NACE Aimé

Par Gérard Leidet

Né le 19 janvier 1909 à Nice (Alpes-Maritimes), mort le 10 octobre 1945 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; serrurier puis ouvrier métallurgiste ; militant ajiste du CLAJ ; syndicaliste CGT ; militant communiste.

Aimé Nace
Aimé Nace

Aimé Nace était le fils de Ida Basbord et Fernand Nace. Très jeune, il fut un passionné de la montagne et porta une grande attention aux arbres, aux forêts, aux collines de Provence. Il fit partie des « Amis de la nature » (« mes initiales », disait-il avec bonhommie) dont il appréciait fortement « la vie libre ». Membre des excursionnistes marseillais depuis 1927 et ce jusqu’en 1935, il fut commissaire de multiples sorties. Il fut l’un des équipiers les plus intrépides du groupe « les écureuils » qui effectua plusieurs premières et se distingua en explorant de nombreux gouffres, en particulier l’Aven des écureuils dans les Béguines (un des deux sommets les plus élevés du massif de la Sainte-Baume situé entre les Bouches-du-Rhône et le Var).

En 1936, dans le contexte du Front populaire, très dynamique tant du point de vue social que culturel, Aimé Nace s’engagea sur plusieurs fronts. Il adhéra successivement à la CGT et au Parti communiste, militant alors au sein de son entreprise, les Aciéries du Nord (ADN). La même année, celle de « l’embellie de la culture et des loisirs », il fut de ceux qui avec Jorgi Reboul*, constituèrent l’équipe des pionniers du Centre laïque des Auberges de jeunesse (CLAJ) à Marseille et fondèrent la première Auberge de jeunesse du département, inaugurée à Allauch (Bouches-du-Rhône) à la Noël 1936. Cette Auberge de jeunesse « indépendante, de culture et de tradition provençale », était un véritable centre culturel qui organisait rencontres, conférences, concerts… Pendant cinq ans Aimé Nace fut de toutes les sorties et de toutes les activités de l’AJ d’Allauch qui comprenait par ailleurs un nombre significatif de membres de culture libertaire ou de sensibilité trotskyste, adhérents notamment du Parti ouvrier internationaliste (POI). Il fut ensuite l’un des militants les plus actifs des Camarades de la route (CDR) créés entre décembre 1940 et avril 1941. Vichy ayant interdit en zone libre la Ligue française pour les auberges de la jeunesse (LFAJ) et le Centre laïque des auberges de jeunesse (CLAJ), des militants de ces deux organismes s’efforcèrent de faire vivre un mouvement ajiste dans le cadre de la politique de la jeunesse du nouveau régime. Leurs efforts aboutirent à la création de deux associations en 1941. Les Auberges françaises de la jeunesse, organisme technique au sein duquel étaient représentés les principaux mouvements de jeunesse. Les Camarades de la route (CDR ou Cam’routes), mouvement d’usagers qui rassemblait les groupes ajistes. Certains ajistes, un temps méfiants vis-à-vis d’un mouvement agréé par le secrétariat général de la Jeunesse, apportèrent néanmoins leur caution aux CDR. Dans ce contexte particulier, Aimé Nace fut délégué de pays entre 1941 et 1943. À partir de 1943, l’association s’orienta résolument vers l’approfondissement de la culture et l’éducation culturelle. Les CDR se voulaient à la fois mouvement de plein air et instrument de culture. Ils prônaient un style de vie mettant en avant les valeurs de liberté, de laïcité et de mixité qu’Aimé Nace avait défendues dans les années entourant le Front populaire et qui semblaient bien éloignées de celles véhiculées par la Révolution nationale… Lors de la Libération, un autre mouvement d’usagers, le Mouvement uni des auberges de jeunesse (MUAJ) succéda aux Camarades de la route dissout le 2 avril 1945. Aimé Nace s’investit totalement dans l’organisation des loisirs populaires « Tourisme et Travail ».

Métallo chef d’équipe aux Aciéries du Nord (ADN), entreprise spécialisée dans la réparation des locomotives, Aimé Nace appartenait selon divers témoignages à une certaine « élite ouvrière » tout en incarnant le type même « du militant syndicaliste très écouté par ses camarades d’atelier ». Il fut, en effet, dès mars 1944, responsable des Milices patriotiques, instituées par le CNR, et du Front national pour les ADN. Il vécut ensuite en partie l’expérience « exceptionnelle » des quinze entreprises sous gestion ouvrière (septembre 1944- 1948), ainsi nommée par les militants marseillais de la CGT (l’UD étant alors dirigée par Lucien Molino) et du Parti communiste qui l’animaient. Sous l’impulsion de « directions provisoires » et de « comités de gestion » représentant le personnel, Aimé Nace fit partie des 14 500 salariés de ces usines, réquisitionnées par Raymond Aubrac, commissaire régional de la République à Marseille, qui redémarrèrent la production dans les jours qui suivirent la Libération. Au sein de son usine, les ADN, il participa avec beaucoup de ferveur à l’Amicale sportive du Nord et fut un des éléments moteurs du groupe « excursions et sports de montagne ». Il avait une haute conscience de son rôle d’éducateur auprès de ses jeunes camarades d’atelier et son plus cher désir était de contribuer à faire d’eux « les hommes sains, conscients et organisés dont la société socialiste de demain [aurait] besoin… »

Aimé Nace s’était marié en juin 1931 avec Mireille Imbert, ouvrière. Il disparut prématurément en 1945, à l’âge de trente-six ans, laissant une femme et deux enfants, Éliane (née en 1933) et Rémy Nace (né en 1934).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article146618, notice NACE Aimé par Gérard Leidet, version mise en ligne le 21 mai 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Gérard Leidet

Aimé Nace
Aimé Nace
Aimé Nace (à gauche) devant le portail des ADN de La Capelette à Marseille (1944)
Aimé Nace (à gauche) devant le portail des ADN de La Capelette à Marseille (1944)

SOURCES : Chantons la vie, bulletin de liaison ajiste de Provence (Mouvement laïque des Auberges de jeunesse), novembre 1945. — Entretien avec Rémy Nace, novembre 2012.
Pôle de conservation des archives des associations de jeunesse et d’éducation populaire (PAJEP) : Gaëtan Sourice et Marine Coadic, Guide des archives sur les Auberges de jeunesse. — Robert Mencherini, La libération et les entreprises sous gestion ouvrière, Marseille, 1944-1948, ed l’Harmattan, 1994. — Robert Mencherini, Midi rouge, ombres et lumières, Tome 1. Les années de crise, 1930-1940, ed Syllepse, 2004. — René Sedes, Quand les auberges de jeunesse ouvraient toutes les routes. Ajisme et auberges de jeunesse, une aventure centenaire (1897-2005), autoédition, 2005.

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