DELÉPINE Georges

Par Jean-Charles Guillaume

Né le 22 juin 1885 à Paris ; manœuvre décolleteur ; entré chez Guilliet le 2 septembre 1915 ; relévé le 25 août 1918.

Georges Delépine fut avec Edmond Loth un des kienthaliens du groupe d’Auxerre, partisans d’une paix immédiate et sans indemnités ni annexions, également appelée « paix blanche », de la rupture de l’Union sacrée par la sortie des socialistes du gouvernement et de l’exclusion de Gustave Hervé. Il fut proche du longuettiste Charles Mary Guerder, partisan à la fois de la paix et du vote des crédits de guerre (du moins jusqu’au début de 1918), et un opposant au groupe de Sens animé par François Duporc et Luc Froment. Cf. Loth

Georges Delépine était avant la guerre domicilié à Vincennes. Il représentait, en tant que voyageur de commerce une maison d’articles de luxe de Paris pour laquelle il voyageait notamment en Russie et en Roumanie. Il réalisait un chiffre d’affaires assez important, possédait plusieurs immeubles, et se trouvait dans une situation plutôt aisée.
« Pendant longtemps […] il travaillait régulièrement, causait peu et, rarement au cours de ses conversations, il faisait allusion aux questions ouvrières ou politiques à l’usine. On l’avait même un instant surnommé le "sournois". » A partir d’octobre 1917, il se rapprocha d’Edmond Loth et comprit que certains minoritaires (Merrheim, Dumoulin, Bourderon) s’étaient détachés du courant révolutionnaire par hostilité à la récente Révolution d’Octobre en Russie et par refus de la violence révolutionnaire. Il commença lors à faire allusion « aux scandales en cours », à parler de M. Caillaux, « avant que celui-ci ne fût arrêté, en termes plutôt élogieux », à "travailler" « en dessous, les ouvriers de l’usine, leur faisant entrevoir que les salaires gagnés par eux [n’étaient pas] en rapport ni avec le coût actuel de la vie ni avec les bénéfices énormes réalisés depuis la guerre par l’usine Guilliet », à les exhorter « à réclamer une augmentation de salaire », tout en protestant « contre l’accusation portée contre lui d’avoir été l’instigateur du mouvement » Il croyait toutefois encore au bien fondé de la guerre et s’inscrivit comme volontaire pour exécuter certains travaux à l’arrière du front. En janvier, il commença à tenir « de propos défaitistes ». Il réussit avec Edmond Loth en quelques jours à faire entrer au Syndicat des Métallurgistes d’Auxerre environ 150 adhérents nouveaux. Au Comité fédéral du 2 juin 1918, il est désigné par le groupe d’Auxerre demandant l’exclusion de Gustave Hervé du parti membre de la commission arbitrale chargée d’examiner le cas de ce dernier. Il participa alors activement à tous les mouvements : réunion du 13 janvier 1918 à la Bourse du Travail, réunion du 20 janvier au théâtre municipal, menace de grève du 21 mars interrompue par le recul des troupes françaises et britanniques, manifestation du 23 mai devant l’Hôtel-de-Ville, grève des bras croisés des 16-18 août.

Delépine fut un des six meneurs relevés par les autorités militaires pour calmer l’agitation sociale au sein de l’usine Guilliet. Il quitta Auxerre le 25 août 1918, salué par une quarantaine de camarades venus lui serrer la main et crier « Vive la sociale ! ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article168096, notice DELÉPINE Georges par Jean-Charles Guillaume, version mise en ligne le 30 novembre 2014, dernière modification le 9 juillet 2020.

Par Jean-Charles Guillaume

SOURCES : Registres du personnel, Fonds Guilliet, ADY 48 J Echanges de lettres entre l’Union locale des syndicats et la Fédération des Ouvriers des Métaux et similaires de France (3M1/358) ; Le Travailleur socialiste de l’Yonne, notamment les numéros des 5 juin 1918, 19 octobre 1918, 17 décembre 1918, 3 mai 1919, 28 mai 1919, L’Yonne du 2 mai 1919, Le Bourguignon du 16 juin 1919.

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