COSTE Jean, Joseph, André. Pseudonyme, en particulier dans la Résistance : « Mató »

Par André Balent

Né le 1er février 1894 au mas Mató (commune de Prunet-et-Bellpuig, Pyrénées-Orientales), mort le 6 décembre 1982 à Céret (Pyrénées-Orientales) ; marchand de bestiaux à Céret ; militant du Parti socialiste SFIO ; résistant.

Jean Coste lors de la remise de la Légion d’honneur
Jean Coste lors de la remise de la Légion d’honneur
[Cliché Georgette Labouche, coll. André Balent]

Jean Coste naquit dans une commune des Hautes Aspres, sur les contreforts du Canigou. Prunet-et-Bellpuig à cheval sur les bassins versants de la Têt et du Tech, avait principalement un habitat dispersé, comme le mas Mató, toponyme qui devint par la suite le surnom de Résistance de Jean Coste.

Son père (quarante ans à la naissance de son fils, décédé en 1917), exploitant agricole, était également prénommé Jean. Il avait épousé Joséphine Patot, âgée de trente-huit ans en 1894. Outre Jean, sept autres enfants naquirent de ce mariage : Mathilde, née en 1882 qui ouvrit un commerce de grains à Céret ; François, né en 1884, employé des Postes ; Berthe, née en 1899, cultivatrice à Prunet-et-Bellpuig ; Anna, née en 1890, décédée des suites de la grippe espagnole en 1918 ; Denise, née en 1892, viticultrice à Villemolaque (Pyrénées-Orientales) ; Joseph, né en 1896, employé des Ponts et Chaussées à Boule-d’Amont (Pyrénées-Orientales) ; Joséphine, née en 1899 qui demeura femme au foyer.

D’après la fiche du registre matricule, il atteignit le niveau 3 d’instruction scolaire, ce qui signifiait qu’il avait le certificat d’études primaires ou que, du moins, il se situait à ce niveau.

Incorporé le 2 septembre 1914 au 24e Régiment d’infanterie coloniale, unité formée à Perpignan, il gagna le front le 14 novembre 1914, après une période de formation. Grièvement blessé - une fracture au radius et au cubitus gauche provoqua une raideur du poignet et une atrophie de la main et de l’avant-bras - le 19 mai 1915 au combat de Beauséjour, en Champagne, il quitta la zone des combats et fut réformé le 26 janvier 1916 par la commission de réforme de Clermont-Ferrand. Il fut cité à l’ordre du régiment pour sa « belle conduite au feu » à Beauséjour. Il reçut la médaille militaire.

Après sa démobilisation, il fut dans un premier temps agriculteur dans sa commune natale avant de s’établir comme marchand de bestiaux à Céret, la petite ville la plus proche de Prunet-et-Bellpuig, sous-préfecture des Pyrénées-Orientales et « capitale » du Vallespir. Ses activités professionnelles l’amenaient à se déplacer en dehors des Pyrénées-Orientales, ce qui lui permit de tisser un important réseau de relations. Elle lui valut aussi sa seule condamnation par un tribunal, celui de Saint-Girons (Ariège) où il se rendait pour affaires avec son camion. Le 16 mai 1938, ce tribunal lui infligea 16 F d’amende pour « défaut de panonceau ».

Jean Coste se maria une première fois - à Prunet-et-Bellpuig, le 16 novembre 1920 - avec Anna Garrigue, née comme lui à Prunet-et-Bellpuig. De cette union naquirent deux enfants : Jean-Marie Coste (1922-1996) reprit le commerce de son père, à Céret. Il fut un élu socialiste de Céret (il devint en 1977 conseiller municipal et 4e adjoint de Michel Sageloli* maire socialiste de la ville ; réélu en 1983 sur la liste conduite par Jean Sicre, député socialiste, il accéda aux fonctions de 3e adjoint ; à nouveau réélu en 1989, il devint le 2e adjoint de Jean Sicre) ; Odette (1927-1996), épouse Raviglione tint à Céret un commerce de porcelaines, verrerie et cadeaux. Sa première épouse, Anna Garrigue décéda des suites de la typhoïde en 1937. Jean Coste épousa en secondes noces Germaine Fons, de Céret : le mariage civil eut lieu dans cette ville. Il n’eut pas d’enfant de ce second mariage.

Il milita à la SFIO longtemps avant 1939. Il fut un proche d’Edmond Barde*, militant de Palalda, dans le Vallespir avec qui il partagea un engagement précoce dans la Résistance. Dans le bas et le moyen Vallespir la Résistance s’organisa à partir de Céret. Dans un premier temps, Combat regroupa les socialistes résistants de la ville. Mais dès 1942, ils passèrent en bloc à Libération, incités sans doute par Jean Barde, ami de Marcel Mayneris*, dirigeant de la SFIO, résistant de la première heure, ami et « protecteur » de Pietro Nenni, réfugié dans les Pyrénées-Orientales de juin 1940 à mars 1942. dès 1941-1942, Jean Coste put côtoyer Nenni à qui Barde avait procuré une maison à Palalda. Toujours, grâce à Barde et à Mayneris, Jean Coste put connaître Jules et Germaine Moch qui séjournèrent à Céret afin d’assurer la défense d’André Blumel*, traduit devant le tribunal de cette sous-préfecture pour avoir tenté de franchir illégalement la frontière franco-espagnole. Par la suite, d’après son neveu Jean-Louis Coste, Jean Coste conserva toujours son amitié à Jules Moch qu’il fit passer clandestinement en Espagne.

Mais l’activité résistante de Jean Coste se déploya surtout dans les divers réseaux ou filières qui assuraient le franchissement clandestin de la frontière franco-espagnole, toute proche de Céret, comme par exemple, le réseau « Vallespir » rattaché au SR. Parmi les nombreux passages vers l’Espagne qu’assura Jean Coste, il convient de signaler celui de son ami Jules Moch*, en février 1943. La citation à l’ordre de la division qui a été adjointe à son dossier du registre matricule (décision n° 950 du 5 novembre 1958) ne contredit nullement les nombreux témoignages oraux recueillis. Elle explique son rôle éminent dans « l’hébergement de dizaines de patriotes rejoignant l’Angleterre et l’Afrique du Nord ». Elle estime qu’« il a fait passer en Espagne près de 300 évadés de France qui ont rejoint l’armée de la Libération ».

Jean Coste et les résistants de Céret se réunirent à la fin du mois de janvier 1944, chez Pierre Fons : ils créèrent le Comité d’Entente de la résistance cérétane (Jean Coste, Pierre Fons, Edmond Barde*, Jacques Souquet, du MLN ; Pierre Bardagué « Jo », du PC, Férréol Matheu*, du Front national). Ce même comité incita les résistants locaux de l’Armée secrère (AS) et des FTPF à constituer un maquis unitaire, le « maquis 44 » dont Pierre Bardagué prit le commandement. Ce maquis s’installa dans les Hautes Aspres au mois de mars 1944 et se fixa au mas Cremat sur le territoire de la commune de Prunet-et-Bellpuig. Jean Coste ne fut pas étranger à l’installation de ce maquis dans sa commune natale ; il finit par le rejoindre peu avant la Libération alors qu’il avait sa jonction avec des groupes de guerrilleros espagnols de l’AGE/UNE. Dans les semaines qui précédèrent, de la même façon que Jean Jorda*, Jean Coste a « assuré dans des conditions fort difficiles le ravitaillement des maquis de cette région » (en fait le seul maquis 44, ordre de la division, cité supra). Le maquis 44 participa, le 19 août 1944, au pont du Vilar (commune de Reynès), à l’attaque d’un convoi allemand qui se repliait vers Perpignan. Le même jour, Céret était libérée et les combattants du maquis 44 entraient dans la ville.

À la libération (19 août 1944), il devint 3e adjoint de Céret dans le conseil provisoire (Jean Souquet, maire) mis en place par le Comité départemental de Libération (CDL). Cette désignation fut entérinée par le préfet le 14 octobre 1944. Jean Coste occupa ces fonctions jusqu’au renouvellement général des conseils municipaux d’avril-mai 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20728, notice COSTE Jean, Joseph, André. Pseudonyme, en particulier dans la Résistance : « Mató » par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 2 juillet 2016.

Par André Balent

Jean Coste lors de la remise de la Légion d’honneur
Jean Coste lors de la remise de la Légion d’honneur
[Cliché Georgette Labouche, coll. André Balent]

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 5 Mi 77, R 77, état civil de Prunet-et-Bellpuig ; 1 R 523, registre matricule 1578, n° 24, canton de Vinça. — Arch. mun Céret, délibérations du conseil municipal. — André Balent, « Le séjour de Pietro Nenni (1891-1980) dans les Pyrénées-Orientales (1940-1942) », Études roussillonnaises, XVIII, Perpignan, 1999, p. 143-159. — Ramon Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II a, Iconographie : documents, photos, presse... Els alemanys fa (pas massa) temps, Terra Nostra, Prades, 1996, p. 200, 240, 271 ; II b, Iconographie : documents, photos, presse... De la résistance à la Libération, Prades, 1998, p. 586-587. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Terra Nostra, Prades, 1994, p. 165, 171-172, 240. — Notes de Jean-Louis Coste, neveu de l’intéressé.

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