NOUVEL Gustave, Paul

Par André Balent

Né le 14 octobre 1913 à Saint-Jean-de-Valériscle (Gard), mort exécuté sommaire le juillet 1944 à Servas (Gard) ; instituteur du Gard ; résistant du mouvement Combat et de l’AS (Armée secrète) aux Mages (Gard)

Gustave Nouvel était originaire d’une commune du bassin minier d’Alais [Alès en 1926], Saint-Jean-de-Valériscle, situé approximativement à mi-chemin entre Alès (Gard) et Saint-Ambroix (Gard). La croissance de la population dans la première moitié du XIXe siècle, consécutive aux progrès de l’extraction de la houille conduisit, en 1834, à soustraire une partie du territoire de Saint-Jean-de-Valériscle afin de constituer une commune nouvelle, Les Mages. En 1882, Saint-Jean-de-Valériscle fut encore amputée d’une partie de son territoire afin de constituer une partie du territoire d’une nouvelle commune, Molières-sur-Cèze. Le destin de Gustave Nouvel fut lié à celui de sa commune natale mais aussi à celui des Mages, où il effectua une partie de sa carrière professionnelle et où il vécut presque jusqu’au terme de de sa vie. En 1944, son père, Paul Nouvel, était horticulteur aux Mages.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Gustave Nouvel était instituteur aux Mages. Résistant, il avait participé aux activités clandestines du mouvement Combat dès 1942. Il devint aussi le responsable local de l’AS de la localité et, à ce titre, il participa au ravitaillement des maquis du Gard cévenol et, tout particulièrement du maquis Bir Hakeim (Voir Capel Jean) lorsque ce dernier fut actif dans ce secteur géographique entre décembre 1943 et mars 1944. Le général Zeller, commandant de la 16e division militaire (Montpellier) a pu écrire dans la citation à l’ordre du corps d’armée (10 octobre 1945) que Nouvel fut "un jeune et ardent volontaire", qu’il fut "un agent actif de la Résistance depuis juin 1942 dans la région de Saint-Ambroix" et qu’il " a effectué un très grand nombre de missions au péril de sa vie".
Les Waffen SS (en fait des Français de la 8e compagnie du 3e régiment de la division Brandenburg, unité du Heer dépendant de l’Abwehr II, section des services secrets chargée des actions spéciales, connus communément comme étant des Waffen SS français) cantonnés à Alès depuis le mois de mai 1944 surent que Nouvel avait procuré de l’argent et du tabac aux hommes de Bir Hakeim. Ils réussirent à le capturer après lui avoir tendu un traquenard dans lequel tomba aussi un autre résistant, René Breschet. Les Waffen SS étaient déguisés en Français civils ou en maquisards afin de confondre les hommes ou les femmes qu’ils recherchaient, sachant qu’ils participaient à des activités clandestines de résistance. Le 1er juin 1944, un groupe de Waffen SS revêtus de la tenue des Chantiers de jeunesse et munis de pistolets mitrailleurs s’arrêtèrent devant le logement de fonction de Gustave Nouvel. Ils se présentèrent comme étant des survivants du combat de La Parade (Lozère) qui, le 28 mai 1944, avait décimé le maquis Bir Hakeim. Nouvel ne connaissait pas les procédés employés par les Waffen SS. Aussi protesta-t-il lorsque les faux maquisards lui reprochèrent d’avoir détourné une partie du tabac et de l’argent destiné à au maquis. Afin de prouver sa bonne foi, il proposa aux prétendus Biraquins (ainsi que populairement on désignait les membres du maquis Bir Hakeim) de se rendre à Alès afin d’y interroger les contacts résistants qui lui avaient fourni les fonds et la marchandise objets de leur prétendue contestation ; Aimé Breschet, Madame Soler et Marcel Cassagne alias « Signoret ». Nouvel connaissait les divergences de vue qui étaient apparues entre l’AS gardoise et les Biraquins. Il pensait que ses amis d’Alès n’avaient pas été très en règle avec le maquis et que ses hommes voulaient récupérer ce qui ne leur avait pas été livré. Madame Soler, la première qu’ils visitèrent savait que le résistant cévenol Marceau Lapierre avait eu des démêlés avec Jean Capel, les deux hommes divergeant sur la stratégie à adopter par le maquis. Réticente à l’égard de Lapierre, elle comprit aussi que les prétendus Biraquins qui accompagnaient Nouvel n’étaient en fait que le Waffen SS, redoutés à Alès où ils avaient défrayé la chronique, terrorisant la population qui le redoutaient à juste titre. Elle resta donc évasive. Le deuxième contact de l’instituteur des Mages, Cassagne, était absent car il était allé à Nîmes. Restait donc Breschet, commerçant alésien. Celui-ci, fut contacté auparavant par un prétendu chef régional des maquis avant que Nouvel y allât. Breschet comprit tout de suite que l’homme qui lui proposait d’aller au maquis n’était qu’un Waffen SS et que son sort était scellé. Ils allèrent chez Madame Soler où ils retrouvèrent Nouvel, toujours convaincu qu’ensemble ils iraient au maquis. Breschet fit comprendre à Nouvel qu’ils étaient capturés par les Waffen SS qui les amenèrent au Fort Vauban d’Alès. Tous deux furent conduits vers des cellules différents. Breschet qui survécut vit Nouvel pour la dernière fois. Celui-ci eut le temps de dire à son ami qui l’avait enfin compris qu’ils étaient tombés dans un piège fatal.
Gustave Nouvel fut atrocement torturé par les Waffen SS. Ce fut grâce à Jean Todorow alias « Le Serbe », détenu lui aussi à Fort Vauban que l’on connait les détails du dernier jour de la vie de Gustave Nouvel. Jean Todorow, avait participé à l’action de Bir Hakeim et à sa direction avant de rompre avec Jean Capel en février 1944. Il avait été arrêté le 12 mai. Il expliqua que Lucien Belnot, maquisard de Bir Hakeim avait été extrait de sa cellule enchaîné avec d’autres condamnés eux aussi à mort, un résistant dont il ignorait le nom, de fait Gustave Nouvel, instituteur de Mages (Gard), Lagier* alias « Spada », Raynaud* alias « Bretelle » deux miliciens impitoyables à l’égard de la Résistance qui avaient trahi la cause collaborationniste. Todorow fut épargné in extremis. Belnot, enchaîné à Nouvel fut jeté dans la camionnette qui les conduisit à Servas. Ils y furent assassinés d’une balle dans la nuque. Son corps fut précipité dans le puits de la mine de lignite désaffectée de Célas, à Servas (Gard). Il fut remonté puis identifié le 14 septembre 1944.
Gustave Nouvel avait un frère, Louis, Jean, Émile (1917-1944), instituteur lui aussi, qui participa aussi à la Résistance, d’abord à l’aéro-club d’Alès qu’il fréquentait (il avait un brevet de pilote), puis dans les FFL (Aviation) où il obtint le grade de lieutenant. Il mourut, après que son avion se fut écrasé à Ismaïlia, en Égypte, le 24 février 1944. Parfois, dans certaines pièces du dossier de victime de guerre de Gustave Nouvel, ce dernier est parfois confondu avec son frère Louis.Leur mère, rongée par le chagrin se suicida en 1945. Une place des Frères Nouvel honore leur mémoire aux Mages.

Une plaque commémorative y a été apposée (« Place des Frères Nouvel instituteurs Gustave (1913-1944) Louis (1917-1944) Morts pour la France »). Les noms des frères Gustave et Louis Nouvel figurent sur le monument aux morts des Mages et sur la plaque commémorant les instituteurs du le Gard pendant les deux guerres mondiales apposée dans la cour de l’École normale, rue Vincent-Faïta à Nîmes. Gustave Nouvel reçut la mention "mort pour la France" qui fut notifiée le 8 janvier 1946. Il reçut à titre posthume la Croix de guerre avec étoile de vermeil, décoration que mentionna le général Zeller dans sa citation à lordre du coprs d"armée du 10 octobre 1945.

Voir Servas, Puits de Célas (9, 10, 27 juin 1944 ; 11, 12 juillet 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article209838, notice NOUVEL Gustave, Paul par André Balent, version mise en ligne le 21 décembre 2018, dernière modification le 3 mars 2019.

Par André Balent

SOURCES : SHD, AVCC, Caen, dossier 21 P 266761. — Claude Émerique, La Résistance dans le Gard, CD-ROM, AERI 2009.— Aimé Vielzeuf, Bloc-Notes 44 (dans le Gard en attendant la liberté), Nîmes, Lacour Rediviva, 150 + XXXII p. [pp. 47-50 : Vielzeuf s’appuie sur le témoignage d’Aimé Breschet, résistant de l’AS à Alès pour relater les circonstances de l’arrestation de Nouvel ; pp. 145-149]. — « Les Mages ont payé un lourd tribut à la Libération », Midi Libre, Gard, 27 août 2104. — Site Mémoire des hommes, consulté le 20 décembre 2018. — Site MemorialGenWeb consulté le 21 décembre 2018.

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