FISCHER Ruth. Pseudonyme de Elfriede EISLER

Par Yvon Bourdet

Née le 11 décembre 1895 à Leipzig ; morte à Paris le 13 mars 1961. Fondatrice du Parti communiste autrichien et dirigeante du Parti communiste allemand.

Elfriede était la fille du professeur Rudolf Eisler, auteur d’un volumineux dictionnaire des notions philosophiques. Ses deux frères furent aussi des militants communistes : Gerhart devint ministre le l’information de la R.D.A. et Hanns se fit connaître comme compositeur d’hymnes communistes.
Elle fit ses études à Vienne et adhéra au Parti social-démocrate dès le début de la Première Guerre mondiale. Elle milita à l’aile gauche du parti, au sein de l’Association des étudiants socialistes, prenant position, non seulement pour l’autonomie culturelle des diverses nations de l’Empire, mais pour leur indépendance complète. C’est donc tout naturellement qu’elle se trouva en sympathie avec la Révolution d’Octobre, en Russie.
Ruth Fischer appartint au mouvement ouvrier autrichien sous le nom de Friedländer. Elle avait, en effet, épousé, au début de 1917, Paul Friedländer (qui fut, après la débâcle de 1940, livré aux Nazis par les autorités de Vichy) dont elle eut, le 25 décembre 1917, un fils qui devint plus tard professeur de mathématiques à Cambridge.
Avec son mari, son frère Gerhart Eisler et quelques autres, Elfriede Friedländer constitua un groupe d’extrême gauche composé surtout d’étudiants et qui entretenait de bonnes relations avec un autre groupe de tendance anarchiste où militait notamment Leo Rothziegel. Ces petits groupes radicaux se firent remarquer lors des grandes grèves de janvier 1918 en participant à des meetings d’ouvriers. La police arrêta ceux qui s’étaient le plus exposés, dont Koritschoner. Elfriede, qui venait d’accoucher, n’avait pas participé à ces actions et ne fut pas inquiétée, mais l’Association libre des étudiants socialistes fut dissoute. On dut se contenter de réunions informelles et de quelques actions de commando contre des pangermanistes qui organisaient des réunions « pour la guerre à outrance jusqu’à la victoire ».
Entre-temps, par la médiation de Karl Steinhardt, Elfriede Friedländer entra en relations avec des membres de la délégation soviétique installée à Vienne au lendemain du traité de Brest-Litovsk pour négocier l’échange des prisonniers. Elle put ainsi obtenir quelques fonds pour publier des tracts, puis un hebdomadaire : Der Weckruf (Le Réveil) qui devint quotidien sous un autre titre : Die Rote Fahne (Le Drapeau rouge). C’est autour du couple Friedländer que se réunit, le 3 novembre 1918, le petit congrès de fondation du Parti communiste autrichien. Quelques jours plus tard, un détachement de la Garde rouge occupa les locaux du journal bourgeois Neue Freie Presse (Nouvelle Presse libre). Le groupe Friedländer s’y rendit aussitôt et en deux heures, réussit à tirer une édition spéciale sur deux pages qui annonçait que la République bourgeoise qui venait d’être proclamée le 12 novembre, serait bientôt balayée par la révolution prolétarienne. Le 14 novembre, Elfriede Friedländer fut arrêtée et emprisonnée pendant quelques semaines.
En janvier 1919, Elfriede fut très impressionnée par 1’assassinat de Rosa Luxemburg. A l’occasion de divers accrochages (les 17 avril et 15 juin 1919 notamment) entre la police et les communistes qui tentaient d’instaurer en Autriche une République des conseils, à l’exemple de celles de Hongrie ou de Bavière, la conduite d’EIfriede Friedländer fut l’objet de critiques. Elle décida alors de quitter Vienne pour Berlin où elle ne tarda pas, sous le pseudonyme de Ruth Fischer, à jouer un rôle de premier plan au sein du Parti communiste allemand (voir Fischer Ruth dans le volume Allemagne).
Dès 1921, elle fut à la tête de l’organisation berlinoise du parti dans lequel elle représentait le courant de gauche. L’année suivante, elle fut déléguée au quatrième congrès mondial du Komintern. De 1924 à 1926, elle appartint au présidium de cet organisme et prit la direction du parti allemand. Elle fut élue député au Reichtag en juin 1924 et le demeura jusqu’en 1928. A Moscou, en septembre 1925, à l’occasion du cinquième congrès du Komintern, Staline la fit garder à vue dans son hôtel ; elle ne réussit à regagner Berlin qu’en juin de l’année suivante, elle fut aussitôt exclue du parti, mais refusa d’abandonner son mandat de député. A l’arrivée de Hitler au pouvoir, elle se réfugia en France et acquit la nationalité française par un mariage blanc, à la mairie de Saint- Denis, le 20 février 1935, avec Edmond Pleuchot. Elle habita successivement, 6, square Léon-Guillot, puis 5, avenue de Lowendal, à Paris. En 1940, elle put gagner le Portugal par l’Espagne ; elle séjourna ensuite six mois à Cuba, avant d’être admise aux Etats-Unis en avril 1941. Elle fut alors accusée d’être entrée en relations avec les services secrets américains. Elle fit de nombreuses tournées de conférences à travers le monde et, en 1956, revint en Europe et s’établit à Paris. Lorsqu’elle mourut, le 13 mars 1961, elle était chargée de cours à l’École pratique des hautes études (sixième section) ; son enseignement portait sur le Komintern et la question coloniale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197423, notice FISCHER Ruth. Pseudonyme de Elfriede EISLER par Yvon Bourdet, version mise en ligne le 28 novembre 2017, dernière modification le 19 février 2020.

Par Yvon Bourdet

ŒUVRES (principales) :
Sous le nom de Friedländer : Sexualethik des Kommunismus, Eine prinzipielle Studie, Vienne, 1920, 60 p. — Ist Deutschoesterreich reif zur Räterepublik ? (L’Autriche allemande est-elle mûre pour la République des conseils ?) Discours prononcé à la 2e Conférence des conseils ouvriers d’Autriche, 30 Juin 1919, Vienne, 1919.
Sous le nom de Ruth Fischer : Stalin and German Communism, Harvard, 1948 (trad. allemande : Stalin und der deutsche Kommunismus, Francfort-a-M., s.d.). — Von Lenin zu Mao Kommunismus in der Bandung-Aera, Düsseldorf-Koeln, 1956.— Die Umformung der Sowjetgesellschaft, Chronik der Reformen 1953-1958, Düsseldorf-Koeln, 1958. — Études et articles dans Frankfurter Hefte, 1948-1960.

SOURCES : Arch. PPo. Paris, non. versées. — Angress, Stillborn Révolution — Collotti, Die Kommunistische Partei Deustchlands 1918-1933. Ein bibliographisches Beitrag, Milano, 1961. — H. Steiner, Die Kommunistische Partei Œsterreichs von 1918 bis 1933, Vienne, 1968, 98 p. — H. Hautmann, Die Anfänge der linksradikalen Bewegung und der Kommunistische Partei Deutschœsterreiehs, 1916-1919, Vienne, 1970, XVI-176 p. --- Flechtheim, Die K.P.D,... — H. Weber, Von Rosa Luxemburg, L. Laurat, « Le Parti communiste autrichien » Contribution à l’histoire du Komintern, Genève, 1966.

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