LANCELOT Marcel, Olivier

Par Gilles Pichavant

Né le 24 décembre 1905 à Saint-Genou (Indre), mort le 28 février 1945 à Buchenvald (Allemagne) ; officier de marine marchande ; syndicaliste CGT ; résistant, FN, FTPF ; franc-maçon.

Dernière photo de Marcel Lancelot, prise avant son arrestation
Dernière photo de Marcel Lancelot, prise avant son arrestation

Marcel Lancelot naquit le 24 décembre 1905, à saint-Genou,(Indre), dans une famille de notaires, médecins de campagne, et pharmaciens. Rien ne le prédisposait à devenir marin. Il suivit des études au collège de Rennes, puis quitta sa famille à l’âge de 16 ans, et s’engagea comme novice à la Compagnie Générale Transatlantique en juillet 1923. Pour payer ses études, il voyageait 6 mois de l’année, et travaillait seul le reste de l’année pour passer ses examens. En 1926 il devint élève-officier de la marine marchande à Brest (Finistère).

Le 28 juin 1928, après son service militaire, il fut engagé comme deuxième lieutenant sur un cargo de la compagnie Delmas-Vieljeux. Il gravit les échelons, mais cette période s’arrêta au début février 1930, à cause de la crise économique consécutive au krach de 1929. Il fut licencié et se trouva un travail de démonstrateur en produits de beauté en région parisienne.

C’est à cette époque qu’il se maria avec Mlle Yvette Sallé. Ils eurent deux enfants. Franc-maçon, membre de la loge d’obédience mixte le Droit-Humain, il initiera son épouse. Après-guerre celle-ci deviendra vénérable de cette loge.

A partir de fin 1933, Marcel Lancelot reprit la navigation sur des pétroliers de la Société auxiliaire de transport, mais en 1937, pendant la guerre d’Espagne, il s’engagea aux côtés des républicains, comme officier sur un bateau de la compagnie France Navigation qui leur livrait armes et munitions. En 1939 il fut officier de sécurité sur le Winnipeg, cargo-mixte de cette compagnie, dont tous les membres d’équipage étaient communistes. Il fit régulièrement l’aller et retour entre Mourmansk et l’Espagne, et, fin mars 1939, participa à l’évacuation des derniers républicains acculés à la mer dans le port d’Alicante. Le 3 août 1939, toujours officier sur le Winnipeg, il participa à l’évacuation de 2500 républicains espagnols embarqués à Bordeaux vers le Chili, terre d’accueil. Il ne rentrera au Havre qu’en janvier 1940.

Il fut rembarqué sur un pétrolier qui le conduisit aux Antilles pendant la débâcle, et ne reviendra à Marseille qu’en juin 1941, date à laquelle il devint second capitaine sur le pétrolier Vendémiaire. Mais le navire ne navigue quasiment pas, bloqué dans l’étang de Berre. Il est débarqué après avoir été nommé commandant du Vendémiaire, et s’installe à Paris en novembre 1942, puis, embauché dans la FECIT, une entreprise de relevage d’épaves, il rejoint le Havre.

C’est dans cette entreprise qu’il fit la rencontre de Pierre Naze, ancien officier de la marine marchande comme lui, responsable du Front national de lutte pour l’indépendance de la France (FN), après avoir été responsable du groupe l’Heure H. En juillet 1943 Marcel Lancelot rentre dans la Résistance, au FN, sous le pseudonyme d’Olivier son deuxième prénom. Il fut placé directement sous les ordres de Pierre Naze, et devint membre du comité directeur du FN du Havre, aux cotés de Jacques Malandain, Marcel Larriven, et une sage-femme, Jeanne Tranchard. En août-septembre 1943, à la suite du transfert de Marceau Flandre dans l’Eure, il fut chargé de restructurer l’organisation des FTP au Havre avec Pierre Naze, Marcel Toulouzan, marin-docker, Marcel Larriven, marin, et Fernand Bellenger. Il devint chef FTPF d’une section de réserve comprenant cinq groupes de résistants, soit 53 personnes au total.

Le 24 juillet 1944, un mois et demi après le débarquement, Marcel Lancelot fut arrêté lors d’une vaste opération montée par la Gestapo contre la Résistance havraise, qui conduisit à l’arrestation de 27 personnes. Le 2 août, alors qu’une opération pour le faire évader était en préparation, un bombardement, qui détruisit partiellement la prison, conduisit les allemands à transférer les prisonniers politiques à la prison Bonne-Nouvelle de Rouen. De là il fut transféré au camp de Compiègne- Royalieu, où on lui attribua le matricule 47878. Le 17 août 1944, il fut embarqué dans le dernier train de déportés qui partit pour l’Allemagne. Il arriva à Buchenwald le 212 ou le 22 août. Il fuit affecté à un kommando de travail à Bad-Ganderheim, pour travailler au montage d’avions militaires. Bien que jeune et robuste, sa santé se détériora au cours de l’hiver 1944/1945, à cause du froid, de la malnutrition, et des mauvais traitements et des mauvaises conditions sanitaires. Il mourut d’épuisement le 28 février 1945.

Marcel Lancelot fut déclaré mort pour la France, et fait chevalier dans l’ordre du Mérite maritime (JO du 28 septembre 1946). Son nom fut donné à un cargo, ancien liberty-ship racheté par la France en 1945 : le Lieutenant Lancelot, comme ce fut le cas pour d’autres marins résistants fusillés ou morts en déportation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article163614, notice LANCELOT Marcel, Olivier par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 4 septembre 2014, dernière modification le 13 décembre 2020.

Par Gilles Pichavant

Dernière photo de Marcel Lancelot, prise avant son arrestation
Dernière photo de Marcel Lancelot, prise avant son arrestation

SOURCES : Marie-Paule Dhaille-Hervieu, Communistes au Havre, Publication des Universités de Rouen et du Havre, 2009. — Jean-Yves Brouard, le Lieutenant Lancelot, revue Navires & Histoire, N° 52. — Blog de Bernard Lancelot, son fils : http://lancelot-d-oslo.overblog.com

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