RÉGUER Paul

Par Jacques Defortescu

Né le 27 juin 1928 à Saint-Jean-du-Doigt (Finistère), mort le 4 mars 2020 à Écrainville (Seine-Maritime) ; surveillant général de lycée ; syndicaliste du SGEN-CFDT ; militant de la Nouvelle Gauche et du PSU, conseiller municipal du Havre (Seine-Maritime).

tract des élections législatives de 1968 (archives du PCF Le Havre)
tract des élections législatives de 1968 (archives du PCF Le Havre)

Paul Réguer était le fils d’un marin de commerce, Jean François Réguer qui, à défaut d’embarquement dans la marine marchande avait dû, à l’issue de son service militaire obligatoire, « rempiler » dans la Marine nationale. Il mourut à 32 ans, en 1937. Sa mère, Marie Françoise Nicolas, travailla alors dans une maternité de Morlaix puis à l’Arsenal de Brest, avant de revenir à Morlaix comme remmailleuse de bas.
Ses grands-parents, petits paysans bretons, avaient exploités successivement une ferme de trois hectares puis une de cinq hectares. Ils ne furent jamais propriétaires que de leur cheptel (outillage et animaux)

Paul Réguer avait une culture bretonne solide. Il parlait breton couramment. Il était très attaché à ses racines bretonnes. Élevé dans le Finistère, chez ses grands-parents, il fut à partir d’octobre 1936, immobilisés de long mois à la suite d’une chute (crainte de tuberculose osseuse, du fait de la maladie de son père). Dans une circonscription marquée par l’élection de Tanguy-Prigent, il s’adonna à la lecture du journal Le Breton socialiste et fut influencé par le Front populaire et les premières décisions prises par le gouvernement de Léon Blum, notamment la création de l’office du blé.
Tanguy-Prigent, en effet était devenu conseiller général du canton de Lanmeur (Finistère) en octobre 1934 et maire de sa commune d’origine, Saint-Jean-du-Doigt en mai 1935. Il anima également la « Coopérative de Défense Paysanne » dont il était le fondateur. En mai 1936, il fut, lors des élections qui portèrent le Front populaire au pouvoir. À cette occasion, il battit de manière totalement inattendue un notable local, candidat sortant dans son fief familial, et devient ainsi le plus jeune député de France.
C’est à cette période que le jeune Paul Réguer lut des livres de lecture qui avaient appartenu à sa mère et à son oncle pendant leur scolarité, des livres d’Histoire également. C’est ainsi qu’il se passionna pour la Révolution française en se forgeant de solides convictions républicaines.
Cloué au lit, accueilli par ses grands-parents maternels et son oncle célibataire, il aimait la terre et la culture paysanne.
Profondément catholique comme sa famille, il évolua toute sa vie dans la foi chrétienne, même si celle-ci fut marquée par de nombreuses interrogations.

Inscrit à l’école communale de Plouézoc’h, il passa ensuite une année scolaire à l’école publique Claret de Toulon, avant de se trouver immobilisé en Bretagne. Il prépara ensuite le certificat d’études primaires au collège Saint-Louis de Brest et l’obtint le 8 juin 1940. Du fait de la guerre, il poursuivit ses études secondaires dans divers établissements du Finistère jusqu’à la 1ère partie du baccalauréat.
Il effectua son service militaire d’avril 1948 à avril 1949 à Casablanca dans l’aviation.
Il entra ensuite au personnel sédentaire (service approvisionnement) de la Compagnie générale transatlantique en avril 1949 au Havre. En mai 1951, il embarqua sur le « San Mateo » en qualité d’« écrivain », puis sur l’ « Alabama » et le paquebot « Ile de France » qui assurait la liaison entre Le Havre et New-York.
Débarqué pour des raisons de santé, il dut gagner sa vie dans divers emplois. Encouragé par des amis enseignants, il décida de reprendre ses études à 30 ans en 1958. Muni du baccalauréat, il s’inscrivit à la faculté de Caen pour préparer le certificat d’études littéraires générales classiques (français, latin, histoire), qu’il obtint en 1962 à Rouen (antenne de l’Université de Caen)
De 1958 à 1964, il fut surveillant d’externat au centre d’apprentissage « Les Vikings » au Havre, avant d’être nommé surveillant général au lycée technique d’État de Caucriauville, toujours au Havre. Après avoir passé le concours de conseiller principal d’éducation, il fut nommé en cette qualité dans le même établissement en 1973.

Au sortir de la guerre 1939-1945, devant les difficultés à se loger au Havre (ville rasée à 80 %) et face aux grands froids de l’hiver 1953, Paul Reguer participa activement, avec Jean et Bernadette Le Moigne, à la création du « Groupement de défense des jeunes foyers et fiancés ». Il devint président en 1954 de ce groupement qui se transforma en "Syndicat du logement de la région havraise", après fusion avec le "Mouvement havrais d’aide au logement". Il coorganisa des « squattages » dans des logements inoccupés du quartier Saint-François, il fut remplacé en 1958 par Louis Duchêne.

Paul Réguer eut une vie politique bien remplie. Son adhésion à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) à l’été 1941 à Morlaix, marqua le début d’une activité militante d’action catholique. Dès son arrivée au Havre en 1949, Il fut membre de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). En 1953, avec Christiane, son épouse, il entra à l’Action catholique ouvrière (ACO).
Il participa à la Nouvelle Gauche en 1953. C’est au mois de Mai 1954 que naquit le Comité de liaison et d’initiative de la Nouvelle Gauche. Il regroupait le CAGI (Centre d’action des gauches indépendantes), la Jeune République et l’Union progressiste. C’est en 1955 que se créa au plan national le Mouvement uni de la Nouvelle Gauche qui rassemblait la totalité du CAGI, une partie de l’Union progressiste et de la Jeune République, les groupes régionaux et locaux se réclamant de la Nouvelle Gauche, dont celui du Havre. Paul Reguer devint membre de l’Union de la gauche socialiste (UGS).
Les 7 et 8 Décembre 1957 se tint le congrès constitutif de l’UGS regroupant les 2 000 membres de la Nouvelle Gauche, la majorité de la Jeune République (61 %), les 4 000 militants du MLP (Mouvement de libération du Peuple) né d’une scission en mars 1951 du Mouvement populaire des familles (MPF), lui-même né d’une transformation de la LOC (Ligue ouvrière chrétienne), des groupes venant de la SFIO., des anciens du PCF.
Le Parti socialiste unifié (PSU) naquit le 3 avril 1960 au Congrès d’Issy-Les -Moulineaux de la fusion de l’UGS, du PSA et de Tribune du Communisme. André Colleu, secrétaire de la section UGS du Havre, ayant décliné la proposition d’exercer la même fonction au PSU, c’est Robert Joly qui en fut le 1er secrétaire , celui-ci devint plus tard adjoint au maire du Havre (comme membre du PCF), il fut remplacé par Louis Pointier qui devint également adjoint au maire du Havre.

En mars 1965, Paul Réguer avec 6 autres membres du PSU (Louis Nédélec, Louis Pointier, André Heudron, Christiane Huet, Albert Gariod, Michel Le Borgne) devint conseiller municipal sur la liste conduite par René Cance. En 1967, il fut candidat à l’élection cantonale dans le 2e canton du Havre délimité à l’époque par la rue de Paris, le Boulevard de Strasbourg, le cours Chevalier de la Barre (prolongement sud du Cours de la République). Le cœur de ce canton était le quartier Saint-François (village dans la ville) où habitait Paul Réguer à cette époque, au 4 rue de Bretagne. Cette situation en sa qualité de « citoyen de Saint-François » valu au PSU d’atteindre 8 % des exprimés (12 % dans son bureau de vote de Saint-François « intra-muros »). Ce canton dont René Coty, ancien Président de la République, fut autrefois conseiller général, était traditionnellement tenu par la droite dont le conseiller général sortant était le gaulliste Paul Denis, ancien déporté qui fut réélu au second tour, après avoir qualifié Paul Réguer, avant le premier tour de : « communiste qui s’ignore ». Paul Réguer ayant devancé un candidat « socialiste autonome » Lucien Osmont, se désista pour le second tour en faveur du candidat communiste Raymond Charpiot, capitaine au long cours, secrétaire du syndicat CGT des officiers pont, qui fut quelque temps plus tard, président de la Maison de la Culture du Havre.

En 1968, Paul Reguer participa activement à la campagne « un bateau pour le Vietnam » qui partit du Havre.
Il fut arrêté par la police havraise en 1970, alors qu’il était élu, avec Louis Pointier pour la vente, par solidarité contre une mesure de répression, au Rond-Point (un quartier du Havre) de La cause du peuple. Il fut libéré notamment après l’intervention de René Cance, maire communiste du Havre.
Paul Réguer suivit à la lettre la décision du PSU de ne pas figurer sur la liste de la gauche unie, lors des élections municipales au Havre de 1971. Ce que ne fit pas Louis Pointier, qui fut, en conséquence exclu du PSU.
En 1973, Paul Réguer fut candidat au Havre aux élections législatives dans la 6e circonscription, avec Michel Souhaité comme suppléant.
En 1974, Michel Rocard se ralliant à François Mitterrand, il entraina avec lui plus d’un millier d’adhérent passant du PSU au Parti Socialiste. Alors devenu secrétaire de la section PSU du Havre, malgré certaines pressions, venues notamment de la CFDT, Paul Réguer continua à porter le flambeau du PSU. Élu à la direction politique nationale du PSU au congrès d’Amiens du 14 au 16 décembre 1974, il fut candidat du PSU aux élections législatives partielles de 1975, suite au décès du Docteur Georges, ne récupérant que 1,3 %, c’est Antoine Rufenacht qui fut élu dans ce fief de la droite havraise.

En 1977, aux élections municipales de mars, il fut de nouveau élu avec Jean- Philippe Sourd, conseiller municipal sur la liste conduite par André Duroméa. Conseiller municipal délégué, il fut chargé de l’habitat ancien à la commission d’urbanisme. En 1983, ayant déménagé à Ecrainville, dans la région du Havre, Paul Réguer ne se présenta plus aux élections municipales.

En 1988, alors qu’il n’avait plus de responsabilités de cadres au PSU, il soutint la candidature de Pierre Juquin aux élections présidentielles et présida un meeting au Havre en présence de Gilles Perrault.

Dans le dernier trimestre de 1988, Paul Réguer, accompagné de son épouse, commença un cycle de formation d’animateurs pastoraux (CYFAP), agréé par l’évêque du Havre, Michel Saudreau, sur proposition du curé de Goderville, Jacques Déhais. Ce cycle de formation dura 2 ans, à raison d’une session mensuelle à Rogerville. Pour Paul Réguer, ce fut l’occasion d’entrer en contact avec le MRJC (Mouvement rural de la jeunesse chrétienne) héritier de la JAC (Jeunesse agricole chrétienne).
Il milita et fut solidaire, aux côtés de Jacques Gaillot l’évêque déchu d’Evreux, qui à la suite de sa révocation du diocèse d’Evreux en janvier 1995, fut désigné évêque du Partenia, ce qui lui permit une présence permanente auprès des petits, des exclus, des « sans » (sans travail, sans logement, sans papiers). En 2001, lorsqu’il vint à Ecrainville, il fut hébergé chez Paul et Christiane Réguer.

Adhérant à la CFTC dès ses 21 ans, Paul Réguer milita au sein de la tendance « reconstruction » pour aboutir à la naissance de la CFDT en 1964. En 1995, pendant les grèves contre la remise en cause du droit à la retraite sous le gouvernement Juppé, ce fut le démarrage d’un essai d’organisation d’une minorité CFDT, à laquelle il appartint, sous l’égide d’une publication nommée Tous ensemble.
Il fut longtemps militant du SGEN-CFDT (Syndicat général de l’Éducation nationale) jusqu’en 2003. Il quitta alors la CFDT en désaccord avec la ligne de rupture du front syndical à propos des retraites. Il adhéra alors à la CGT.

Marié à Christiane Le Gall le 16 septembre 1952, qui fut un temps militante au SNI, institutrice à l’école Pierre et Marie Curie, dans le quartier d’Aplemont au Havre, ils eurent deux garçons, Bertrand Réguer né le 17 aout 1954, et décédé le 27 septembre 1979 d’un accident de la route, et Daniel Reguer né le 14 juillet 1956.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article193790, notice RÉGUER Paul par Jacques Defortescu, version mise en ligne le 14 juillet 2017, dernière modification le 11 janvier 2022.

Par Jacques Defortescu

Paul Réguer le 15 juin 2017
Paul Réguer le 15 juin 2017
©Christiane Réguer
tract des élections législatives de 1968 (archives du PCF Le Havre)
tract des élections législatives de 1968 (archives du PCF Le Havre)

SOURCES : Marie-Paule Dhaille-Hervieu, Communistes au Havre (1930-1983) Histoire sociale, culturelle et politique, éditions PURH 2009. — Entretiens avec Paul Réguer. — Autobiographie de Paul Réguer, dactylographié, 191 pages.

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