septembre, la famille de Meir Zauberman fut évacuée par les soins de la mairie du XIe arrondissement de Paris au Châtelet-en-Berry (Cher), lui était mobilisé et affecté au centre de Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines). En novembre, il fut renvoyé dans ses foyers, étant père de cinq enfants. Le 20 décembre 1939, il fut requis civil et affecté à la Poudrerie nationale du Ripault à Monts (Indre-et-Loire). Travaillant en fabrication, il logeait dans un hôtel de Tours.
Le gouvernement de Vichy promulgua le statut des Juifs le 3 octobre 1940, puis le 2 juin 1941. Meir Zauberman ne pouvait plus travailler. De retour à Paris, il s’inscrivit au fonds de chômage du XIe arrondissement.
Le 21 août 1941 la police organisa une rafle dans les rues du XIe arrondissement, sans négliger les visites à domicile. L’acquisition de la nationalité française ne le protégea pas, il fut arrêté et interné au camp de Drancy. Dans son dossier à la préfecture de police, une enquête effectuée chez son ancien employeur Serre et Regnault ne donnait : « que de bons renseignements [...] aucune remarque au point de vue politique ». Un rapport du 2e Bureau de la Sûreté générale indiquait : « qu’il ne se livrait : « à aucune [activité] politique ». Une enquête de voisinage concluait qu’il : « N’extériorisait pas ses opinions », et que rien ne permettait « de confirmer que ses sympathies étaient toujours acquises à l’ex-Parti communiste. [...] Au point de vue national, il n’était sujet à aucune remarque. Il était au privé, favorablement considéré ». Ses appréciations ne convenaient pas à Louis Sadosky, responsable du rayon juif de la police, il fit de Meir Zauberman un : « Sympathisant des théories communistes, susceptible de se livrer à la propagande en faveur de la IIIe Internationale. Dangereux pour l’ordre public ».
Meir Zauberman fut désigné comme otage et fusillé le 15 décembre 1941 en compagnie notamment de Charles Weinberg, président du Foyer populaire juif. Il fut inhumé au cimetière de Neuilly-sur-Seine (Seine, Hauts-de-Seine). Mina Zauberman, sa femme, témoigna devant la commission d’épuration de la police après la Libération : « À ma connaissance mon mari n’a jamais fait de politique », c’était un « modeste ouvrier ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144901, notice ZAUBERMAN Meir par Daniel Grason, version mise en ligne le 10 février 2013, dernière modification le 18 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : PPo, BA 2439, KB 95, 77W 80, 77W 196. – DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Romillat, 1992. – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC.

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